Barrage de Ziga : Accès à «l’eau», un calvaire pour les populations riveraines

La construction du barrage de Ziga a nécessité le déplacement de 8 000 habitants répartis dans 26 villages.

La mise en service du barrage de Ziga pour approvisionner la ville de Ouagadougou et la commune de Zinaré en eau potable n’a pas fait que des heureux. Depuis l’exécution du projet, le quotidien des habitants des villages environnants est devenu un calvaire. Insuffisance de forages, absence d’activités en saison sèche, manque de terres cultivables, sont entre autres difficultés vécues par les populations concernées.

Les populations des villages de Betta, Tandaaga, Gondogo, Kampiga, Sawana, Moackin, Niongo et bien d’autres, toutes riveraines du barrage de Ziga, situé à une quarantaine de kilomètres de Ouagadougou, ne savent plus à quel saint se vouer. Selon les habitants de ces trois communes, à savoir Ziniaré, Absouya et Nagréongo, cette retenue d’eau, loin d’être bénéfique pour eux, est en train de détériorer considérablement le minimum de biens et d’espaces qu’ils avaient avant l’avènement du projet en 1999.

Pour rappel, en vue de faire face aux pénuries à répétition qui caractérisaient le quotidien des populations de Ouagadougou et ses environs, l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) a entrepris de stocker des eaux de surface. Le choix s’est porté sur le barrage de Ziga, qui a une capacité interne de stockage de 200 millions de m3 par an.

Pour réinstaller et restaurer les revenus des populations, estimées à 8 000 habitants et réparties dans 26 villages susceptibles d’être inondés par l’eau du barrage, un Plan gouvernemental d’atténuation des impacts sur l’environnement (PGAIE) a été mis en place. L’ONEA a atteint son objectif, en ce sens que le barrage de Ziga alimente aujourd’hui les villes de Ouagadougou et de Ziniaré en eau potable.

Cependant, l’ouvrage est vu par les populations comme l’ombre du rônier, qui profite qu’a ceux qui sont loin. En effet, pour éviter toute forme de pollution de l’eau, il est formellement interdit de pêcher, d’abreuver les animaux dans le barrage et de faire du maraîchage sur les berges. Dès son annonce, le projet avait suscité beaucoup d’espoirs pour les riverains, au regard des promesses (financières, alimentaires, construction de logements, de barrages, d’écoles, de centres de santé, de forages, …) faites par les autorités en charge du projet.

Jean Baptiste Lenguélengué, un natif du village de Betta dans la commune de Ziniaré, rappelle que toutes les promesses n’ont pas été tenues. Il cite en exemple, la mise à disposition d’une pirogue à moteur pour désenclaver les villages, afin d’éviter les noyades lors des traversées en période de crue. « La distance entre Betta et Absouya était de trois kilomètres à vol d’oiseau et les populations se fréquentaient facilement. Il faut contourner désormais l’ouvrage, en parcourant environ 70 kilomètres, pour rejoindre l’autre village», explique-t-il.

Mariam Ouédraogo, une ménagère du village de Tindaga et mère de cinq enfants, ajoute que les populations éprouvent des difficultés à se déplacer par manque de routes, surtout en saison pluvieuse. «Trois femmes étaient obligées d’accoucher à domicile, parce que les voies étaient impraticables», témoigne la ménagère. Selon le conseiller municipal de Gondogo dans la commune rurale de Nagréongo, Emmanuel Lenguélengué, il était prévu la construction de deux infrastructures dans son village. « L’école a été construite, mais nous n’avons pas encore reçu notre centre de santé », confie-t-il.

Des retenues d’eau Le PGAIE prévoyait également la construction de retenues d’eau, afin d’occuper les populations déplacées. Dans la commune rurale d’Absouya, des villages devaient, à en croire le maire Romain Sawadogo, bénéficier de barrages pour la pratique de cultures de contre-saison. « A notre grande surprise, c’est un petit barrage qui a été construit dans le village de Danogho.

Il est exploité par près de 500 jeunes chaque année. A partir du mois de février, le barrage tarit. Les jeunes sont obligés de migrer vers d’autres régions», fait remarquer le maire d’Absouya. Une retenue d’eau devait être construite dans le village de Largo (lire encadré) de ladite commune pour les mêmes raisons. Jusqu’à ce jour, les populations sont toujours en attente, renchérit l’édile d’Absouya. «Nous sommes obligés de partager l’eau des forages, qui ne sont d’ailleurs pas suffisants, avec nos animaux», se morfond le vice-président du Comité villageois de développement (CVD) de Largo, Issaka Compaoré.

Le barrage du village de Gaskaï, dans la commune de Ziniaré, quant à lui, n’existe que de nom. Selon le chef de canton de Ziga, Naaba Tigré, l’ouvrage est hors d’usage depuis quatre ans, parce qu’il a été mal construit. « Nos multiples sollicitations pour sa réparation sont restées sans suite », témoigne-t-il. Se sentant abandonnés à leur triste sort, les villages riverains du barrage de Ziga ont entrepris différentes démarches pour attirer l’attention des autorités.

Dans ce sens, 13 villages des trois communes ont tenu des assemblées générales pour porter leur message d’une seule voix, avec l’aide de certaines organisations. Parmi celles-ci, figure le Centre d’écoute et de documentation sur les droits de l’homme (CEDDH) du ministère de la Justice, des Droits humains et de la Promotion civique.

Après avoir effectué une visite de terrain pour constater les conditions de vie des populations, le CEDDH dans son rapport N°004/2018/MJDHPC/SG/CEDDH du 28 février 2018 « suggère aux villages touchés par le projet Ziga de rentrer en contact avec les autorités du ministère en charge de l’eau et de l’assainissement, afin de porter à leur connaissance les problèmes auxquels ils sont confrontés »

Le maire de la commune d’Absouya, Romain Sawadogo : « Il y a une fuite de bras valides au niveau de la commune ».

A en croire le maire d’Absouya, Romain Sawadogo, la correspondance, qu’il a adressée au ministre de l’Eau, relativement à une audience pour échanger sur la situation des populations riveraines est restée sans suite jusqu’à ce jour. Nos tentatives de rentrer en contact avec le directeur du cabinet dudit département sont aussi restées vaines. La réponse du Médiateur du Faso Dans la réponse du Médiateur du Faso à travers la lettre N°2018- 247/MEDIA-FA/SG/CMR du 9 mai 2018, à la suite d’une requête introduite par les populations riveraines le 13 avril 2018, concernant le règlement du conflit né de la réalisation du barrage de Ziga, l’institution indique que la réclamation est recevable et sera « instruite avec toute l’attention et toute la diligence nécessaires en temps opportun de la suite qu’il aura été possible de réserver à cette affaire ».

Une personnalité impliquée dans la mise en œuvre du projet, que nous avons contactée au téléphone pour comprendre le problème, a confié que les revendications sont légitimes, mais qu’il n’aimerait pas être cité. A l’ONEA, société qui a suscité la création du barrage de Ziga pour résoudre le problème d’alimentation en eau potable, l’on pense que toutes les promesses ont été tenues. L’environnementaliste et spécialiste de la qualité de l’eau à la Nationale des eaux, Dr Augustin Neya, en veut pour preuve, la satisfaction d’un des principaux bailleurs pour la bonne gestion du projet.

« Pour la première fois, la Banque mondiale a reconnu que le projet a été conduit avec professionnalisme. Elle était fière de ce qui a été fait sur le plan social et environnemental, à travers le respect des textes nationaux et internationaux », déclare-t-il. Même si l’expert reconnaît au passage que toutes les préoccupations des populations n’ont pas été prises en compte, il insiste que le projet est allé au-delà de ce qui était prévu. Il s’agit de la construction d’écoles, des centres de santé, de l’octroi de motos au personnel sanitaire et de la distribution de moustiquaires aux populations.

« Elles (les populations) ont demandé des barrages. Nous avons construit deux petites

Pour Jean-Baptiste Lenguélengé du village de Betta, le non-respect de tous les engagements est une violation des droits de l’homme.

retenues à Absouya et à Gaskaï. Nous avons créé entre 12 et 21 points d’eau de forages. Nous avons rehaussé le barrage de Nagréongo qui existait déjà. Cependant la retenue d’eau de Gaskaï a cédé. Il faut reconnaître que c’est un handicap », détaille Dr Néya. En ce qui concerne la promesse de la pirogue à moteur, l’environnementaliste répond que techniquement, ce n’est pas possible pour la simple raison que l’essence contenu dans le moteur dégage de la dioxine, une substance strictement prohibée, parce que l’eau du barrage de Ziga est uniquement réservée à la consommation.

Pour ce qui est de la construction des retenues d’eau tant réclamées par les populations, le secrétaire général de l’ONEA, Moumouni Sawadogo, estime que cette responsabilité relève des structures de l’Etat. « Nous avons une autorisation d’exploitation. Quand on exploite, il faut prendre des précautions pour éviter que l’eau soit contaminée », précise-t-il. En attendant, l’interdiction de pratiquer le maraîchage sur les berges du barrage est en train d’être violée par les populations dans quelques villages. Pour le maire de la commune rurale de Nagréongo, Me Hervé Kaboré, les populations veulent travailler mais n’ont pas de lieu où travailler. « Quelqu’un a failli dans sa mission », conclut-il.

Paténéma Oumar OUEDRAOGO

pathnema@gmail.com


 

La construction du barrage de Largo, une nécessité

Les travaux de construction du barrage de Ziga ont eu des impacts négatifs sur l’environnement physique, humain et socioéconomique de la zone abritant le projet. En compensation du manque à gagner, le Plan de restauration des revenus (PRR) et le Plan d’atténuation des impacts biophysiques (PAIB) ont préconisé des variantes de substitutions.

Elles portent sur la valorisation des ressources en eau des terroirs villageois riverains, à travers l’aménagement de bas-fonds et/ou la réalisation de petits périmètres hydroagricoles et retenues d’eau au profit des populations touchées. A cet effet, le village de Largo dans la commune rurale d’Absouya devait bénéficier d’une retenue d’eau.

Dans le Mémoire technique élaboré par le Bureau d’études d’ingénierie et de maîtrise d’ouvrage (BEM) de septembre 2006, il est mentionné que le barrage de Largo pourra remplir essentiellement quatre buts visés :

Au plan humain

La population souffre de manque d’eau à cause de l’insuffisance de mobilisation des ressources en eau. La retenue d’eau viendra certainement pallier ce manque.

Au plan pastoral

La retenue d’eau permettra d’accroître la production animale par l’amélioration des conditions de vie des animaux. En effet, il permettra de réduire les distances parcourues par les animaux en saison sèche pour s’abreuver. – Au plan piscicole La retenue d’eau pourra constituer un milieu favorable à l’éclosion des poissons. La pêche pourra être une activité d’avenir pour la population de Largo.

Au plan agricole

Dépourvue d’une réserve d’eau importante, la population de la localité pratiquait jusqu’à présent une culture de saison de pluies soumise aux aléas climatiques. Le futur barrage permettra de pratiquer une culture de contre-saison, surtout le maraîchage.

POO

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