2e compact du MCC: «Rien n’est gagné d’avance », Samuel Kaboré

Sidwaya a reçu le mercredi 14 novembre 2018, le coordonnateur national de l’Unité de coordination de la formulation du second compact du Burkina (UCF-Burkina) du Millenium challenge corporation (MCC), Samuel Tambi Kaboré.  Avec l’économiste, les échanges ont porté sur tous les aspects de ce second compact, dont la signature pourrait intervenir en fin 2019. 

 Sidwaya (S.) : Le 13 décembre 2016, le Burkina Faso a été sélectionné par le Conseil d’administration du Millennium challenge corporation (MCC) pour la formulation d’un deuxième compact. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement?

Samuel Tambi Kaboré (S.T.K.) : La sélection est basée sur un certain nombre de critères qui font partie d’un document intitulé tableau de bord. Et dans ce tableau de bord, il y a des indicateurs en rouge et en vert, produits par plusieurs institutions et annuellement suivis par le MCC. Il y en a qui viennent de l’UNESCO, d’autres de l’UNICEF, de la Banque mondiale, etc. Ainsi, parmi la vingtaine d’indicateurs, la vie économique et sociale de chaque pays est suivie. On émet sur cette base, des critères d’appréciation. Et selon que ces indicateurs ont évolué favorablement, on peut décider qu’un pays soit bénéficiaire ou pas du compact.

S. : Pouvez-vous citer quelques facteurs ?

 S.T.K. : Il y a par exemple la politique fiscale, l’inflation, la politique commerciale et le genre dans le domaine économique. Dans le domaine de la justice, vous avez le droit politique, la liberté civile et la lutte contre la corruption. Le Burkina Faso a enregistré une majorité d’indicateurs qui ont évolué favorablement. Ce qui a justifié la décision de lui accorder un compact.

S. : Quels sont les facteurs qui ont précisément joué en faveur du Burkina Faso ?

 S.T.K. : Le Burkina Faso a 13 indicateurs sur 20, qui sont au-dessus de la moyenne. Le MCC produit un rapport chaque année. Ce n’est pas parce que vous avez acquis le compact que vous pouvez le conserver définitivement. Si les conditions se dégradent, le MCC peut arrêter le processus.

Le coordonnateur national de l’UCF-Burkina du Millennium challenge corporation, Samuel Tambi Kaboré : « Ce n’est pas parce que vous avez acquis le compact que vous pouvez le conserver définitivement ».

S. : En termes de budget, quelle est la différence entre le premier compact dont le Burkina a déjà bénéficié et l’actuel ?

S.T.K. : Le premier compact a été clôturé en 2014. Depuis lors, on regarde les indicateurs. Au Burkina Faso, il y a eu des évolutions au niveau politique. En termes de budget,  d’emblée ce n’est pas la première étape. Il faut que le pays fasse une analyse qui permette sa sélection dans un domaine d’intervention. Et c’est sur cette base, qu’on élabore des projets. La décision est prise après évaluation de ces projets et de ce qui est nécessaire comme ressources pour les exécuter. Donc, on ne connaît pas le budget à l’avance. C’est la qualité de vos propositions et de leurs contraintes budgétaires qui déterminent le montant.

S. : Finalement, à quel niveau du processus êtes-vous?

S.T.K. : Pour l’instant, nous sommes à la phase IV, qui est la dernière. A ce stade, il faut démontrer que les projets proposés satisfont les critères d’investissement du MCC, parmi lesquels leurs impacts sur la réduction de la pauvreté. Le niveau de rentabilité doit atteindre, en effet, le seuil minimal de 10% exigé par le MCC. Et il faut démontrer qu’on peut l’exécuter strictement en cinq ans et que les risques sont gérables. S’il y a des risques mortels, la réalisation peut être interrompue ou suspendue à l’image de ce qui s’est passé au Mali, avant le déclenchement des troubles dans le pays. Le document qui a été établi est celui d’analyse des  contraintes. Nous l’avons finalisé en août 2017 et nous avons identifié deux principales contraintes. La première, le secteur de l’électricité, dans sa dimension faible accès, faible qualité et coût élevé. La 2e, c’est la  faible qualification de la main-d’œuvre. Les gens n’ont pas les capacités dans les différents domaines d’activités socioéconomiques. Les deux contraintes constituent la première phase. Dans la deuxième, qui a commencé en septembre 2017 jusqu’en janvier 2018, il a fallu faire l’analyse causale, c’est-à-dire faire des notes techniques sur chacune des contraintes, de telle sorte qu’on puisse donner les causes du problème d’électricité, de son faible accès et de son coût élevé. Sur la base de cette analyse, comment intervenir pour atténuer ces problèmes ? Ensuite, en ce qui concerne la 3e phase, à partir de la bonne connaissance des causes profondes des problèmes, il faut proposer des projets pour pouvoir s’y attaquer. Ces projets ont été proposés et validés en juin 2018. A partir de là, nous avons entamé la quatrième et dernière phase, à savoir le développement du projet dans sa globalité. Et un élément-clé de ce développement, ce sont les études de faisabilité. Il faut prendre les projets un à un et démontrer que les avantages qu’ils vont générer compensent les coûts de leur réalisation, de telle sorte qu’on ait un taux de rentabilité minimale de 10%. Sinon, le projet ne passera pas. Pour établir que nous avons effectivement des projets rentables, il faut qu’on aille chercher les données sur les effets socioéconomiques de l’électrification, pour savoir, qu’est-ce-qui change au niveau du ménage et de l’entreprise lorsqu’il y a l’électricité ? Qu’est-ce qui change quand un quartier, un village ou une communauté est électrifié? Parce qu’on a besoin de ces changements pour démontrer qu’il y a des avantages qui sont, soient des revenus supplémentaires que l’électricité va générer, l’amélioration des conditions de vie des ménages, la scolarisation, soient les meilleures conditions d’études pour les enfants… Il faut pouvoir documenter ces changements qui vont intervenir dans la communauté et réaliser toutes les études dans toutes les zones d’intervention. Nous sommes censés les terminer en juin 2019. Entre juin et septembre, il faut écrire le compact. Entre septembre et décembre, nous espérons pouvoir mener des négociations avec le MCC et la signature entre le gouvernement et le MCC est attendue en fin 2019.

S. : Pour ce 2e compact, l’accent est mis sur le secteur de l’électricité. Qu’est-ce qui explique ce choix ?

 S.T.K. : Le choix de ce secteur provient d’abord de l’analyse des contraintes et ensuite, la question de l’électricité et celle de la faible qualification de la main- d’œuvre. Maintenant, sur quoi nous mettons l’accent ? Les domaines de l’électricité et de la qualification sont vastes. Avec le gouvernement, il a été décidé que l’accent soit mis sur l’électricité, parce que la question de la qualification est très étendue. Elle touche tous les domaines et il sera difficile de pouvoir s’attaquer efficacement à ces deux secteurs simultanément. Donc la décision a été prise, que nous mettions l’accent sur le secteur de l’électricité et à l’intérieur, nous développions la qualification de la main-d’œuvre. Ce qui fait que nous aurons une dimension formation des techniciens, d’ingénieurs, etc. Il y aura aussi une formation continue pour que les jeunes soient davantage qualifiés pour le travail. C’est un choix dicté en réalité par l’identification des facteurs, qui bloquent l’investissement privé et la croissance économique.

S. : Comment comptez-vous faire pour jouer conséquemment sur le coût de l’électricité au Burkina Faso ?

Toutes les questions ont été abordées lors de l’entretien entre les journalistes.

S.T.K. : La question du prix de l’électricité est centrale. Il est élevé actuellement, parce que la production est essentiellement thermique. Il faut importer du fioul avec les générateurs de la SONABEL pour produire l’électricité. Mais comme il faut acheter ce produit à l’extérieur, nous ne contrôlons pas le prix. Le coût est cher, puisqu’il faut acheminer le produit au niveau du port et le transporter jusqu’au Burkina. Mais il y a des solutions alternatives, c’est-à-dire des sources d’électricité qui coûtent moins cher, notamment l’énergie solaire, dont le coût de revient est plus faible que celui du thermique. Ensuite, l’on a les importations qui constituent aussi une source  moins chère par rapport à la production que nous faisons sur place. La logique, que nous soutenons est de faire en sorte, que le poids de ces énergies moins coûteuses augmente dans la production globale du pays. Le coût de revient du kWh va baisser si nous arrivons à produire plus d’énergie moins coûteuse. Nous allons contribuer à cela. Mais il est difficile de dire aujourd’hui que notre apport va baisser automatiquement le prix du kWh.

S. : Qu’est-ce que le projet prévoit pour les petites et moyennes entreprises qui peinent à avoir accès à l’électricité ?

 S.T.K. : Nous avons le souci d’augmenter l’investissement privé et la croissance économique. Le secteur privé est au cœur de l’analyse. Comment faire pour que ce secteur puisse disposer de conditions favorables pour mieux produire, créer de la valeur ajoutée, créer des emplois, etc. ? Partout ailleurs, c’est le secteur privé qui est le plus gros employeur. Il a besoin d’un minimum de conditions et l’électricité fait partie de ces conditions nécessaires.

on devrait avoir des lignes qui permettent de fournir alternativement l’énergie

L’idée est d’apporter effectivement l’électricité à toutes ces entreprises. Dans toutes les zones d’intervention, en milieu urbain ou rural, le souci majeur est de faire en sorte que le secteur privé ait de l’électricité et conduise les activités créatrices de valeurs et de revenus. En milieu rural, il y a des interventions le long des lignes et en milieu urbain, beaucoup de travaux vont être faits dans le sens de stabiliser d’abord la puissance, pour permettre d’alimenter adéquatement les entreprises, c’est-à-dire réduire les interruptions.

S. : Quel sera l’impact sur les coupures d’électricité ?

 S.T.K. : Revenons sur les origines des interruptions. Si vous prenez par exemple Sidwaya qui est alimenté à partir d’une source. Si c’est une source unique, une coupure à l’origine touche l’entreprise. Ce qu’on souhaiterait faire, c’est avoir un autre choix pour alimenter Sidwaya plutôt que d’en avoir qu’un seul. C’est ce que nous appelons bouclage des lignes. C’est de faire en sorte, que lorsqu’il  y a un problème sur une des lignes, l’autre prenne la relève pour continuer à assurer l’électricité. L’idéal serait qu’on puisse ajouter une troisième  possibilité. C’est ce qui se passe en Europe. Les bouclages devraient diminuer les interruptions, mais ne peuvent pas les supprimer intégralement dans la mesure où les deux sources que nous cherchons à établir peuvent faillir en même temps.

S. : A quel niveau allez-vous agir pour augmenter la fourniture en électricité?

S.T. K. : En réalité, les sources d’énergie sont celles de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Ici, nous avons les productions thermiques, c’est-à-dire les centrales habituelles. Le souhait est de les renforcer avec l’énergie solaire pour disposer de plusieurs sources. A un point donné, on devrait avoir des lignes qui permettent de fournir alternativement l’énergie.

S. : Sur quels principes allez-vous baser votre travail ?

S.T.K. : La logique que nous avons suivie, c’est d’abord apporter l’électricité dans les zones à fortes potentialités, puisque nous devons avoir un taux de rentabilité minimum de 10%. Si vous amenez une ligne là où il n’y a pas de potentialités, vous risquez fort de ne pas atteindre ce seuil minimal et votre projet va être rejeté. Nous n’avons pas intérêt à être dans cette situation. Nous devons choisir des zones à fortes potentialités, de manière à ce que les retombées puissent justifier les coûts des investissements. Ça, c’est un critère assez important. Pour dire que les choix se sont fondés sur des critères objectifs. Evidemment, les différentes zones n’ayant pas les mêmes potentialités, il va de soi que toutes les localités ne soient pas concernées. Ensuite, nous avons la limitation budgétaire. Ce sont les études de faisabilité qui vont venir confirmer cela. Ce que nous avons jusqu’à présent, ce sont des propositions. S’il y a problème, il va falloir forcément s’attendre à des changements et à des ajustements pour que nous puissions remplir les critères d’investissement et bénéficier de l’appui du compact.

S. : Quels sont les projets formulés dans le cadre du second compact ?

A l’issue de l’entretien, le coordonnateur de l’UCF-Burkina, a visité quelques services des Editions Sidwaya.

S.T.K. : Il y a trois projets. Le premier est le renforcement de l’efficacité du domaine de l’électricité. Il concerne tout ce qui est renforcement institutionnel, organisationnel, réglementaire et les formations. Le second projet veut augmenter la quantité de l’électricité moins coûteuse. Il s’inscrit dans la logique de réduction à terme du coût du kWh. Il faut que l’électricité qu’on produit  soit moins chère par rapport à ce que l’on produisait auparavant. Le 3e projet concerne les réseaux d’accès. Là, ce sont d’abord les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso qui sont concernées. La logique est d’améliorer le réseau de transport de l’électricité. Il y a le transport d’un côté,  la distribution  de l’autre. Le réseau a besoin d’être examiné et les investissements vont intervenir dans le sens de mettre à niveau et faire en sorte qu’il y ait plus de bouclage. C’est cet effort d’investissement, qui doit être fait dans les villages également. Pour cela, on va construire à Bobo-Dioulasso ce que l’on appelle les postes de transformation. C’est une haute tension qui y arrive. On ne peut pas l’amener au niveau des entreprises et des ménages. Il faut la baisser pour passer à des basses tensions ou moyennes tensions. Maintenant, il y a le réseau intérieur où on envisage une ligne de Bobo-Dioulasso à Ouahigouya en passant par Dédougou et Tougan. Ce sera une bande de 20 km de large, pour plus de distribution dans ce couloir. Dans les grandes agglomérations, les critères seront définis. Si vous avez un petit village de 5 ou 10 ménages, il sera difficile de justifier tous les investissements que l’on va faire à l’intérieur. Ce qui peut être envisagé, c’est un système isolé pour alimenter ces zones. Nous avons démarré les enquêtes pour identifier toutes les opportunités économiques que l’on peut avoir afin de faciliter l’accès à l’électricité de ces unités.

S. : Est-ce que les populations qui n’ont pas de potentialités pourront vous comprendre ?

S.T.K. : On espère fortement être compris. C’est d’abord les critères de choix des investissements qui nous guident. Pour que le projet puisse être justifié, il faut des éléments tangibles. Vous pouvez retenir une zone, mais tant que vous ne dites pas, nous avons telle initiative, tel projet en cours, voici ce que ça peut donner, vous n’allez pas pouvoir convaincre de la rentabilité de l’investissement prévu. Dans ces conditions, on a dit stratégiquement de commencer là où il y a de la potentialité, parce qu’il y a aussi des interrelations.

 S. : Le projet semble autonome. Y a-t-il un partenariat ou des contrats avec la SONABEL ?

S.T.K. : Nous travaillons en partenariat avec tous les acteurs impliqués. Lorsqu’il s’agira de la mise en œuvre, les plus aptes seront associés. Par exemple, si  la SONABEL a un avantage comparatif à réaliser une infrastructure, c’est avec elle que cela  se fera. Nous n’excluons pas d’emblée quelqu’un.

Ce serait contre-productif de payer des centaines de millions pour compenser des risques et ne pas recevoir en contrepartie un retour positif, en l’occurrence l’aboutissement du projet.

Pour ce qui concerne les réformes par exemple, c’est l’administration publique qui va plus ou moins piloter.  Pour les formations, il  y a des institutions privées comme l’Institut du génie électrique qui a été identifié comme une structure qui peut contribuer à la formation des électriciens. Il y a aussi le centre de formation de la SONABEL. On va contractualiser. Lorsqu’il s’agira de construire des lignes, il y aura des appels d’offres, les entreprises vont soumissionner. Celles qui obtiendront les marchés vont les exécuter sous notre contrôle.

S. : Quels sont les indicateurs identifiés pour suivre les changements dans le secteur de l’électricité du fait de ce projet ?

 S.T.K. : Il y a beaucoup d’indicateurs. Nous œuvrons pour que les entreprises puissent créer plus de valeurs ajoutées, de revenus. Il y aura donc un indicateur revenu pour le suivi des entreprises qui vont se connecter au réseau. On va  s’assurer que les entreprises qui ont accès à l’électricité génèrent plus de valeur et contribuent plus à la croissance, créent des emplois. Nous allons aussi  voir comment des gens sont sortis de la pauvreté du fait des emplois et des revenus générés par l’électricité. Voilà quelques exemples d’indicateurs que nous allons suivre.

S. : Est-ce que la bonne gestion du premier compact a contribué à l’obtention du deuxième ?

 S.T.K. : Oui, car le premier compact a été exécuté à un fort taux de réalisation d’environ 99%. Cela est un atout du Burkina Faso à exécuter de grands projets.

S.: Une enquête a révélé qu’en 2014, seulement 24,4% des ménages burkinabè avaient accès à l’électricité. Peut-on espérer voir ce taux évoluer d’ici à la fin de la mise en œuvre du deuxième compact ?

 S.T.K. : Nous allons intervenir en faveur de l’accès à l’électricité. Dans le troisième projet, on a, à côté des réseaux, l’accès et l’utilisation productive de l’électricité. En ville, l’étude qui est en cours va déterminer au niveau de Bobo-Dioulasso et de Ouagadougou les zones qui peuvent être électrifiées. En zone rurale, il y a les couloirs des lignes, la bande des 20 kilomètres. Là-dedans, il y aura l’accès à l’électricité.  Nous sommes en train de voir si nous allons faciliter le branchement qui coûte environ 210 000 francs CFA. A côté de notre contribution, il y a celle d’autres partenaires notamment l’Agence burkinabè d’électrification rurale (ABER), ex- Fonds burkinabè pour l’électrification (FDE)). Le taux global dépendra de l’apport de tous ces intervenants. Nous pourrons  être plus précis sur le nombre de ménages, qui seront touchés lorsqu’on aura fini les études de faisabilité. Mais pour l’instant, il nous est difficile de donner des chiffres sur les taux d’électrification.

S. : En termes d’objectifs, vous n’avez pas fixé un taux ?

 S.T. K.: L’électrification est conditionnée par la rentabilité. Si nous pouvons permettre à tout le monde d’avoir l’électricité, nous serons heureux mais le problème est que nous ne pourrons pas entrer dans le créneau. On reste donc prudent. Nous allons intervenir dans les zones choisies en fonction des critères. En ce moment, nous pourrons donner le niveau de contribution atteint dans l’amélioration du taux d’accès à l’électricité.

S. : Est-ce qu’au stade où vous êtes, vous avez les marges de manœuvre pour décider que le courant passe dans telle localité et non dans telle autre ?

 S.T.K. : Il y a un certain nombre de critères de sélection. Si on trouve que le potentiel d’abonnés est à un seuil acceptable, il n’y a pas de raison qu’on n’investisse pas. Mais si les ménages sont éparpillés, on ne peut pas investir un milliard pour juste électrifier les cours de quelques notabilités, car ce n’est pas rentable.

S. : Le compact II est-il déjà un acquis ?

 S. T. K.: Il y a deux éléments à prendre en compte. Le tableau des indicateurs ayant prévalu à l’éligibilité du Burkina Faso au second compact doit être maintenu. Nous ne devons pas dégringoler. Pour le deuxième aspect, je vais prendre l’exemple du Mali. Le pays avait eu un compact. Avec le coup d’Etat de Sanogo et les autres évolutions, il a d’abord été suspendu, ensuite résilié. Rien n’est gagné d’avance. On doit être conscient des efforts permanents à fournir et travailler dans ce sens. Ce serait contre-productif de payer des centaines de millions pour compenser des risques et ne pas recevoir en contrepartie un retour positif, en l’occurrence l’aboutissement du projet.

S. : Qui finance les études commanditées?

 S.T.K. : Les études sont payées par deux sources. Au niveau national, toutes les études entamées seront payées. Le budget est disponible. Et dès que ces études seront bouclées, et le rapport validé, la facture sera réglée. Quant aux autres études de faisabilité, il y a un budget MCC. En avril 2018, un accord a été signé sur une subvention pour les études de faisabilité d’un montant d’environ 8 millions de dollars. Et les cabinets internationaux qui vont être recrutés sont financés directement à partir de ce budget MCC. Ceux-là par exemple peuvent être bloqués ou suspendus.

S. : Quelles sont les réformes que l’Etat burkinabè doit entreprendre pour assurer une mise en œuvre réussie du projet de renforcement l’efficacité dans le domaine de l’électricité (PREDEL) ?

 S.T.K. : Au niveau du projet I, c’est-à-dire tout ce qui est en rapport avec les réformes, il y a des changements qui sont attendus. Pour être concret, je prendrai par exemple la viabilité financière des acteurs de l’électricité. On souhaiterait que ces acteurs puissent être viables financièrement, notamment la SONABEL. Et nous devons nous assurer que toutes les mesures sont prises pour assurer cette viabilité. Des changements interviendront certainement, afin de garantir cette viabilité.

S. : N’y a-t-il pas de concurrence entre votre projet et la SONABEL ?

S.T.K. : Non. Lorsqu’on fait construire les lignes, c’est la SONABEL qui fait passer son énergie et qui récupère les frais des factures. Je pense qu’elle a plutôt intérêt à ce que nous remplissions notre part de contrat. Je rappelle que c’est une subvention et non un crédit. Avoir des subventions qui vous donnent plus d’opportunités, c’est aussi une situation attendue au niveau de la nationale d’électricité. Il n’y a pas de concurrence entre la SONABEL et notre projet.

 S. : Avez-vous des contraintes quant à l’aboutissement du futur compact ?

La visite s’est achevée par une photo de souvenir avec les responsables et les journalistes de Sidwaya.

S.T.K. : Les difficultés ne manquent pas. J’évoquais tout à l’heure les cas de ruptures de contrats dues à des changements institutionnels inattendus et  aux problèmes sécuritaires. Tout ceci constitue des éléments de risque qui peuvent entacher la mise en œuvre du projet. Ce sont des éléments concrets qu’on peut évoquer.

 S. : Quel est le message que vous souhaitez adresser aux différents acteurs impliqués dans le projet?

S.T.K. : Je voudrais vraiment souhaiter une participation active de l’ensemble des acteurs. Le projet est participatif et inclusif. C’est l’ambition que nous voulons maintenir dans l’exercice. Ce que nous avons déjà fait l’a été sur la base d’un consensus avec les acteurs concernés. Mais, l’œuvre humaine n’étant jamais parfaite, on peut toujours parfaire  certaines propositions. Toute proposition est la bienvenue. C’est ce que je peux dire à l’endroit de l’ensemble des acteurs, notamment les entreprises qui souhaiteraient avoir des marchés. Elles doivent se préparer à pouvoir les prendre. Il y a des conditions pour soumissionner. Si les entreprises prennent le soin de regarder comment les passations de marchés se font dans certains pays (Bénin, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal), elles peuvent se préparer en conséquence. Il ne faut pas attendre à la dernière minute pour se rendre compte qu’on ne remplit pas les conditions. Il est donc important de connaître ces conditions bien avant et se préparer à pouvoir les remplir. Mais, si l’on ne dispose pas de ressources suffisantes pour prétendre à ces gros marchés de plusieurs milliards de francs CFA, il faut envisager des partenariats avec d’autres entreprises ou d’autres groupements. Ce qui augmente les chances de ces entreprises de pouvoir accéder aux marchés. Malheureusement,  cette culture de partenariat ou de groupement n’est pas répandue sous nos cieux. On préfère faire cavalier seul.

S. : La transparence sera-t-elle au rendez-vous dans l’attribution des marchés ?

 S.T.K. : Les Américains sont très regardants sur cette question. Il y aura des appels d’offres. Toutes les propositions seront étudiées sur un pied d’égalité. Cependant, il y a des exigences de capacités financières et d’expériences. Si vous n’avez pas cette capacité et n’optez pas non plus pour un  partenariat ou un groupement avec une entreprise qui a plus de capacités, vous perdrez. Or, c’est ce qu’il faut éviter.

 La Rédaction

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