Cinquante ans et sept mois après la révolution ou révolte estudiantine de mai-juin 1968, qui a bouleversé la société française après que les étudiants eurent mis la ville en ébullition, la France revit une situation sociale abracadabrante. Cette fois, c’est tout un mouvement aux traits distinctifs, appelé « les gilets jaunes », qui fait voir rouge le gouvernement français. Ils ont pris le pays en otage, démystifié la aura du président Emmanuel Macron et s’imposent aujourd’hui comme les vrais maîtres de la France. Rétropédalage du gouvernement, reniement, renoncement, mutisme d’un Emmanuel Macron pourtant prompt à prendre la parole à tout vent. La France en cette fin d’année vit des moments difficiles.

L’excuse de la surenchère sur le coup du pétrole ne peut pas expliquer ce déferlement des Français à mettre la république sous les rampes de l’actualité de la plus inattendue des manières. Surtout que 2018 voyait la mise en branle des réformes qui avaient fait le lit d’une véritable complicité entre Emmanuel Macron, ce jeune homme, iconoclaste, un peu Sarkozyste sur sa façon de défier l’autorité, dont le président François Hollande. Ce break, cette rupture avait-elle fasciné les Français ? En tout cas en portant leur suffrage sur le candidat Macron, alors que son mouvement En marche était encore embryonnaire, les Français se rendent compte que ce choix était un saut dans l’inconnue.

Aujourd’hui, alors que le pays est en ébullition, Macron doit se rendre compte que le peuple reste toujours un inconnu, qui peut se révéler en faveur ou contre et déjouer toutes tendances. Et le peuple français dont on ne peut soupçonner le conservatisme, l’a toujours prouvé depuis des lustres. Même le grand, au figuré comme au propre, général Charles De Gaulle a été obligé de boire la coupe, jusqu’à la lie et de faire le voyage de Baden Baden en catimini. Vingt-quatre ans seulement après son appel du 11 juin 1944 en pleine guerre mondiale qui a relancé la mobilisation et donné à la France le courage de ne pas plier sous l’occupation.  En fait, chaque président français a son Mai 68 qui n’est rien moins que la somme de frustrations d’une population, dont les pouvoirs n’ont pas su comprendre le message.

A moins qu’ils n’aient volontiers décidé d’en faire à leur guise dans une société démocratique. La perspective d’élection n’étant pas proche, le peuple préfère donc anticiper en utilisant l’autre forme de communication, la rue, générant des expressions comme Samedi noir. Pour ne pas dire plus. Samedi de barbares. On aura donc tort, de penser que cette crise sociale aigue que connaît la France avec de grosses répercussions en ce mois de décembre est le fait de la malgouvernance d’un Emmanuel Macron, au bas des sondages. Cette effervescence sociale de décembre 2018 qui revêt des contours politiques, comparée à Mai 68 en France, n’est pas exagérée. Si, comme le disait Eric Conan,  « Mai 68 fut moins cause de bouleversements que conséquence de changements profonds déjà opérés au milieu des années 60… »,  décembre 2018 peut être considéré comme conséquence d’un projet de société où ceux qui triment, le font pour ceux qui rient.

Attention à la métastase. L’effet contagieux des Gilets jaunes a certainement commencé avec les élèves, alors que d’autres fronts de protestation s’ouvrent.

Jean Philippe TOUGOUMA

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.