Il paraît que la vie est chère au Faso mais il suffit de jeter un coup d’œil au bord des rues ou sous les manguiers pour se rendre compte que le compte est bon. Il paraît que la conjoncture a atteint son summum chez nous, mais le constat quotidien détrompe le plus naïf des crédules. Parfois on a l’impression que certains Burkinabè ne passent pas une minute chez eux, avec leur femme et leurs enfants. Quand je vois tous ces barbus joncher nos espaces vides à la recherche d’air pur, je perds mes mots face à leurs maux.

Chaque jour, les bars et les buvettes s’emplissent ; on lève le coude ; on dévore les poulets flambés en compagnie de « femmes en divagation ». Pendant ce temps, madame et les enfants attendent à la maison le père irrécupérable qui se dévoie. Pendant ce temps les enfants font ce qu’ils veulent entre les buissons et une classe sans avenir.

La digne mère, malgré ses efforts verra ses rejetons, entrer en brousse au grand dam de l’espoir et du grand rêve. Ces enfants ne seront rien dans ce pays, parce qu’ils ont eu la malchance d’avoir un père sans repère. Ces enfants feront partie de cette racaille qui sèmera la pagaille demain au sein de la communauté. Nous les enverrons en prison sans être à l’abri de leurs méfaits.

Il y a des parents qui s’endettent pour sauver l’avenir de leurs enfants. Il y en a qui s’endettent pour faire la fête des bêtes et en faire à leur tête. Comment peut-on prendre un prêt scolaire pour acheter la moto de la capricieuse « deuxième bureau » et renvoyer les frais de scolarité de son fils aux calendes grecs ? Quel bon père peut-il sacrifier tant l’avenir de sa progéniture au profit d’aventures éphémères et sans issue ? Comment peut-on avoir une bonne érection dehors quand chez soi à la maison, sa femme et ses enfants meurent de faim ? Quel plaisir peut-on tirer de ses turpitudes pendant que la douleur frappe au cœur de sa famille ? C’est parfois incroyable, mais un père peut laisser son fils de neuf ans avec sa mère malade à l’hôpital et aller faire le show et revenir au petit matin. Pendant que sa femme se bat contre son cancer, lui, il se débat dans les bras d’un amour d’enfer sur la « pelouse conjugale ». Carton rouge !

C’est renversant, mais un bon père peut-il se perdre au point de déménager chez la maîtresse insolente qui a battu et dénudé la titulaire sous le regard imbibé de ses enfants ? Il y a trop de mauvais exemples à donner ; trop de brebis galeuses à écarter de l’enclos, mais on ne peut balayer que chez soi. Rien ne sert donc de s’en prendre aux enfants de la rue sans remonter la pente et voir ce qui a fait germer le mal. Rien ne sert de croire en l’avenir de ce pays si les parents ne sont pas à la hauteur du b-a-ba de la responsabilité. C’est dommage que cette chronique passe comme une ritournelle ; mais elle aura au moins le mérite d’être écrite pour la conscience collective.

On peut se targuer d’être un géniteur et se vanter d’être papa ; on peut se bomber le torse dehors et jouer au roi de la basse-cour des harems de « haram » ; on peut même se faire affectueusement et ridiculement appeler dehors « guichet automatique » ou « donneur universel » ; sans un brin de bon sens, un homme aussi gaillard soit-il est un gâchis à déplorer. Et rien ne sert d’éduquer un enfant dont le père n’a rien reçu de ses parents à lui. Rien ne sert de condamner le petit voyou malfaiteur si ses méfaits sont les fruits d’un héritage familial sur fond de démission sociétale.

La relève est en panne ; demain s’éloignera de nous si nous ne prenons pas en main aujourd’hui. Il serait donc difficile, voire périlleux de céder le gouvernail de ce pays à des enfants drogués aux parents extravertis et divertis. Ce serait un coup d’épée dans l’eau que d’espérer en une génération au contrôle parental défaillant. La question est sérieuse pour ceux qui essaient de voir au-dessus de leur propre épaule ; mais la préoccupation n’est pas suffisamment prise en compte par tous les chefs de famille que nous sommes.

Et c’est dommage que nous soyons toujours dans la semoule en train de patiner en nous chatouillant du bon côté pour rire de notre propre laideur. Et depuis que l’enfant n’est plus un produit social, sa vie est une pourriture entretenue par un père sans autorité. Ça sent mauvais mais comme c’est le fils ou la fille de l’autre tant pis pour lui, dommage pour elle ! Il ne suffit pas de savoir semer si l’on ne sait pas cultiver sans couper les semis. Il ne suffit pas de savoir ou de pouvoir ensemencer sa « pondeuse » si l’on ne sait pas faire la couveuse ; il faut surtout savoir régenter les fruits de sa bavure. Et ça, très peu de pères savent le faire !

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr

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