Norbert Zongo et ses compagnons ont été assassinés sur la route de Sapouy.

Ce 13 décembre 2018 marque, jour pour jour, les 20 ans de l’assassinat du célèbre journaliste d’investigation, Norbert Zongo, à Sapouy, dans le Sud du Burkina. En deux décennies, le dossier a connu diverses évolutions sur le plan judiciaire. Retour sur une affaire aux multiples rebondissements…

Dans l’après-midi du 13 décembre 1998, un véhicule enflammé est retrouvé sur la route nationale N°6, à Sapouy, au Sud du Burkina Faso. Une horrible découverte, qui va ébranler le « pays des Hommes intègres ». A bord d’un 4×4 dont la carcasse est encore fumante, trois corps sans vie, calcinés sont découverts. Un quatrième cadavre git non loin du véhicule, deux douilles sont retrouvées près de lui. L’autopsie confirmera que ni la fumée ni les flammes ne sont à l’origine des décès des infortunés : Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma, Ernest et Norbert Zongo. Les quatre hommes ont d’abord été abattus par balles, avant que leurs corps ne soient brûlés.

Norbert Zongo et ses compagnons ont été assassinés sur la route de Sapouy.

L’annonce de la nouvelle secoue la nation. Car, l’un des corps est celui du célèbre journaliste d’investigation, Norbert Zongo. Des voix se sont tout de suite levées, qui ont lié l’assassinat du directeur de publication du journal «L’Indépendant » et de ses compagnons à l’enquête, qu’il menait sur l’incarcération de David Ouédraogo au Conseil de l’entente. Ce dernier, chauffeur personnel de François Compaoré, frère cadet du président du Faso, avait été accusé d’avoir volé une somme d’argent à l’épouse de son patron, Salah. Le 18 janvier 1997, l’infortuné décède dans les locaux de l’infirmerie de la présidence de la république, officiellement des suites « de maladie ».

Pour le journaliste Norbert Zongo, l’affaire est trop trouble pour qu’il s’agisse d’une mort naturelle. A travers ses investigations, il découvre que le chauffeur du frère du chef de l’État ne serait pas décédé des suites d’une maladie, mais plutôt à cause de tortures infligées par des hommes de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Il entame alors une enquête sur la mort mystérieuse de David Ouédraogo. Ce qui va susciter, à en croire certaines sources, son assassinat le 13 décembre 1998, soulevant de vives émotions à Ouagadougou et dans d’autres villes. En réaction, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans tout le pays. Une certaine pression populaire s’est ensuite installée, faisant vaciller le régime craint de Blaise Compaoré. Cédant au mécontentement populaire, l’ex-chef d’Etat autorise l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Une Commission d’enquête indépendante (CEI), censée faire la lumière sur le quadruple assassinat, est créée. En sept ans d’instruction, un seul suspect, Marcel Kafando, un adjudant de la sécurité présidentielle, a été inculpé. Mais celui qui l’accuse d’avoir trempé dans l’affaire s’est, par la suite, rétracté, au cours d’une confrontation judiciaire. En août 2000, ce fut au tour de cinq autres membres de l’ancienne garde présidentielle d’être inculpés dans le meurtre de David Ouédraogo. Parmi eux, Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousseini Yaro, également suspectées dans l’affaire, qui ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison.

Edmond Koama, lui, est décédé le 4 janvier 2001. Alors que les Burkinabè réclamant justice pour le journaliste nourrissaient le secret espoir de connaître la vérité, le procès Zongo va se conclure par un non-lieu, le 19 juillet 2006, qui a provoqué un tollé international. Le temps passe et le dossier sombre peu à peu dans l’oubli. En décembre 2012, la famille du journaliste, les avocats de la partie civile et le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) saisissent la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples à Arusha en Tanzanie. Cette juridiction se déclare compétente, le 21 juin 2013, pour connaître du dossier.

Le 28 novembre, de la même année, les juges passent au jugement de l’affaire, qui est délibérée le 28 mars 2014. Dans son arrêt, la Cour a condamné l’État burkinabè pour avoir « violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la justice nationale ». Cette décision sonne comme une réouverture du dossier Norbert Zongo. Mais un évènement inattendu va donner un véritable coup d’accélérateur au dossier : l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, qui a entrainé la chute de Blaise Compaoré. Un mandat d’arrêt international est lancé contre François Compaoré, accusé d’« incitation à assassinat » dans l’affaire Norbert Zongo. Le frère cadet de l’ancien président, est interpellé à la surprise générale, le dimanche 29 octobre 2017, par la Police française à son arrivée à l’aéroport Roissy Charles- de- Gaulle en provenance d’Abidjan. Faisant régulièrement le voyage entre la France et la Côte d’Ivoire, il affirmait dans une interview ne pas craindre le mandat d’arrêt international, circulant « librement » entre Paris, où résident son épouse et ses enfants, et Abidjan, où est exilé son frère aîné Blaise Compaoré. Une bataille judiciaire visant son extradition vers son pays à la demande des autorités est ensuite engagée.

Cette procédure va déboucher sur une décision favorable pour les requérants, puisque la justice française a donné, le mercredi 5 décembre 2018, son feu vert pour l’extradition de François Compaoré vers le Burkina. Le parquet général s’était déclaré favorable à cette démarche qui, pour être effective, devra également faire l’objet d’un décret du gouvernement français. La décision de la Cour d’appel de Paris a déjà fait l’objet d’un pourvoi en cassation de la part des avocats de l’incriminé. « Bori Bana » (ndlr : la course est terminée en langué malinké) pour François Compaoré ? L’avenir nous le dira….

Abdel Aziz NABALOUM

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