Le Conseil suprême égyptien pour l’organisation des médias a organisé du 10 au 29 novembre 2018 au Caire, la 52e session de formation des jeunes journalistes africains. Une vingtaine de journalistes de différentes nationalités ont vu leurs capacités renforcées pendant trois semaines.

22 journalistes africains viennent de boucler un séjour de trois semaines en Egypte où ils ont pris part à la 52e session de formation des jeunes journalistes africains organisée par le Conseil suprême pour l’organisation des médias d’Egypte et l’Union des journalistes africains (UJA). De nationalités différentes, ils sont venus de 22 pays dont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Congo Brazzaville, le Gabon, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Lesotho, le Bostwana, la Zambie, l’Ethiopie la Namibie et le Zimbabwé, la Tunisie.

Durant la session qui s’est tenue au Centre de formation et des études de médias, logé au sein du conseil suprême, plusieurs thématiques relatives essentiellement aux défis en lien avec le développement socio-économique, la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique ont été abordées. On peut noter entre autres, la presse en Afrique : problèmes et solutions ; les relations égypto-chinoises ; l’exagération et la minimisation ; l’exploitation économique des ressources du continent ; le rôle des médias dans l’intégration des peuples ; les objectifs du développement durable en Afrique et la culture africaine et son l’impact social et économique. Les formateurs sont, pour la plupart, des éminents professeurs venus des universités et Instituts du Caire ainsi que des anciens journalistes bien connus du monde des médias.

Le premier thème portant sur la pratique du journalisme en Afrique a été développé par le Secrétaire général national du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal(SYNPICS), Ibrahima Ndiaye. Dans sa communication, ce dernier a d’entrée de jeu indiqué que le sujet évoque l’épineuse question des conditions de l’exercice de la profession de journaliste en Afrique. Selon lui, la presse africaine dans son ensemble connait pratiquement les mêmes problèmes avec des degrés variables d’un pays à un autre. Le premier défi du métier de journaliste, a fait savoir, Ibrahima Ndiaye, demeure l’insuffisance de formation des praticiens.

Les jeunes, soutient-il, ne se donnent plus le temps d’apprendre avant d’aller à la pratique. Ce qui fait que la profession tend à devenir un réceptacle de personnes ayant échoué dans les autres domaines. « En plus de la maitrise des genres et techniques rédactionnels, il faut ajouter l’éthique et la déontologie car un journaliste qui ignore les règles qui régissent son métier est un mercenaire pour les populations », a-t-il déclaré.

Rédacteur en chef délégué du quotidien sénégalais, « Le Soleil », M. Ndiaye a également évoqué la création de médias de lobbying pour défendre des intérêts et qui ne respectent pas toujours les règles établies encore moins les conventions. Comme pistes de solutions, le conférencier a proposé qu’une obligation soit faite au patron de presse de recruter un pourcentage de professionnels bien formés, le respect des conventions collectives, la création de mécanismes alternatifs de financements des entreprises de presses surtout celles du privé.

« Savoir discuter avec la Chine »

La communication sur les relations entre l’Egypte et la Chine a été présentée par un ancien haut fonctionnaire de l’Union africaine et des Nations Unies, l’ambassadeur Ahmed Haggag. Pour le conférencier, la Chine, au-delà de l’Egypte est un partenaire privilégié pour le continent avec une enveloppe globale de plus de 60 milliards de dollars injectés par an dans des projets de développement. Cela s’explique selon le diplomate par la souplesse des conditions d’octroi de crédits par la république populaire de Chine, comparativement aux pays occidentaux et aux institutions financières internationales. Cependant, a-t-il affirmé, les pays africains doivent veiller à ce que l’argent soit destiné uniquement aux projets d’investissements et non à payer des salaires. Concernant les préoccupations de certains citoyens qui craignent en retour une occupation de terrain par les Chinois, M. Haggag pense que dans un partenariat chaque partie cherche à tirer profit et c’est aux gouvernements de savoir discuter avec la Chinois. L’ancien cadre onusien a, par ailleurs, recommandé la réalisation d’infrastructures entre Etats africains ainsi que la suppression de visas entre eux. Cela afin de promouvoir l’intégration à travers la libre circulation des personnes et des biens. Pour développer le sujet sur l’exploitation économique des ressources du continent, le Centre de formation a fait appel à un journaliste émérite, Nabil Zaki. Il dira dès l’entame de son développement que l’Afrique est le continent le plus riche du monde et concentre 1/3 des ressources du sous-sol ; mais paradoxalement elle est aussi le continent le plus pauvre car victime de l’exploitation de ses ressources par les multinationales dont les termes des contrats suscitent des soupçons de corruption. « Le début de l’exploitation des ressources en Afrique remonte en 1900 et dans les pays tels l’Angola, la Libye, la RDC ou le Soudan qui sont de grands producteurs de pétrole», fait remarquer l’ancien reporter pendant la guerre de Vietnam.

Pour le communicateur, il faut inverser la tendance en privilégiant les sociétés nationales dans la délivrance des titres. « Tant que les ressources naturelles de l’Afrique seront exploitées par des sociétés étrangères et transportées en Occident pour traitement, leur impact sur la vie des populations ne sera pas pour demain ». Connu pour son « courage » et son professionnalisme « hors pair », Nabil Zaki qui a été à plusieurs reprises sur des terrains de guerre pour rendre compte des affrontements, a invité ses jeunes confrères à investiguer sur l’exploitation et la gestion des mines dans leurs pays.

Unique femme parmi les formateurs, au cours de cette session, Dr Samah Al Moursi est enseignante au département d’économie de sciences politiques à l’université du Caire. Les ODD, a-t-elle indiqué, se déclinent en plusieurs composantes et visent entre autres à éliminer la pauvreté, promouvoir la santé de la mère et de l’enfant, l’égalité des sexes, la paix et la justice et la protection de l’environnement. Le président de l’Union des journalistes africains, Mafouz Al Ansari s’est réjoui de la tenue de cette session. L’aventure entre l’UJA et le Conseil suprême pour l’organisation des medias qui dure depuis une vingtaine d’années a contribué à une presse de qualité sur le continent, foi de M. Ansari.

 

Romain B. Nebie

 

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