Chronique : Silence, on avorte !

Avant de commencer, savez-vous combien de Burkinabè sommes-nous ? Combien ? 18 millions ? Etes-vous sûrs ? D’où tirez-vous ces chiffres ? De sources sûres, officielles ! Avez-vous compté les victimes d’expulsions provoquées avant leur terme de viabilité ?

Avez-vous pris en compte les condamnés par interruptions brusques et brutales avant terme, ces irréversibles victimes du rejet de l’homme par l’homme, ces indésirables fruits de l’amour amer ? Avez-vous vraiment bien compté ? Avez-vous comptabilisé ces dignes Burkinabè coulés chaque jour en pleine « gestation », loin de la délivrance qui n’aura jamais lieu ? Avez-vous compté les avortés, ces fœtus en lotus chassés du cocon maternel par injection comme des déjections ou par aspiration comme en putréfaction ? Que celui ou celle qui n’a jamais avorté, incité à avorter ou participé à avorter arrête de lire cette chronique.

Parce qu’en dehors de toute prescription médicale spéciale, ou de tout incident hautement grave, vous êtes un assassin. Rien ne sert de faire porter des griffes aux mots ; les maux qui minent notre société nous égratignent déjà. Arrêtez de vous défendre en usant de raisons que la Raison elle-même peine à comprendre. Vous avez tué à chaque fois que vous avez délibérément mis fin à une grossesse de façon impromptue. Vos larmes ne sont que celles du crocodile !
Avant-hier, dans le grand canal qui jouxte mon biotope, un fœtus, non, presque un bébé a été jeté, emballé dans un sachet noir.

Comme des saucissons, il a été jeté par son propriétaire  sans pitié. Les enfants du quartier ont vu l’horrible scène. Les chiens du quartier se sont régalés. Même mon Boby a failli succomber à la tentation de goûter à la « viande » défendue. Comment répondre aux questions des bambins face au méfait ? Comment convaincre Boby que c’est un totem et qu’on ne mange pas un totem ? Comment mentir à mon fils en lui faisant croire que ce n’est pas une femme qui a fait ça, une mère ? Comment lui inventer une histoire à dormir debout, de sorte à ce qu’il n y voit pas la responsabilité d’un homme, d’un père ?

Comment faire pour épargner tous ces mômes de la cruauté de celle qui devait dorloter ?  De l’indifférence de celui qui devait protéger ? Toutes les questions méritent réponses, mais toutes les réponses ne sont pas forcément bonnes.
Avant-hier matin, mon quartier s’est réveillé avec un bébé avorté sur les bras. C’était un garçon ! Mais dommage ! C’était un digne fils de ce pays ; c’était un Burkinabè, un futur vaillant bras valide, une éminence grise, un patriote… C’était peut-être celui que tout le monde attendait ; c’était peut-être l’homme de la situation… Hélas, il n’a même pas eu la chance de gouter au bonheur du souffle de vie.

Celle qui l’a conçu ne lui a pas laissé une chance. Elle l’a vomi de la pire des manières. En regardant, l’amas de chair sans vie, j’eus encore plus peur de l’homme que je suis. Je me suis demandé : « et si ma mère m’avait fait ça ? » Il n y a rien de plus beau qu’un bébé ! Pourquoi une femme peut-elle être capable d’un tel courage ? Quelles que soient les raisons ou les causes, la dose de trop c’est quand une mère décide de mettre fin à la vie qui germe en elle. Faisons l’économie des méthodes utilisées pour avorter ; des plus barbares aux moins douloureux, c’est comme la peine de mort.

Mais « ce n’est qu’un fœtus, ce n’est qu’un embryon ! » Mais entre nous quel peut être le péché d’un Burkinabè de deux, trois ou quatre mois ? De quoi accuse-ton l’ « avorton » arraché avec désaffection et condamné à mort par celle-là même qui devait jouer l’ange gardien ? Comment peut-on jouir en semant et fuir avant l’heure de la récolte en décimant ou en abandonnant son propre champ ? Si seulement j’étais une femme ! Si je pouvais être un homme…

L’avortement est devenu une pratique courante et banale. Et très souvent c’est le père ou la mère qui conduit sa fille chez le « ferrailleur » du coin. Voyez comme le bon exemple est donné ! Parfois c’est le digne commis de l’Etat qui plaide pour l’éjection de l’ « intrus » fœtus pour garder son honneur intact. Souvent, c’est le célèbre donneur de leçon qui propose ou force à avorter ce que lui-même a semé avec plaisir. On ne peut pas tout dire au risque de tout capoter, de tout avorter. Il y a trop d’avorteurs illégaux sous nos cieux Le mal est silencieux, mais il se porte bien. Cette chronique ne plaira pas, c’est sûr ! Mais tant pis si elle accouche d’une souris dans la conscience collective. Elle aura au moins échappé à un avortement.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.