Dossier Thomas Sankara : bientôt la vérité ?

La justice burkinabè a reçu des autorités françaises, le 9 novembre 2018, un lot de documents d’archives, dans le cadre de l’enquête sur la mort du président Thomas Sankara, le 15 octobre 1987. Ces documents ont été transmis au juge d’instruction en charge du dossier. Le président français, Emmanuel Macron, a donc tenu sa promesse, faite il y a un an et quelques jours seulement à Ouagadougou, de mettre à la disposition du Burkina Faso, ces archives pouvant contribuer à la manifestation de la vérité. Selon la presse française, il s’agit de documents déclassifiés : des pièces et des auditions de personnes, dans le cadre de la commission rogatoire internationale.

Un deuxième lot de documents devrait être expédié au pays des Hommes intègres dans les semaines à venir. Tout cela ne peut que réjouir la famille de l’illustre disparu, l’Etat et la population qui réclament depuis des années, justice pour le père de la Révolution burkinabè. Pour autant, peut-on dire que l’affaire Thomas Sankara connaîtra bientôt son dénouement ? Il ne faut malheureusement pas être optimiste si vite, car le dossier Sankara est tellement complexe que des documents venus de France seuls ne pourront en être la solution. Néanmoins, le geste de l’Hexagone peut permettre à la justice burkinabè de faire un pas significatif dans l’éclatement de la vérité. Il faut espérer pour cela que les précieux documents regorgent d’informations «utiles» aux différentes parties (juge d’instruction, avocats de la partie civile et de la défense). Il n’est pas exclu, en effet, que les archives de la France contiennent des informations qui vont diriger les enquêteurs vers les commanditaires et les exécutants de l’assassinat du président Thomas Sankara. Même la stratégie mise en place pour «piéger» Thom Sank pourrait y figurer.

Cependant, il faudrait aussi s’attendre à ce que ces documents ne «parlent» pas, parce que l’on pourrait ne rien avoir de neuf, en les exploitant. Dans ce cas, ce serait simplement un retour à la case départ. Par contre, si la justice burkinabè arrive à tirer profit des documents français déclassifiés concernant cet assassinat, ce serait une avancée dans la recherche de la vérité. Malgré tout, cette interrogation demeure : connaîtra-t-on un jour la «vraie» vérité dans l’affaire du président du Conseil national de la révolution ? Il n’est pas superflu de se poser cette question, quand on sait que beaucoup de personnes citées dans le dossier Sankara sont mortes ou se trouvent hors du pays.

C’est le cas de l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando présumé pilier de cette opération sur la mort du capitaine Sankara et qui aurait pris la poudre d’escampette à la suite des évènements de fin octobre 2014. C’est également et surtout le cas de Blaise Compaoré, président du Faso déchu, lors de l’insurrection populaire, qui se trouve actuellement en Côte d’Ivoire. En 2015, pendant la Transition, les nouvelles autorités avaient lancé un mandat d’arrêt international contre lui, mais qui, jusque-là, a été improductif.

Pour cause, la nouvelle nationalité de l’ancien chef d’Etat burkinabè aurait fait obstacle à son extradition vers son pays natal. Etant le principal bénéficiaire du putsch militaire qui a coûté la vie à son compagnon d’alors, peut-il y avoir un procès sur cette affaire, en son absence ? Seuls les juges apprécieront. En attendant, tous ceux qui sont épris de justice pour Thomas Sankara peuvent se contenter du fait qu’un autre supposé «gros poisson» de ce dossier se trouve dans les mailles de la justice : le général Gilbert Diendéré, également cité régulièrement dans l’assassinat de Sankara, pourrait être «une clé» pour la manifestation de la vérité.

 

Moustapha SYLLA

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