C’est dans ce dépôt, géré par Sonia Poda de 2006-2012, que le trou financier a été creusé.

La disparition de l’échographe n’est pas le seul problème au CMA de Batié. En 2012, un manque d’environ 5 millions F CFA y a été constaté. Imputée au départ à Sonia Poda, l’une des gérantes, les contrôles de l’inspection des services techniques de la santé ont attribué la responsabilité au responsable de la pharmacie, Abdoul Karim Tao. A cela s’ajoutent d’autres suspicions de détournements de deniers publics sur l’Equipe cadre du district, dirigée par Dr Emmanuel Nikiéma.En octobre 2018, soit six ans après les faits, l’affaire est toujours en cours au Tribunal de grande instance de Gaoua.

La disparition de l’échographe, en 2010 n’a été que la partie visible de l’iceberg au CMA de Batié, chef-lieu de la province du Noumbiel dans la gestion du MCD, Dr Emmanuel Nikiéma. En 2012, un trou de près de 5 millions F CFA a été signalé au dépôt MEG de ce centre. Un manquant que l’Equipe cadre du district (ECD) a imputé à Sonia Poda, l’une des deux gérantes du dépôt. Rencontrée à Bobo-Dioulasso où elle réside avec son époux, le 6 octobre 2018, elle souhaite ne pas revenir sur ce douloureux épisode de sa vie.

Après quelques encouragements de son bien- aimé, Daouda Barro, infirmier au CMA au moment des faits, elle finit par lâcher quelques mots. « En avril 2012, j’ai été accusée d’avoir fait disparaître une somme d’environ 5 millions de F CFA de la caisse du dépôt», raconte-t-elle la voix tremblante. Rassurée par son époux, elle retrouve son souffle et revient sur la genèse des faits qui remontent au 28 avril 2012, jour de l’hospitalisation de son enfant de 14 mois.

«Ce jour-là,je devrais être de service dans l’après-midi, mais en raison de l’hospitalisation de mon enfant, je n’ai pas travaillé», détaille dame Sonia. Elle poursuit que ce même jour, le Préparateur d’Etat en pharmacie (PEP), Abdoul Karim Tao, qui disposait des doubles des clés a lui-même servi les patients et a pris les clés de la pharmacie qu’elle détenait vers 21h. A la reprise du travail, la gérante se verra accusée par le MCD du manque de 4,2 millions FCFA, à la suite d’ un inventaire du 7 mai 2012, effectué par M. Tao. Comptabilité qui, plus tard, fera remonter le manquant à 5 millions de F CFA.Interrogé le 4 octobre 2018, le gestionnaire du CMA, Dominique Nana, affirme que le trou ne s’est pas creusé en une seule fois et que les derniers contrôles faisaient état de plus d’un million F CFA.

Il a ajouté que dame Sonia ne remplissait pas les fiches de stock et qu’à chaque contrôle du PEP, c’est toujours chez elle qu’il y avait des écarts négatifs. « Le PEP a fait son travail et je suis convaincu que c’est par humanisme que le MCD ne lui exigeait pas de rendre compte », déplore M. Nana. Sur ce point, l’accusée réagit : « Le PEP ne nous a jamais fait le retour de son inventaire. Aussi, si tu n’as pas l’intention de masquer quelque chose, est- ce que tu peux fermer les yeux sur une personne qui est en train de voler ?»….

Après des mois de silence, Sonia Poda s’est rendue le 4 juin au CMA pour percevoir son salaire des mois d’avril et mai. « Après tout ce qui se passe, tu oses venir réclamer ton salaire ? Au lieu de chercher à négocier, tu es allée vendre ton problème au syndicat. On verra ce qu’il peut faire pour toi». C’est par ces propos que la dame dit être refoulée par le gestionnaire Dominique Nana.Pour élucider l’affaire, le MCD, Dr Nikiéma fait recourt à la Direction régionale de la santé (DRS) du Sud-Ouest, le 2 juillet 2012 en ces termes : « A l’instar des autres dépôts MEG des différentes formations sanitaires, nous avons effectué régulièrement des contrôles de gestions financière et des MEG au dépôt du CMA de Batié.

Aucune trace de se dossier Batié à l’ASCE-LC.

Le dernier contrôle a eu lieu le 7 mai 2012. A la suite de ce contrôle, nous avons constaté un écart de 4 960 000 FCFA ». De son côté, la mise en cause saisit l’inspection du travail de Gaoua. Le procès-verbal de conciliation partielle de l’inspection, en date du 12 juin 2014, lui propose le règlement à l’amiable avec le paiement de ses arriérés et la reprise du travail au dépôt. Un mois après, le rapport d’une mission de la DRS conduite par Dr Salimata Drabo blanchit la gérante et enjoint qu’elle réintègre le service. Face à la non-application de sa décision, la DRS fait appel au secrétariat général du ministère de la Santé : «Suite à un écart de gestion constaté au dépôt MEG du CMA de Batié, une équipe de la DRS a effectué une mission de vérification.

Cette mission n’a pu désigner avec exactitude l’agent responsable compte tenu de nombreuses insuffisances de gestions constatées au niveau de l’ensemble des acteurs. Aussi, je viens solliciter l’appui de vos services compétents pour nous aider à élucider la situation ». L’Inspection des services techniques de santé(ISTS) dépêche alors une équipe conduite par Dr François Antoine Kaboré, du 8 au 17 octobre et du 6 au 14 décembre 2012 qui, finalement, établit que ce sont 2 673 995 F CFA qui manquent. Somme représentant le coût de médicaments détournés, d’après Dr Kaboré.

Outre l’affaire Sonia, il était également reproché à l’équipe du MCD, Dr Nikiema, un autre détournement de biens publics.En effet, selon les explications du responsable de SYNTSHA, Cérile Waogo, un chèque de 1 300 000F CFA a été touché à la perception de la ville pour la restauration des malades du CMA en 2010. Pourtant, a-t-il dit, cette année-là, les malades ne bénéficiaient plus de repas cuits, mais plutôt des vivres crus qu’ils préparaient eux-mêmes.

De plus, Poussibi Kaboré, un attaché de santé en chirugie au CMA a confié que deux tonnes de riz, cinq bidons de 20 litres d’huile, des cartons de boîtes de sardines et un carton de boîte de tomates ont été sortis du magasin, en présence du gestionnaire Nana Dominique au profit de l’établissement Coulibaly Salimata et frères (ETACOUF), une entreprise prête-nom appartenant à un infirmier du CMA et attribuée à son épouse. L’établissement en question est géré par Salimata Coulibaly.

Dans l’après-midi du 3 octobre 2018, elle confie que sa structure a débuté la restauration des malades et du personnel de garde, le 14 août 2008. Elle dit avoir arrêté cette prestation le 31 avril 2009 au profit des malades et a poursuivi avec le personnel de garde jusqu’en 2010. Ce marché de restauration, elle l’a obtenu après un appel d’offre du CMA. Selon les termes de leur contrat, elle utilisait les vivres destinés aux malades.

Quand le stock de l’hôpital est fini, à la demande des responsables du CMA, elle a continué la prestation au profit des malades. Pour y parvenir, elle se ravitaillait auprès d’un commerçant de la place. C’est ainsi qu’à l’arrivée du nouveau stock, selon Mme Bahan, la quantité de vivre due a été enlevée du magasin pour ledit commerçant. « Ce sont des vivres crus que nous avons évalués pour donner aux prestataires. Comment on veut donner des vivres à quelqu’un et vous ne voulez pas qu’il enlève? », s’indigne le gestionnaire, Dominique Nana.

Cette « mauvaise gestion » du CMA a poussé le SYNTSHA à demander au procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Gaoua, l’ouverture d’une information judiciaire et une mise en examen pour présomption de détournement de numéraires et de dissipation de biens sociaux au CMA de Batié. La dénonciation a été déposée au parquet le 5 octobre 2012. Qui bouche le trou ? Rencontré le 4 octobre dernier, le procureur du Faso près le Tribunal de grande instance (TGI) de Gaoua, Yssouf Sanou, précise qu’une dénonciation pour malversation a été enregistrée le 5 octobre 2012 sous le N°97.

« Le dossier a été confié à la Police de Batié et le rapport d’investigation est revenu au parquet en début mars 2015. Le 20 mars, le dossier est reparti chez le juge d’instruction pour enquête complémentaire. Donc l’enquête est toujours en cours», précise-t-il. Pour secret d’instruction, aucun détail n’a été donné sur le contenu du PV, mais M. Sanou ajoute qu’en plus des cinq personnes mises en cause, la dénonciation implique sept autres, passibles de poursuites judiciaires.

Pour Palé Sié, ancien agent du CMA de Batié, le silence sur les malversations constitue une impunité.

Sept ans plus tard, nous avons rencontré à Founzan, Palé Sié, Agent itinérant de santé (AIS) en poste au CSPS de Koti qui avait déposé la plainte du SYNTSHA au TGI de Gaoua. Pour lui, si l’affaire n’est toujours pas élucidée, c’est parce que les responsables se couvrent. En attendant le verdict de la justice, l’ITSS a livré le sien pour ce qui concerne le dépôt MEG, le 30 décembre 2012. Dr Kaboré confie que ce rapport révèle de graves fautes de gestions imputables au PEP, avec la complicité passive du gestionnaire, Dominique Nana.

Quant à l’écart, il est imputable au PEP, Abdoul Karim Tao,seul responsable des sorties et des entrées de médicaments de son magasin. Pour Dr Kaboré le dysfonctionnement résulte du manque de contrôle dans le dépôt. « Les contrôles n’étaient pas réguliers et le MCD n’a jamais reçu de rapports de contrôle. De 2002 à 2012, aucun contrôle n’a été effectué », déclare Dr Kaboré. Aussi, le dépôt répartiteur du district étant logé dans la même enceinte que celui du dépôt, les principes de rigueur ne sont pas respectés dans la livraison des médicaments entre les deux dépôts.

L’inspection technique a également présenté la détention des doubles des clés des dépôts MEG par Abdoul Karim Tao comme un manquement. Déjà, confie l’actuel MCD de Batié, Dr Abdoul Aziz Traoré, et des sources au niveau de la direction regionale de Gaoua, le PEP a commencé à rembourser le montant manquant au Trésor public. Malgré nos nombreux appels téléphoniques, le PEP qui est actuellement en service à Ouagadougou a refusé de nous rencontrer.C’est le cas avec l’ancien MCD, Dr Emmanuel Nikiéma. A la perception de Batié, aucune information sur un éventuel paiement n’a été donnée.

A l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC) ou le rapport a été transmis par le ministère de la Santé, pour la mise en œuvre et le suivi des recommandations, difficile de vérifier ce remboursement, car il n’y a aucune trace du rapport. Qu’à cela ne tienne, Sonia Barro/ Poda compte sur la justice afin de laver son image qui a été ternie dans cette affaire. Une justice qui passe, entre autres, par le paiement des indemnités compensatrices de congés payés de 2006-2012, des primes d’ancienneté, la déclaration à la CNSS de 2006 à 2008 et les dommages et intérêts…

Mariam OUEDRAOGO

mesmira14@gmail.com

 

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