La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest CEDEAO a tranché dans le vif dans la crise togolaise en déclarant les législatives du 20 décembre dernier « crédibles,   transparentes et conformes à sa feuille de route » avec une note positive pour les forces de sécurité dont elle a salué « le professionnalisme ». Un verdict qui, s’il réjouit la majorité, ne met pas forcément fin aux tumultes d’après élection, dont le pays des Eyadéma est coutumier.

En donnant un tel avis, la CEDEAO n’a pas rendu service à un pays dont tout le monde sait la cause principale des remous. Seul Etat n’ayant jamais connu une alternance démocratique, le Togo fait exception dans une sous- région où le plus ancien des présidents en termes de durée n’a pas plus de dix ans à la tête de son pays.

C’est dire donc que Faure Eyadéma, fort de ses 52 ans, ne demeure pas moins l’aîné de tous les chefs d’Etat de la CEDEAO avec ses 13 ans, 7 mois et une vingtaine de jours. Cela est perçu comme un crime de lèse majorité par l’opposition togolaise, qui peine à trouver une juste réponse à cet imbroglio politique afin de pouvoir installer une réelle transition pour aboutir à une alternance.

Le verdict de la CEDEAO qui a jugé les élections conformes à sa feuille de route, surtout qu’aucune violence n’a été observée donne du répit à la majorité présidentielle, même si des lendemains houleux sont à craindre à Lomé. Dire que l’opposition a raté le coach en refusant de se présenter aux urnes est une lapalissade. Bientôt 30 ans, que le continent flirte avec des élections « démocratiques » depuis ce sommet France-Afrique de La Baulle en 1990 où le président français de l’époque François Mitterrand avait assujetti l’aide à la démocratisation.

L’opposition togolaise qui a payé un lourd tribut dans la marche vers une démocratie ne laisse pas l’impression d’avoir tiré les vrais enseignements, afin de parvenir à un jeu plus raisonnable dans sa conquête du pouvoir d’Etat. Le fait que la famille Olympio ait rallié la majorité devrait interpeller les « radicaux » afin de pouvoir sceller une stratégie plus gagnante. La rue dans une démocratie peut amener les institutions, le Parlement et le gouvernement à fléchir. Mais toujours au prix de dégâts immenses, voire de morts d’hommes.

Maintenant que le vin est tiré et que dans les faits, le Parlement de 91 députés est élu avec une forte majorité pour le parti présidentiel ? 59 députés, on pourra taxer l’hémicycle de monocolore. Une assemblée à un seul son de cloche qui devra sans coup férir voter les lois qui feront de Faure Eyadéma le président du Togo jusqu’en 2030.

Si cette trajectoire se maintient, le plus grand perdant sera cette opposition. Perdant à l’intérieur, puisqu’elle n’aura que la rue pour protester et en face des forces de sécurité qui ne savent pas faire dans la mesure. A l’extérieur, l’opposition qui a essuyé un camouflet devant la CEDEAO, pourra difficilement payer de crédibilité devant des pays en proie presque tous à des turpitudes internes.

La question majeure à laquelle il faudra désormais répondre est de savoir en politique quelles sont les conséquences de la chaise vide à des élections. Hier, cela était monnaie courante.  Mais combien de temps cela peut durer.

Faut-il craindre pour le Togo en 2019 ? En tout cas, les prises de positions tranchées de la CEDEAO avec celles des différentes confessions religieuses qui n’offrent aucune alternative que de se replier sur les politiciens nationaux or, à ce jeu, l’opposition viendra dans ses petits souliers, même si elle semble avoir la maîtrise de la rue.

Jean Philippe TOUGOUMA

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