Le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure, Simon Compaoré et  la hiérarchie militaire ont animé, le vendredi  21 octobre 2016 à Ouagadougou, une conférence de presse pour faire le point de la situation sécuritaire du pays, marquée par diverses attaques.
L’attaque  du Pont Nazinon à  Pô  dans la région du Centre-Sud, celles d’Intangom et de Kerboulé dans le  Sahel  ont été  les principaux sujets,  sur lesquels,  le ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure, Simon Compaoré et la hiérarchie militaire ont communiqué à la conférence de presse du vendredi 21 octobre 2016. Les forces de défense et de sécurité étaient représentés au plus haut niveau par  le chef d’Etat-major général des armées, le général de brigade Pengrenoma Zagré, celui de la gendarmerie, le colonel Tuandaba Coulibaly  et  le  directeur  général de la Police nationale, Lazare Tarpaga. Le ministre Compaoré a introduit les échanges, en abordant, avec force  détails,  l’attaque du Pont Nazinon.  « Le samedi 8 octobre 2016, le poste de gendarmerie de Nazinon à Pô a intercepté, au cours d’un contrôle de routine, quatre individus, qui  avaient des comportements suspects, mais que les gendarmes ont pris pour des coupeurs de route, du fait des nombreux amulettes et gris-gris qu’ils transportaient dans leurs sacs », a-t-il d’emblée indiqué.
Cette interpellation  va virer au drame,  à entendre le ministre,  puisqu’au cours de leur transfèrement  à la brigade territoriale de Pô pour une vérification approfondie d’identités,  les  intéressés  vont tenter de retirer les armes des gendarmes, qui les y conduisaient. « Pendant la lutte, deux d’entre eux ont trouvé la mort et un gendarme a reçu une balle au ventre »,  a ajouté Simon Compaoré. Les deux  individus  restant  vont alors  prendre la  fuite,  avant  que l’un d’eux  ne soit  mis aux arrêts plus tard par les forces de sécurité.  Mais  ce qui s’apparentait à un incident  va  se révéler  être un complot  visant à s’emparer du pouvoir par les armes.  Les  enquêtes menées par la suite vont permettre de savoir, que  les quatre suspects sont un groupe de militaires de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), dont  trois déserteurs recherchés pour leur participation  à l’attaque de la poudrière de  Yimdi en janvier 2016. A en croire le ministre en charge de la Sécurité, ces hommes revenaient  d’un pays voisin, dont le nom n’a pas été fourni,  pour participer à une « action d’atteinte à la sureté de l’Etat », avec  pour chef des opérations, l’adjudant-chef Gaston Coulibalyde l’ex-RSP. Ce militaire en désertion  est  recherché  activement  par les forces de sécurité.

 10 militaires déférés

 La collaboration d’autres éléments de l’ex-RSP, qui ont refusé  d’adhérer à l’opération,  a permis  aux enquêteurs d’obtenir des informations précieuses sur l’affaire.  Selon  Simon  Compaoré, le coup d’Etat devait  être perpétré, le samedi 8 octobre à minuit,  par  30  hommes, essentiellement  des  sous-officiers et des militaires de rang de l’ex-RSP. Les comploteurs avaient, entre autres objectifs,  d’attaquer la présidence du Faso et la maison d’arrêt et de correction des armées (MACA)  pour libérer les détenus, parmi lesquels  leur maitre à penser,  le général de brigade Gilbert Diendéré, incarcéré dans le cadre du coup d’Etat raté du 16 septembre 2015.   Le passage du pont Nazinon ayant tourné au vinaigre, selon les explications du ministre de la Sécurité,  le chef des opérations  a opté pour un plan B : créer une mutinerie dans l’armée,  la nuit du dimanche 9 octobre à minuit.  La stratégie consistait ainsi à « s’emparer des armes des militaires dans les postes de garde et effectuer des  tirs tout azimut  dans toutes les garnisons  afin de créer le chaos ».
La vigilance  du commandement  militaire,  foi de Simon Compaoré,  a permis de faire échec  à ce second  plan.  D’après les témoignages  obtenus par les enquêteurs,  l’adjudant-chef  Coulibaly ne s’est  pas avoué vaincu pour autant, élaborant un plan C,  à savoir susciter une rébellion dans l’armée en opposants ses différentes entités par des actions de désinformation via les réseaux sociaux.  Ce  fut encore un échec.   A la   date du 21  octobre  2016,  a  rapporté le ministre de la Sécurité,  des résultats ont été  engrangés dans le cadre  des enquêtes et perquisitions menées pour tirer au clair cette affaire.   Il  a relevé la mise en garde à vue de 19 militaires, dont 10 déjà déférés et présentés au commissaire du gouvernement,  l’audition de  32 militaires et 10 civils,  la saisie de matériels militaires, dont  un fusil kalachnikov, 6 chargeurs garnis et  plusieurs cartouches.   « Les investigations se poursuivent   et d’autres interpellations et saisies ne sont pas à exclure dans les jours à venir », a prévenu Simon Compaoré.   A sa suite, le chef d’Etat-major général des armées   a  évoqué les attaques  d’Intangom et de Kerboulé dans le  Sahel,  respectivement  dans la nuit du 11 au 12 octobre  et  le 18 octobre 2016.

  Les cas  d’Intangom et de Kerboulé

 L’attaque d’Intangom a été perpétrée, à l’aube, par  un groupe  d’assaillants,  coutant la vie à quatre militaires et  2 civils, notamment  un conseiller municipal et  son  fils.   « Les tirs ont été précédés par l’apparition d’un troupeau de bétail »,  a  expliqué le général Zagré.  Il a  indiqué,  que cette agression  intervient à un moment où le génie militaire  s’active  à renforcer les infrastructures  et à installer des postes de combat  dans la localité.  Le chef d’Etat-major  général des armées  s’est appesanti sur le décès  des deux civils,  insistant qu’une enquête a été ouverte pour  « élucider » les conditions dans lesquels ils ont été tuées.  Pour l’attaque de Kerboulé,  il  a affirmé, qu’il s’agit d’un  affrontement  entre un groupe d’autodéfense (Koglwéogo) et des assaillants à propos d’une amende.  «  Le détachement  militaire  a été déployé sur les lieux pour ramener la quiétude »,  a dit le haut gradé. Au-delà des informations  apportées çà et là,  les animateurs de la conférence de presse ont  été appelés à réagir   à certains préoccupations.
  Les Burkinabè sont-ils réellement en sécurité  avec toutes ces attaques ?   « Il y a un capitaine dans le cockpit.  Le pays est gardé, mais cela ne veut pas dire, que nous ne pouvons pas faire l’objet d’attaques.  C’est la manière  dont nous allons nous organiser pour y faire face, qui compte.
C’est une longue bataille et personne ne peut dire à quel moment  ça prendra fin.   Même les pays, qui ont des moyens plus sophistiqués, n’en savent rien »,  a répondu Simon  Compaoré.   Il  a au passage réagi à sa supposée incapacité à diriger le département de la sécurité,  clamée  par  certaines organisations de la société civile (OSC).   « Je n’ai pas été  nommé par une OSC, mais par une autorité, qui a la capacité de le faire et de rendre compte au peuple. J’assumerai ma mission, jusqu’à ce qu’on considère que je suis indigne, et qu’on me renvoie chez moi »,  a-t-il répliqué,  invitant  même  les bonnes volontés à faire des propositions au chef de l’Etat, qui l’a porté à son poste.  Qu’est-ce qui est fait  pour surveiller les ex-RSP, de sorte à ce qu’ils ne soient  pas nuisibles  au pays ?
A cette question, le général Zagré a  fait observer, qu’un important  travail a été  abattu  pour réintégrer  les  éléments du défunt corps d’élite dans l’armée. « Une grande majorité de ces éléments ont une conduite irréprochable. Les événements du pont Nazinon nous ont permis de  savoir, que certains n’ont pas encore compris.   Ils se nourrissent d’illusions.   Nous espérons, que les intéressés reviendrons à la raison, car nous n’allons pas  tolérer  qu’ils mettent  la sécurité du pays en danger »,  a soutenu le chef d’Etat-major général des armées.  Le ministre de la Sécurité, lui,  mise  surtout  sur la collaboration des  populations, pour mettre fin aux agissements des ennemis du Burkina.  « Avec l’aide des populations, nous allons arrêter la chienlit, car elles aspirent à la liberté et à la quiétude (…) », a-t-il commenté.   Le récent braquage à Ouahigouya s’est invité aux échanges,  en ce sens que la presse  a voulu  savoir comment  le véhicule impliqué a pu se retrouver  au parc Bangr-Wéogo à  Ouagadougou ?  «  La difficulté a été le fait, que nous n’avons pas été  alerté à temps  par la victime. Ce qui a fait, que le véhicule ait pu arriver jusqu’à Ouagadougou. L’un des braqueurs a été arrêté à Ouahigouya et son audition est en cours.  Nous y reviendrons », a confié le chef d’Etat-major de la Gendarmerie nationale.
 Kader  Patrick KARANTAO 

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