Au Burkina Faso, la prévalence du virus du Sida est de 0,8%. Et, selon le ministère de la Santé, 94 000 personnes vivent avec le virus. Dans ce lot, 12 000 ignorent  leur statut sérologique. D’où l’intérêt de faire le test de dépistage et de poursuivre la sensibilisation pour l’adoption de comportements sains. Un message réitéré au cours de la journée dédiée à cette pandémie, le 1er décembre 2018.

Adjaratou Dango (nom d’emprunt) a environ 50 ans. En 1992, alors qu’elle n’avait que 22 ans, son mari est hospitalisé successivement dans des centres de santé privés puis à l’hôpital Yalgado Ouédraogo. L’on n’arrive pas à soulager son mal. Elle décide d’aller au Ghana pour des soins plus ‘’appropriés’’. Là-bas, elle n’a pas gain de cause. Pourtant, elle déjà enceinte. A la naissance de l’enfant, les maladies à répétition alertent vite les médecins qui font un test du VIH. Elle est dépistée positive. « Les médecins ne m’ont même pas dit. C’est après que ma sœur qui était du secteur de la santé m’en a parlé », raconte-t-elle.

C’est en ce moment qu’elle saura aussi que son mari est séropositif. Quand elle fit son test, elle découvre ‘’naturellement’’ qu’elle porte le virus du Sida. A son retour du Ghana, sans panique, elle informe ses amis, sa famille et ses connaissances de son statut. Malheureusement, par manque de moyens, elle ne peut pas faire un test des CD4 qui coûte 68 000 F CFA. (NDLR : le rôle des cellules CD4 est de coordonner le système immunitaire. En utilisant ces cellules, le VIH diminue le nombre de CD4 et cause donc un affaiblissement du système immunitaire. Une personne ayant un système immunitaire avec un nombre de CD4 de plus de 500 est considérée comme possédant un système immunitaire en bon état. Plus l’infection au VIH avance, plus le nombre de CD4 diminue). Ménagère, elle perd son époux en 1995.

« Lors de sa maladie, la famille refusait de nous assister. J’ai insisté quand la situation s’est dégradée. Ils sont venus. Il est décédé, le 5 janvier 1995 à 5h du matin et a été inhumé le lendemain. Ce même jour, la famille s’est réunie et m’a sommée de quitter la maison. Les enfants qui étaient sous notre charge ont été récupérés et remis à d’autres personnes », se rappelle dame Dango. Pour elle, c’est parce que la belle famille était au courant de son état que ce sort lui a été réservé. Malgré qu’elle soit mariée légalement, les parents de son époux lui retirent la parcelle de son mari sans qu’elle dise mot.  Fort heureusement, sa famille est solidaire de sa situation et lui vient en aide. « Après cet épisode, j’ai connu un homme en 2000 à qui j’ai parlé de ma sérologie. Je l’ai invité à faire son test parce que je refusais d’avoir des rapports non protégés. Il a accepté. Il a découvert qu’il était séropositif. Moralement, il était abattu », confie-t-elle.

La stigmatisation et la discrimination, les obstacles au dépistage

Aujourd’hui, grâce aux avancées de la médecine, le couple a deux enfants séronégatifs nés respectivement en 2003 et 2013. Elle se fait passer pour une ambassadrice de cette pandémie. C’est pourquoi, elle ne cesse d’appeler les populations à faire leur test de dépistage et à adopter des comportements sains et surtout à utiliser le préservatif dans les cas où, les deux conjoints ignorent leur sérologie. Car, de son analyse, même si le virus a régressé, de nouvelles contaminations demeurent. Un point de vue partagé par le Secrétaire permanent du Conseil national de lutte contre le Sida et les infections sexuellement transmissibles (SP/CNLS-IST), Dr Didier Romuald Bakouan.

« Actuellement, la prévalence a baissé, nous avons donc opté pour la sensibilisation de proximité pour amener les personnes toujours réticentes à adopter un comportement responsable vis-à-vis du virus », soutient Dr Bakouan. Cependant, la régression de cette prévalence a réduit les partenaires qui finançaient la lutte.  Et le pays ne peut compter que sur le Fonds mondial et le financement de l’Etat, foi du SP/CNLS-IST. « Nous avons opté pour l’élimination du Sida d’ici à 2030 mais à l’étape intermédiaire, nous disons que d’ici à 2020, nous devons faire en sorte que 90% des personnes infectées sachent qu’elles vivent avec le virus et que 90% de celles-ci soient mises sous traitement. Ce qui nous amènera à rendre indétectable le virus pour arriver à une meilleure prévention », souligne le SP/CNLS-IST.

Selon le nouveau rapport de l’Organisation des Nations unies pour le Sida (ONUSIDA), publié le 22 novembre dernier, l’intensification des efforts en matière de dépistage et de traitement du VIH a permis d’atteindre davantage de personnes vivant avec le VIH. En 2017, ¾ des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur sérologie contre 2/3 en 2015. Toutefois, le rapport montre que 9,4 millions de personnes vivant avec le VIH ne savent pas qu’elles ont contracté le virus et doivent bénéficier de toute urgence d’un dépistage et d’un traitement. Le rapport précise les obstacles à la connaissance de sa sérologie.

L’on peut citer la stigmatisation et la discrimination. Comme solution, le rapport propose le dépistage basé sur la communauté et le dépistage à domicile. Une autre étape importante selon l’ONUSIDA est d’intégrer le dépistage du VIH à d’autres services de santé, notamment les services de santé maternelle et infantile, de lutte contre la tuberculose et les services de lutte contre les IST et les hépatites virales.

Gaspard BAYALA

gaspardbayala87@gmail.com

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