« Les changements opérés au niveau de la justice posent de réels problèmes »

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, séjourne du 6 au 9 juin 2016, à New York, aux Etats-Unis, dans le cadre d’une réunion de haut niveau sur le SIDA, organisée par les Nations unies. Pour ce premier séjour «officiel»  au pays de l’Oncle Sam, depuis son accession à la magistrature suprême, il a initié une rencontre avec ses concitoyens qui y vivent.
Les premières heures du chef de l’Etat burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré à New-York, ont été consacrées à ses compatriotes. Dès son arrivée, dans l’après-midi du lundi 6 juin 2016, il a échangé, à son pied-à-terre, avec la diaspora burkinabè. La «priorisation» de cette rencontre, a indiqué le  chargé d’affaires de l’ambassade à Washington, Seydou Sinka, est la preuve de la volonté du président du Faso de faire de l’implication de la diaspora, au processus de développement, une réalité. D’autres intervenants y ont trouvé l’expression d’un engagement à maintenir  un lien ombilical entre les Burkinabè restés au pays et ceux de l’extérieur.
En tous les cas, le face à face a été une opportunité pour passer au peigne fin l’actualité sociopolitique, économique et sécuritaire du pays.Dans un franc-parler, teinté parfois d’humour, le chef de l’Etat s’est prêté aux questions de ces Burkinabè de l’extérieur. D’entrée, il a justifié la pertinence de passer à une 5e République au Burkina Faso, pour rectifier les failles de la 4e République. «La 5e République va nous permettre de limiter définitivement le nombre de mandats présidentiels à deux, de consacrer un parlement monocaméral, de juger de la nécessité de garder certaines institutions et surtout de rééquilibrer le pouvoir entre l’exécutif et le parlement, afin que le chef de l’Etat ne soit pas omniscient», a défendu le président Roch Marc Christian Kaboré.
Dans la même lancée, il a déploré les incompréhensions suscitées par la désignation du représentant de cette diaspora à la commission constitutionnelle. Pour lui, il faut savoir taire les rivalités et travailler plutôt à fédérer les énergies, surtout lorsqu’on est loin de la mère-patrie. Le tollé né des vagues successives de libération de prisonniers dans le cadre de la gestion du régime Compaoré et du putsch manqué de septembre 2015 ont également résonné à New York.Le chef de l’Etat a confié être étranger à ces décisions de justice. «Comme on parle de séparation des pouvoirs, nous constatons, comme le citoyen lambda, ces libérations.
Nous-mêmes nous sursautons parfois (…) Car, ces libérations interviennent  sans que la justice ne communique pour donner des explications cohérentes sur les raisons de ces décisions», a-t-il expliqué. Le cas Eddie Komboïgo a particulièrement retenu son attention. «Concernant Eddie, on nous a fait savoir qu’il est tombé deux ou trois fois à la MACA où il était incarcéré, parce qu’il aurait la tension. Nous tous avons la tension(…) Demain si d’autres disent qu’ils ont mal au ventre ou ailleurs, à la longue, tout le monde sera dehors», a ironisé le Président du Faso, sous un pouf généralisé de rires. Mais, plus sérieusement, il a estimé que «les changements opérés au niveau de la justice posent aujourd’hui de réels problèmes ».
Néanmoins, le premier des Burkinabè s’est dit optimiste de ce que ces dossiers puissent être jugés avant la fin de l’année. Par ailleurs, les défis sécuritaires liés aux groupes d’auto-défense appelés «kogl-weogo» et aux attaques djihadistes ont été évoqués. A la première inquiétude, sa vision n’a pas varié : mieux encadrer ces initiatives de sécurité de proximité.
A propos de la menace terroriste qui a endeuillé des familles burkinabè, il a assuré que son équipe a pris «toutes les dispositions humainement possibles» pour sécuriser le pays et ses citoyens. Dans ce sens, il a informé ses compatriotes, des avancées accomplies dans les enquêtes sur les attentats de mi-janvier dernier, en l’occurrence, avec des arrestations de présumés complices.
Au plan économique, l’exercice s’est résumé en une explication du gap de 300 milliards de FCFA sur le budget en cours. Il a avancé principalement le fait de devoir honorer financièrement des engagements non budgétisés de la Transition. « Si nous ne faisons pas ça, c’est avec des gourdins qu’on allait nous chasser», a-t-il insinué, créant une ambiance hilarante.

Tête à tête avec Ban Ki-Moon

L’atmosphère bon enfant de ce rendez-vous n’a pas empêché les Burkinabè de cette partie du monde, estimés par le chargé d’affaires à Washington entre 10 000 et 20 000 personnes,  à dérouler une liste de préoccupations. Celles-ci ont trait à la durée «relativement courte» des visas accordés aux étudiants burkinabè aux USA (ndrl : 1 année qu’ils doivent chercher à renouveler), le temps jugé long de l’obtention par ces Burkinabè, du passeport national, le besoin d’une maison du Faso à New-York, l’intégration professionnelle de ceux qui voudront rentrer au pays, etc.
Au sujet des visas, le ministre en charge des affaires étrangère, Alpha Barry, a indiqué avoir déjà entrepris des démarches auprès des autorités américaines en vue d’y trouver une solution. Des concitoyens qui se sont inquiétés de ce que leurs enfants ayant aussi la nationalité américaine doivent payer le visa d’entrée au Burkina, ont été soulagés. En fait, séance tenante, le président a promis revoir cette disposition. Le ministre Barry, qui a dit avoir pris bonne note des instructions présidentielles, a, en sus, rassuré que les délais de délivrance de passeport aux Burkinabè vivant hors des frontières ont été revus, de commun accord avec son collègue en charge de la sécurité intérieure.
Par rapport à la maison du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, tout en confessant la légitimité de la doléance, a suggéré d’inscrire la réponse dans la durée, en fonction de la disponibilité des ressources financières.Au total, c’est avec un sentiment de s’être mutuellement compris que le chef de l’Etat et la diaspora des Etats-Unis se sont quittés, après environ quatre heures d’échanges.
Le séjour du président du Faso à New York s’est poursuivi le lendemain, hier 7 juin, par un tête-à-tête avec successivement le SG de l’ONU, Ban Ki-Moon, et le directeur exécutif de l’ONUSIDA, Michel Sidibé.
Il est aussi allé encourager le personnel de la représentation permanente du Burkina Faso auprès des Nations unies. Le président Kaboré a également présidé un panel sur les voies et moyens pour briser le cycle de transmission du VIH/SIDA.
Koumia Alassane KARAMA
(envoyé spécial à New York)

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