“J’ai pleuré quand j’ai écouté le capitaine Dao”, lieutenant-colonel Bamba

Les auditions des accusés dans le cadre du procès du putsch se sont poursuivies, le mercredi 26 septembre 2018, devant le tribunal militaire avec à la barre, le colonel Omer Bationo et le médecin lieutenant-colonel Mamadou Bamba.

A la suite du capitaine Dao, c’est le colonel Omer Bationo qui a été appelé à la barre hier mercredi 26 septembre 2018. Né en 1963, marié et père de trois enfants, il est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires. Le directeur général de la sécurité intérieure au moment du putsch a dit ne pas reconnaître les faits qui lui sont imputés. Dans son récit, il a laissé entendre que le 16 septembre 2015, le colonel- major, Boureima Kyéré, l’a informé par téléphone que le conseil des ministres était perturbé. Selon ses propos, il est allé voir le général Gilbert Diendéré, après la déclaration du Conseil national de la démocratie (CND), pour lui signifier qu’il ne souhaite pas être mêlé à quoi que ce soit. Car, a expliqué l’accusé, sa famille a été traumatisée lors de la mutinerie de 2011 et il ne souhaite pas revivre pareille situation.

Arrivé au camp Naaba Koom II, le 17 septembre aux environs de 11h, pour transmettre son message, le général Diendéré aurait dit qu’il n’avait pas le temps. A 17h, le voici de nouveau aux côtés du Gal mais cette fois à la présidence, pour les mêmes raisons, à en croire l’accusé. « Il m’a encore dit qu’il était occupé, mais de le suivre à l’hôtel Laïco. J’étais en tenue civil et j’étais gêné », a précisé le colonel Bationo. Néanmoins, il a indiqué avoir suivi le cortège avec sa propre voiture jusqu’à l’hôtel où devait se tenir une réunion avec les ambassadeurs. C’est lors de la suspension de la rencontre, à l’entendre, qu’il a pu expliquer sa situation au général Diendéré qui l’a autorisé à partir.

Dossier vide pour Bationo ?

Mais le parquet a voulu comprendre pourquoi l’accusé s’est senti obligé de se déplacer pour dire à Diendéré qu’il ne souhaitait pas être mêlé au putsch alors qu’un coup de fil aurait suffi. A cette préoccupation, le colonel Omer Bationo a répliqué qu’il a tenu à le lui dire en face. Se référant à la pièce i239 du procès-verbal de l’accusé, son conseil, Me Maria Kanyili, a fait savoir que son client n’a pas suivi de gré le cortège du général Diendéré. « Il y était parce qu’il avait un message à transmettre. Un appel téléphonique ou un SMS aurait pu être compromettant pour lui », a argumenté l’avocate. Pour elle, le dossier de l’accusé est vide et il n’aurait pas dû être à la barre. D’autres avocats de la partie civile et de la défense ont épousé la même idée en soutenant que l’accusé est devant le Tribunal « par erreur ». Par conséquent, ils ont demandé de l’acquitter simplement.

Après, c’est le médecin lieutenant-colonel Mamadou Bamba qui a été entendu. Né en 1962, marié et père d’un enfant, il est poursuivi pour les mêmes faits d’inculpation que son prédécesseur. L’accusé a reconnu avoir lu les communiqués du CND à la télévision mais dit ne pas savoir qu’au-delà, cela pouvait entraîner des morts et des coups et blessures. Dans sa narration, il a informé que le capitaine Dao l’a appelé aux environs de 4h du matin, le 17 septembre 2015, de venir lire une déclaration parce qu’il y avait un coup d’Etat. Un appel à une heure indue qui a même affolé son épouse, selon lui. Il a ajouté que le capitaine Dao lui a dit de le rejoindre à la Télévision nationale.

« Comme je ne savais pas ce qui pouvait m’arriver par la suite, je suis parti. Tous les communiqués, c’est Dao qui me les donnait à lire »,

a-t-il relaté. Après les déclarations, toujours selon l’accusé, le capitaine l’a conduit à la présidence ou il y avait le général Diendéré et plusieurs autres officiers.

« Comme je ne comprenais rien, je ne faisais que poser des questions et c’est là qu’on m’a informé que des présidents étaient attendus à Ouagadougou »,

a relevé le lieutenant-colonel Bamba, avant de préciser qu’il a aussi participé à la réunion avec les ambassadeurs à l’hôtel Laïco.
Le président du Tribunal s’est préoccupé de savoir si le médecin a reçu de l’argent de la part de l’épouse du général Diendéré. A ce sujet, il a précisé que l’argent qu’on lui a remis (10 millions de francs CFA à partager entre lui et le lieutenant Abdoul Karim Traoré) provenait du général et non de son épouse.

Dans ses observations, le parquet a repris les propos du capitaine Dao selon lesquels c’est le lieutenant-colonel Bamba qui se serait proposé de lire la déclaration à la télévision. « Quand j’ai écouté Dao le premier jour, j’ai pleuré dès que je suis rentré », s’est offusqué l’accusé. Il a soutenu avoir exécuté un ordre parce qu’il craignait pour sa vie. « Parfois, la situation commande la manœuvre », a fait savoir le lieutenant-colonel.

« J’avais peur pour ma vie »

Avant de poursuivre l’interrogatoire du lieutenant-colonel Mamadou Bamba dans l’après-midi, le parquet et les avocats de la partie civile ont félicité l’accusé pour sa franchise dans la narration des faits. « Après avoir lu les communiqués, étiez-vous contraint de rester avec les putschistes quand bien-même des amis (feu Salifou Diallo et Luc Marius Ibriga) vous ont interpellé de vous démarquer de la situation ? », a demandé le procureur militaire, Alioun Zanré. Et le prévenu de rétorquer  qu’il avait peur du RSP, sachant ce dont ses éléments sont capables.

 « A titre d’exemple, ils ont aidé l’ancien président, Blaise Compaoré, à s’exiler et n’ont pas hésité à retirer le pouvoir des mains du chef d’Etat-major, Nabéré Traoré. Alors, oui,  je craignais pour ma vie »,

a-t-il insisté. Et Me Farama de poursuivre que le colonel a semblé, par la suite, être dans les oubliettes. « Tu as été abandonné au Conseil de l’Entente. Tu t’es débrouillé pour aller au camp. De là, tu étais tenu à l’écart pendant les réunions et même les rencontres à l’hôtel Laïco. Alors pourquoi n’avoir pas pris la poudre d’escampette ? », a interrogé l’avocat. L’accusé a répondu qu’il craignait pour sa vie parce que si les auteurs du putsch avaient constaté son absence, ils auraient pu le rechercher. Le parquet, par contre, a trouvé que son implication était une opportunité à saisir d’autant plus qu’il était pressenti pour être nommé au poste de ministre de la Santé. Le lieutenant-colonel a réfuté cette idée. Son audition se poursuit le vendredi 28septembre à 9h.

Fleur BIRBA &
Mady KABRE

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