Emma Ndoringoma: «Le gouvernement veut faire du Rwanda, le hub de la technologie»

A la 2e édition du Salon du e-commerce de Ouagadougou, le Rwanda, l’un des plus avancés du continent en matière de e-services, était le pays invité- modèle. Dans un entretien accordé à Sidwaya, la chef de la délégation rwandaise, Emma Ndoringoma, 2e vice-présidente de la Chambre des TIC du Rwanda, parle du niveau de la digitalisation dans son pays. Elle évoque également les investissements consentis par les pouvoirs publics et les acteurs privés pour la promotion des services en ligne dans le pays de Paul Kagame.

Sidwaya (S.): Dites-nous ce que c’est que le e-commerce  

Emma Ndoringoma (E. N.): C’est du commerce électronique, des échanges en ligne. C’est quand les transactions, les ventes se font en ligne, les services sont fournis en ligne et qu’on n’a pas besoin de se déplacer physiquement pour effectuer des achats.

S: Comment appréciez-vous votre participation à ce 2e salon de e-commerce de Ouagadougou ?

N. : C’est une expérience intéressante car les Burkinabè que l’on a rencontrés au cours du salon sont des gens ouverts, orientés vers une Afrique unie. Ils veulent répliquer l’expérience rwandaise dans leur pays. C’est un bon signe, car cela va créer des partenariats entre les entreprises burkinabè et rwandaises.

S: Au Rwanda, il existe une Chambre des TIC. Quelles sont ses missions

N. : La Chambre des TIC est la cadette des Chambres au Rwanda. Elle a été créée en 2011 et fait partie de la fédération du secteur privé. Mais ce n’est pas parce qu’elle est la plus la jeune des Chambres qu’elle est moins importante! Elle est polyvalente et a été spécialement créée suivant la volonté du gouvernement de faire du Rwanda, le hub de l’informatique, le centre de la technologie; mais aussi pour qu’elle puisse faciliter le développement des autres secteurs. La Chambre des TIC est composée de sociétés en informatique, en télécom, etc. Elle offre beaucoup de services à ses membres, y compris l’accès aux financements, la formation, le plaidoyer auprès du gouvernement. Elle est le produit du partenariat entre les secteurs privé et public. Après la création de la Chambre, le gouvernement et le secteur privé ont mis en place un incubateur où les jeunes entrepreneurs viennent présenter leurs projets. De là, sont nées beaucoup d’entreprises dont certaines sont aujourd’hui dans le e-commerce. Nous avons un partenariat avec le Japon qui nous permet d’envoyer des jeunes se former pendant six mois dans les entreprises japonaises et qui reviennent travailler dans les sociétés rwandaises.

S: Le Rwanda est présenté comme l’un des pays africains en avance en matière de e-commerce. Quel est le niveau du développement du e-commerce dans votre pays ?

N. : Le e-commerce est bien développé au Rwanda et s’améliore de jour en jour sous le leadership du gouvernement qui veut faire du Rwanda le hub de la technologie. Tout a commencé lorsqu’en 2007, le gouvernement a mis en place une carte d’identité digitale parce que le e-commerce est une question de confiance. A partir de là, on a eu beaucoup de solutions. Il y a par exemple tous les services gouvernementaux qui sont donnés en ligne à travers une plateforme Irembo. Cette plateforme donne actuellement près de 80 services en ligne tels que la demande de permis de conduire, du casier judiciaire, de la carte d’identité, etc. Il y a l’office des recettes où tout se fait en ligne: les déclarations, le paiement des taxes, les demandes de documents.

S: Qu’en est-il du e-service dans le secteur privé ?

N. : Le e-service est beaucoup développé dans le secteur privé qui comprend bien la vision du gouvernement. On a par exemple la solution Tap & Go qui est une carte que l’on utilise dans les bus. Avec cette carte, il n’y pas de cash, donc pas de problème de monnaie, de convoyeurs. Il y a une autre solution appelé SafeMotos avec lequel le taxi-moto vient vous chercher à la maison. Il y a également la solution Jumia Food et DMhehe pour la livraison à domicile des repas à partir des restaurants de Kigali. L’objectif du Rwanda est d’avoir à terme une économie sans cash!

S: Est-ce qu’il y a un secteur où le e-commerce est plus développé ?

N. : En plus du domaine du transport, il y a aussi le domaine bancaire où tous les services sont offerts en ligne à travers les cartes, le mobile-money ou autres transferts électroniques. On a aussi le prépaiement de l’électricité en ligne. Il y a également la mutuelle de santé qui est digitalisée et connectée à la carte d’identité et permet pratiquement à tous les Rwandais de se soigner. Dans le domaine de l’agriculture, on a beaucoup de start-up qui sont dans la chaîne de distribution de tout ce qui est relatif à ce secteur.

S: Peut-on dire que les Rwandais sont de véritables e-consommateurs?

N. : Je peux le dire, car tous les services vitaux de l’Etat sont en ligne. Pour avoir votre carte d’identité, vous n’avez pas le choix que de passer par les services en ligne. Ce qui est bien, c’est qu’il y a des kiosques un peu partout, accessibles à tout le monde, même à ceux qui sont en zone rurale. Il y a une grande proportion de Rwandais qui sont utilisateurs de e-commerce grâce aux efforts du gouvernement dans le domaine des infrastructures. Car quand on parle de e-commerce, il y a la question de la disponibilité de l’énergie, de la connectivité. Le gouvernement, en partenariat avec le secteur privé, a déployé la fibre optique partout dans le pays et la 4G. Tout cela fait que 95% du pays a accès à internet.

S: Y a-t-il eu des actions en matière de formation, de sensibilisation pour faciliter l’adoption du e-commerce par les Rwandais ?

N. : Le gouvernement n’arrête pas de s’y investir. Il y a beaucoup de campagnes de sensibilisation faites en permanence à l’endroit du peuple pour l’inciter à aller en ligne. Le partenariat privé-public a également permis de faire des campagnes pour expliquer le bien-fondé de l’informatique qui accélère le développement des autres secteurs. Actuellement, le Rwanda a signé un partenariat avec Ali-Baba qui est la plus grande entreprise de e-commerce en Chine. L’objectif est de développer le e-commerce entre la Chine et le Rwanda, de développer le tourisme rwandais.

S: Est-ce que le e-commerce peut contribuer à améliorer le niveau des échanges intra-africains qui ne représentent que moins de 14% du volume global des échanges du continent ?

N. : Il est vrai que les échanges commerciaux entre pays africains a toujours été un problème. Le e-commerce est une solution pour le développement des échanges commerciaux à l’intérieur du continent. Mais, il n’y a pas que cela. Les réformes au niveau de l’Union africaine, la vision d’une Afrique unie, les octrois de visa, la signature des accords constituent également des moyens pour faciliter le commerce entre pays africains.

Propos recueillis par Mahamadi SEBOGO

 

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