Réduction des financements de l’ASAO au Burkina : Une grave menace à la scolarisation

L’école de Sintiou en février 2012 avec une seule classe de CE2.

L’Association pour la solidarité en Afrique de l’Ouest (ASAO), ONG allemande intervient fortement au Burkina depuis 1991 dans le domaine de l’éducation. En 28 ans, ce sont environ 13,5 milliards F CFA qui ont été mobilisés à cet effet. Cette aide sera réduite de façon imparable à partir de 2019, un cauchemar pour les responsables de l’éducation nationale et surtout pour les populations des campagnes.

Le CEG de Oullo (Balé) inauguré en janvier 2017

Durant près de trois décennies l’Association pour la solidarité en Afrique de l’Ouest (ASAO) a mis en œuvre un important programme de développement de l’éducation à travers les 45 provinces du Burkina.

 Ainsi, cette association présidée par l’infatigable Michaël Simonis et le vice-président Götz Krieger, surnommé Tolo Sanou a énormément contribué à l’offre de scolarité au Burkina. Et ceci pour le bonheur de millions d’enfants. Tant et si bien que d’aucuns affirment que l’ASAO a vaincu l’analphabétisme et l’ignorance au pays des Hommes Intègres, avec le soutien de son représentant Anselme Sanou.

Ensemble, ils ont parcouru toutes les pistes rurales que compte le Burkina à ce jour. Malheureusement, il nous revient que le ministère allemand de la Coopération veut aider d’autres pays africains, asiatiques ou latino-américains aussi pauvres que le Burkina. Un coup dur dans le développement de l’éducation lorsque « la poule aux œufs d’or » cesse de pondre pour les enfants en âge d’être scolarisés.

En effet,  de 1991 à 2019, c’est un investissement de 13 milliards 409 millions 635 mille 947 F CFA qui a été fait par l’ASAO dont 10 milliards 348 millions 743 mille 882 F CFA de la subvention du ministère allemand du Développement et le reste provenant des cotisations des membres de l’association.

Cet important appui au gouvernement et aux populations burkinabè a permis d’implanter d’innombrables  écoles primaires et Collèges d’enseignement général (CEG) dans des villages et départements où le besoin se faisait sentir. Dans certaines localités, ce sont des écoles primaires qui ont été normalisées de 3 à 6 classes et parfois à 9 classes. Des fois elle a  procédé à l’extension de collèges comme celui de Silly dans la Sissili passant d’un bâtiment de quatre classes construit en 2009 à 8 classes en 2013.

Une « école » pour les bénéficiaires

C’est pourquoi, il n’est pas exagéré de dire que l’ASAO aura ainsi donné la chance à des milliers de citoyens burkinabè d’être des hauts fonctionnaires dans l’administration publique et dans des organismes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, pour les uns et à d’autres, de savoir tout simplement lire et écrire, de rédiger et gérer des projets de développement au profit de leurs localités. Enfin grâce à l’ASAO une majorité de jeunes restés au sein de leur communauté de base savent désormais lire, écrire et s’exprimer en français.

L’école de Sintiou en février 2012 avec une seule classe de CE2.

Quoi de plus précieux pour un paysan ou une paysanne à l’enregistrement dans une aérogare de pouvoir  remplir tout seul sa fiche d’embarquement ou quand une ménagère, d’un des villages les plus reculés, dans les profondeurs de la Comoé ou de la Tapoa, parvient à suivre de manière régulière la période de vaccination de ses enfants et parfois de tout le village. Ceci, parce qu’elle sait tout simplement lire et écrire dans un français appris à l’école primaire.

Donc, l’ASAO a aussi sauvé des vies et épargné des enfants de la poliomyélite, de la méningite, de la rougeole, maladies handicapantes et compromettantes.

Il faut souligner les particularités dans les interventions de l’ASAO, qui ne ciblent pas une ou deux régions mais l’ensemble du Burkina. Les chantiers financés par l’ONG allemande constituent une école pour les bénéficiaires. L’ASAO amène les populations à s’organiser pour assurer le ramassage des agrégats.

Du démarrage des travaux de construction à l’achèvement des chantiers ,  le village  fournit chaque jour cinq manœuvres à l’entrepreneur pour l’aider dans la construction. Aussi, la gestion des matériaux livrés (ciment, fer, chevrons, pointes, tôles, pots de peinture …) incombe aux villageois. Les sacs vides de ciment ne sont pas immédiatement vendus ou distribués, ils demeurent sous le contrôle d’un technicien du bâtiment. Ce n’est qu’à la finition des travaux que les populations peuvent disposer de ces emballages perdus pour en faire ce qu’elles veulent.

Au niveau de certaines localités où des individus malhonnêtes ont soustrait frauduleusement une partie du matériel, ils ont répondu, soit devant la gendarmerie soit la police et le matériel subtilisé est restitué.

Pour la réussite de l’investissement parfois tout le département est mobilisé y compris les fonctionnaires ou les opérateurs économiques ressortissants de la localité. Ceux-ci contribuent financièrement en prenant parfois en charge le ramassage des agrégats ou les frais d’organisation de la grande fête à l’inauguration de la réalisation.

Cette approche de l’ASAO comporte plusieurs avantages : les populations s’approprient les infrastructures dont elles prendront soin  plus tard car, associées à leur réalisation. C’est leur sueur, pour ne pas dire les efforts au quotidien de toute une communauté. Les arbres plantés tout autour des écoles fournissent de l’ombre aux élèves et créent un microclimat propice aux études. « La plus grande leçon que l’ASAO nous enseigne est qu’en associant l’effort des populations, on peut réaliser des ouvrages moins coûteux », affirme un des bénéficiaires sur le terrain.

Comparaison n’est certes pas raison, mais en rapprochant les coûts on constate qu’une école réalisée par le gouvernement burkinabè au prix fort à l’entreprise vaudra entre 40 et 50 millions de francs CFA ou parfois plus. Au prix de la moins-value sur les fonds transférés par le gouvernement aux collectivités territoriales, l’école reviendra à 16 ou 17 millions, mais attention aux vents. Car de telles infrastructures sont de durée de vie très courte créant plus de problèmes aux élèves, aux enseignants contraints parfois de suivre les cours sous les arbres et aux maires de s’échiner pour racoler ces ouvrages mal bâtis avec peu de moyens.

Pourtant avec la même somme l’ASAO bâtira deux écoles plus résistantes, équipées de tables-bancs,…Enfin, les chantiers de l’ONG allemande ont conduit des jeunes de nombreux villages à devenir des briquetiers et même des maçons qui vendent leurs savoir-faire après leur appui aux ‘’chantiers ASAO’’.

Réduction  des interventions de l’ASAO à partir de 2019, un cauchemar

Si en peu de temps, l’ASAO a livré autant de réalisations, certes, il y a les cotisations de ces membres, mais c’est beaucoup  plus aux fonds provenant du gouvernement de la République Fédérale d’Allemagne qui, il faut le  préciser, est l’un des rares pays occidentaux à soutenir les ONG d’origine allemande qui concourent au développement dans les pays du Sud.

En 58 ans d’indépendance dans un pays où tout est prioritaire, sans cette grande action combien salvatrice de l’ASAO  soutenue par le gouvernement de la République Fédérale d’Allemagne, il n’y aurait pas eu autant d’écoles primaires et de collèges au Burkina. L’Etat à lui seul confronté à la sécheresse, aux épidémies, à la mauvaise pluviométrie, au terrorisme,…n’aurait pas autant investi dans l’éducation.

Avec la nouvelle orientation de l’aide du ministère allemand de la Coopération vers d’autres pays, les interventions de l’ASAO seront bien réduites, un cauchemar pour le ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation et surtout pour les populations des campagnes.

 C’est pourquoi, il faut souhaiter que le ministère allemand de la Coopération accorde un sursis aux enfants du Burkina, car l’ASAO a construit beaucoup d’écoles primaires qui attendent d’être normalisées ou complétées par des collèges. Les collèges déjà construits par l’ASAO comme ceux de Brédié, de Bouri, de Silly (province de la Sissili), bientôt de Bénéga (province du Sanguié), région du Centre-Ouest ou d’ailleurs tels que Oullo dans les Balé où les effectifs pléthoriques nécessitent  une extension.

Il faudra encore de nouvelles salles de classe afin de répondre au flux sans cesse croissant d’admis en classe de sixième.

Vers qui tendre la main ?

A titre d’exemple les complexes scolaires de Meno -Danto, de Kouli et de Kounamo (commune de Silly, province de la Sissili) ont été construits respectivement en 2004, 2005 et 2007. Ces écoles ont effectué les premiers recrutements et ouvert la même année avec des effectifs au CP1 variant entre 86 et 94 élèves.  Les écoles de Kouli et de Kounamo ont été normalisées en 2013 et 2015 et la localité de Kouli a bénéficié d’un collège du Continuum lequel a été construit en 2015 et les premiers élèves ont fait le BEPC à la session de 2018 et à la même période cette école primaire a enregistré ses cinq nouveaux bacheliers.

C’est dire que le besoin de scolarisation était réel ici et dans bien d’autres localités mais par manque de moyens financiers les enfants en de fréquenter l’école étaient abandonnés à eux-mêmes. Le CEG de Kouli est aujourd’hui la destination privilégiée de 12 écoles primaires des villages environnants. A cette rentrée, il a absorbé 140 élèves inscrits en classe de sixième.

Nous osons croire à la ténacité des animateurs de l’ASAO qui, en dépit de contraintes de tous ordres, ont tenu à rester aux côtés des populations burkinabè.

Nous en voulons pour preuve le drame vécu par une délégation de l’ASAO en 2004 lorsque les membres à bord de deux 4×4 venant de Bilanga dans la Gnagna pour Pouytenga sont tombés dans une embuscade de coupeurs de route qui les ont dépouillés de leurs biens matériels et financiers (argent, appareils photo, montres, passeport,…).

Un véritable traumatisme qui aurait pu conduire à l’arrêt immédiat de l’aide de l’ASAO, surtout que certains parmi eux venaient pour la première fois au Burkina et en Afrique. Mais la philosophie qui les a tenus débout est que «si cela arrive aux Burkinabè, pourquoi pas aux Allemands et si les Burkinabè continuent de travailler avec cette peur tous les jours pourquoi pas l’ASAO ».

Toute chose qui n’a pas altéré l’engagement des membres de l’ASAO qui ont continué à construire et à équiper écoles, CEG et lycées au grand bonheur des enfants, ces innocents qui constituent l’avenir du Burkina.

Et aujourd’hui l’école de Sintiou (province de la Sissili) financée par l’ASAO.

Le gouvernement Allemand, par le bais de l’aide bilatérale ou multilatérale, a toujours été aux côtés du Burkina à travers plusieurs programmes de développement : agriculture, élevage, santé, eau et assainissement, environnement tels que la foresterie villageoise (projet bois de village), sécurité alimentaire (Office national des céréales  OFNACER), extension de la Radiodiffusion de Haute-Volta par la construction et le financement de la radio rurale de 1975 à 1986,….

Cette radio rurale a été l’une des plus célèbres voire la plus célèbre en Afrique francophone, ce qui a permis à l’Union des radiodiffusions et télévisions nationales d’Afrique (URTNA) d’implanter sa prestigieuse école de formation en radio rurale au Burkina, le Centre inter- africain d’études en radio rurale de Ouagadougou (CIERRO) laquelle école sera encore financée par la GTZ de 1977 à 2006, année de sa fermeture car les Etats africains étaient incapables d’assurer la relève. L’on comprend la décision du ministère allemand de la Coopération. Cependant le cas du Burkina est plus illustratif car classé parmi les cinq pays les plus pauvres au monde sinon le plus pauvre. Ne mérite-t-il pas de circonstances atténuantes ?

                                                                                                                                           BENAO Batien
Journaliste  à la retraite
Ancien stagiaire et boursier de la RFA

Président de l’ACMVG
sele_biou@yahoo.fr


Des chiffres sur le tableau des réalisations

A la fin de l’année 2018 le bilan de l’ASAO largement positif  sera :
Au primaire : 214 blocs de 3 salles de classe chacun soit 635 salles pour 176 écoles ;
Au secondaire 365 blocs de 4 salles de classe chacun soit 1457 salles de  classe .
Avec une moyenne d’environ 75 enfants par classe, l’ASAO aura créé 156 900 places pour les élèves  dans les établissements primaires et secondaires  du Burkina.
448 logements pour les enseignants auront été bâtis,
36 bâtiments administratifs dans les collèges et 149 forages positifs
A tout cela, s’ajoutent les tables-bancs, les bureaux, les armoires et les chaises pour les enseignants, les cartes géographiques et les ballons de Football.

B.B

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