Véritable battant, le reggae-man burkinabè Sana Bob est, aujourd’hui, plébiscité par les mélomanes qui voient désormais en lui un fervent défenseur de la bonne gouvernance et des questions de développement. Portrait d’un destin hors du commun.

Personnage atypique, sa guitare en bandoulière, la forme longiligne, Sana Bob, à l’état civil Sana Salif, force aujourd’hui l’admiration de bon nombre de burkinabè.

Consacré Meilleur artiste burkinabè de l’année, il remporte le Kundé d’Or (cérémonie annuelle de récompense des artistes du Burkina Faso) en 2015. Moins d’un mois après, il est à nouveau sous le feu des projecteurs avec un autre sacre, le Marley d’Or, le baromètre de la musique reggae au Burkina Faso.

Des distinctions qui lui valent, entre autres, une participation au Festival Africa Fête en Belgique…Né dans une famille de musiciens, le petit Salif Sana Bob a toujours eu la musique dans le sang. C’est aux côtés de sa tante, la célèbre cantatrice Hado Léontine Gorgho, ancienne griotte de feu le Larlé Naba Abga, que le petit Salifapprend les rudiments de la chanson traditionnelle.

En âge d’être scolarisé, il est « affecté » à la garde des animaux et aux travaux champêtres.

« Je ne regrette pas de n’avoir pas été sur les bancs de l’école. Je ne sais ni lire, ni écrire, mais je me fais parfaitement comprendre en français dans mon pays comme à l’extérieur »,

confie-t-il, décomplexé.

A la fin des années 70, il émigre au Ghana, puis en République de Côte d’ivoire en compagnie de son oncle, manœuvre dans les plantations (de cacao, café, banane) ivoiriennes. Il passera ainsi trois années à manier la daba et la machette dans des champs successifs à Aboisso, Adzopé, à Dabou, etc.

En quête d’une vie meilleure et moins fatigante, il décide de déposer ses pénates à Abidjan, la capitale économique du pays de Félix Houphouët Boigny. Employé comme domestique, le jeune homme voit peu à peu, sa fibre musicale latente, vibrer.

Il se laisse pousser les cheveux (dreadlocks) et la barbe comme son idole Bob Marley. Son employeur n’entendant pas les choses de cette oreille, il se retrouve à la rue. Il (apprend et) enchaine boulot après boulot (gérant de kiosque, aide-maçon, apprenti-plombier, etc.). Grâce à ses petites économies, il s’offre sa première guitare.

De la formation Asikongo (Lauréat de podium 1987, célèbre émission musicale ivoirienne) au Ki-Yi M’Bock (de la camerounaise Wère Wère Liking) en passant par l’Ecole de Danse de Rose Marie Guiraud (réputée chorégraphe ivoirienne), Sana Bob aguerri sort son premier album « Gloire » en 1997. Mais, la gloire n’est pas au rendez-vous. En 2000, toujours sur les bords de la lagune Ebrié, il rebelote avec une 2e œuvre, « Réconciliation ».

De retour au Burkina Faso, en 2001, après plus de deux décennies d’absence, pour la promotion de son nouveau-né, il est cependant « contraint » de rester dans son pays natal, en raison de la crise politique naissante dans sa seconde patrie.

Sana Bob, l’incompris

Incompris, hué, Sana Bob Africa (devenu plus tard Sana Bob) connait des débuts difficiles sur sa terre natale. Et en l’absence des scènes dans la capitale, il est obligé, pour pouvoir joindre les deux bouts, de parcourir le pays pour monnayer sa musique dans les villages et les petites villes pour des cachets dérisoires.

Dans la foulée, il sort son troisième album, « Dernière chance » en 2006. Il y jette un regard critique sur la gestion de la chose publique. Faites-vous de la politique? « Non. Mais, j’aime les politiciens véritablement dévoués à leur peuple », répond-t-il, sans hésiter. Etes-vous un artiste engagé? Répondant par l’affirmative, il ajoute: « Je suis engagé pour le développement et la cohésion sociale ». Marié depuis 25 ans et père de 5 enfants, Sana Bob dit vivre uniquement de la musique « Ne me demandez pas si la musique nourrit son homme. Une chose est sûre. Je jouis décemment des fruits de mon travail avec ma famille », nous prévient-il.

Côté carrière, il conquiert définitivement le cœur des burkinabè avec la sortie de son nouvel album « Beog Yiinga ». Flanqué désormais d’un mégaphone, le porte-voix des sans-voix est acclamé par une foule en délire à chacune de ses apparitions.

Les festivals à l’étranger se succèdent (FEMUA, ABJ-Reggae, Esperanza,etc.) pour celui qui est à présent surnommé « le crieur public ». Sa cinquième œuvre discographique, baptisée « Notre temps », comme une sorte de prémonition, sort en 2014, à quelques mois de l’insurrection populaire d’octobre.

Et pour cause. La gestion du pouvoir et des ressources naturelles constituent les principaux thèmes abordés dans ce nouveau bijou. En juin 2017, un incident vient pourtant ternir l’image de « l’artiste du peuple ». En compagnie des membres de la Coalition pour la renaissance artistique au Burkina Faso (CORA-BF), il fait, en effet, irruption dans une radio de la place pour y déloger un animateur en pleine émission. Son crime? Ne pas promouvoir assez la musique burkinabè. Visiblement gêné, le chanteur préfère parler d’une « mauvaise expérience, mais pleine d’enseignements ».

De l’avis d’une certaine opinion, sa cote de popularité aurait pris un coup depuis cette affaire qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Il nous brandit alors au visage une clé USB de 4 Gigas, griffé (s’il vous plait!) « Sana Bob ». Celle-ci contient son prochain album, un clip-vidéo, un documentaire sur sa carrière, et une biographie. « J’ai écoulé plusieurs centaines de ces clés à 5000 F CFA l’unité en l’espace d’un mois. Comment aurais-je pu le faire si j’étais devenu impopulaire? »,interroge-t-il, l’air contrarié.

Qu’à cela ne tienne, l’artiste pourra, sans doute, jauger sa notoriété auprès du public à l’occasion de la sortie de son 6e opus, « Ensemble » sur le marché discographique. Un album qui marque 17 ans d’engagement et de parcours musical.

Aubin W. NANA

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