Abdoulaye Diallo et ses compagnons portent des traces de plomb sur leurs corps.

Des maisonnettes en banco noircies par les flammes, des toitures en lambeaux, des motocyclettes calcinées, des ustensiles, des chaussures et autres effets personnels éparpillés, des tas de cendres laissant deviner un grand brasier… Plusieurs villages des communes de Barsalogho et d’Arbinda donnent à voir des scènes de désolation, après les affrontements intercommunautaires ayant fait 47 morts.

Yirgou-Foubè, point de départ des heurts entre communautés Mossi et Peulh, est un village situé à une soixante de kilomètres de Barsalogho. Cinq jours après le drame qui a fait 47 morts, selon un bilan officiel revu à la hausse, aucune âme qui vive. Dans une des concessions, la quasi-totalité des cases et des greniers ont été incendiés par des populations en furie. «Ce jour-là, j’étais chez moi lorsque mon frère est venu me dire que les koglwéogos pourchassent les Peulh de la localité.

En sortant de ma maison, j’ai entendu un coup de feu. Je me suis enfui, rejoignant ma femme et deux de mes enfants qui étaient en brousse avec des animaux », relate difficilement, Alaye Diallo, un ressortissant de Yirgou-Foulbè qui a trouvé refuge à Barsalogho. « C’est de la brousse que j’ai vu des gens saccager nos biens. Nos maisons, nos vivres, notre bétail,… rien n’a été épargné. Tout est parti en fumée », se lamente-t-il. « Les vêtements que je porte, voilà ce qui me reste », explique-t-il, inquiet après avoir tout perdu.

Si cet éleveur de 46 ans a réussi à mettre sa femme et ses deux enfants en « lieu sûr » à Djibo, ce n’est pas le cas pour d’autres déplacés. Dans la salle de réunion de la mairie de Barsalogho, transformée en dortoir de fortune, une trentaine de personnes, majoritairement des femmes et des enfants y ont trouvé refuge. « Beaucoup d’hommes ont été tués où se sont réfugiés dans la brousse », explique une des déplacés, arrivée la veille.

Tout comme Yirgou-Foulbè, plusieurs autres campements peulh, dans la commune de Barsalogho et d’Arbinda, ont subi des assauts de populations munies de haches ou de gourdins, d’incendies de maisons, d’abattage de bétail, raconte Boukary Barry, un éleveur. Il dit s’être enfui de Foubè dès le début des affrontements et a passé deux jours en brousse, avant d’être accueillis, avec sa femme leurs six enfants, à la mairie de Barsalogho.

Certains ont eu le temps de quitter leurs villages, dès la moindre rumeur d’assaut contre leur campement, vérifiée ou pas, mais d’autres ont subi ces heurts. Après avoir passé la nuit à la mairie, Abdoulaye Diallo, un éleveur de 46 ans s’est rendu au centre de santé de Barsalogho et y revient, un carnet médical en main. Il dit avoir reçu des plombs de fusil de chasse en plusieurs endroits de son corps lors des affrontements, tout comme deux de ses frères qui l’accompagnent.

Quatre jours après cet incident, il n’avait pas pu se rendre dans un centre de santé, car s’étant enfui en brousse. Originaire de Mando, village situé à 40 km de Barsalogho, il était au marché avec ses frères, lorsque des membres d’un groupe d’autodéfense koglweogo et certains de leurs voisins, se sont rassemblés autour d’eux, se souvient-il. « Ils nous ont regroupés sous un hangar, avant de commencer à nous molester.

L’un d’eux a tiré avec son fusil de chasse sur nous et les plombs nous ont blessés un peu partout », relate-t-il, entre deux soupirs. Après avoir raconté sa mésaventure, il tient à présenter un vieil homme qui a également vécu un calvaire.

«Morte de soif»

Recroquevillé sous un drap, derrière la salle de réunion de la mairie, Assamy Diallo, âgée de 74 ans, pleure la mort de ses trois fils, tués lors des affrontements.

« Je n’ai plus personne. Ma femme dont j’étais sans nouvelles a été par chance retrouvée dans la brousse complètement affaiblie et déshydratée », explique-t-il. Sa femme, âgée de 75 ans a été secourue par des équipes déployées par le maire de Barsalogho pour porter assistance aux populations qui se cachent dans la brousse.

Recroquevillé sous son drap, Assamy Diallo, 74 ans, pleure la mort de ses trois fils.

Originaire également de Mando, dont il était l’un des doyens, lui a eu la vie sauve en réussissant à se cacher en brousse. « Pendant deux jours, je ne mangeais que des écorces de tamarinier, sans aucune goutte d’eau», explique-t-il, la voix tremblotante. Selon ces rescapés, plus de 200 personnes ont trouvé refuge dans la brousse, car ne sachant où être en sécurité. « Je crains qu’ils ne meurent en brousse, tués par la faim et la soif. Ma fille de trois ans est morte de soif, après quatre jours sans eau, sa mère s’étant réfugiée dans la brousse avec elle », soupire Hamadoun Diallo, un éleveur de 36 ans.

Selon le maire de Barsalogho, Abdoulaye Pafadnam, des équipes parcourent la zone munie d’eau et de vivres qu’ils distribuent aux déplacés, à défaut de les convaincre à s’installer sur leur lieu d’accueil. Cinq jours après les affrontements, une trêve, encore fragile, a été instaurée dans la commune grâce au déploiement des éléments des forces de défense et de sécurité. Selon une source sécuritaire, les FDS ont reçu l’ordre de maintenir leur présence pendant quelques temps, afin de ramener le calme et assurer la protection des personnes et des biens.

Appel au retour Mais avant, les affrontements ont eu lieu dans le village de Koulpagré, gagnant ainsi la commune voisine d’Arbinda. C’est dans ce village, plongé dans l’horreur et la désolation, que le président du Faso s’est rendu, après sa visite à Yirgou. Des quinze cases qui s’y dressent, dix ont été ravagées par les flammes. Devant une des maisonnettes restée intacte, se tiennent Amadou Diallo et son fils Aboubacar.. Aboubacar Diallo, 38 ans, explique s’être enfui à bord de sa moto à la vue d’éléments du groupe d’autodéfense ‘’koglweogo’’ se dirigeant vers leur concession.

Ce n’est que quelques jours plus tard qu’il a appris que c’est à la suite de la mort du chef de Yirgou, que leur communauté a été prise pour cible. Il avoue ne pas comprendre cette soudaine violence contre eux qui vivaient pourtant en parfaite intelligence avec les autres communautés ainsi qu’avec le défunt chef qu’ils appréciaient également. « Nous nous étions réfugiés en brousse.

C’est la visite du président et la présence des forces de sécurité qui font que nous sommes venus voir », précise-t-il, pendant que le chef de l’Etat Roch Marc Christian Kaboré, et une importante délégation, viennent d’arriver pour constater les dégâts. Au loin, derrière quelques broussailles, trois femmes observent la scène. D’un signe de la main, le président du Faso leur demande de venir. Aucune réaction. « Elles ont sûrement peur », lâche la gouverneure du Centre-Nord, Nandy/Somé Diallo, qui va à leur rencontre.

Après quelques échanges, elle revient avec elles, s’inclinent et saluent le président. « Je vous invite à revenir et à reprendre le cours de votre vie », leur dit-il. « On va vous aider. Il y aura la sécurité », promet-il. « Il faut faire en sorte de pouvoir regrouper toutes ces personnes à Barsalogho afin de faciliter leur réinsertion dans leurs milieux », exhorte le président Kaboré. Selon lui, « des dispositions ont été prises pour que la sécurité puisse être renforcée en faveur des populations, pour leur donner l’assurance qu’elles peuvent se réinstaller et recommencer à vivre ensemble ».

Cette assurance sonne comme une réponse au principal souhait de Amadou Diallo : «que la paix revienne et que nous retrouvions les membres de nos familles dont nous n’avons pas de nouvelles».

Armel BAILY


Salam Zabré, l’un des fils du chef de village de Yirgou, revient sur l’origine des affrontements.

«Nous avons été endeuillés par l’assassinat de notre chef, notre patriarche. A présent, nos esprits se sont calmés (…). Nous avons eu la vie sauve, parce que nous étions sortis pour surveiller le bétail de notre père ou vaquer à d’autres occupations. Notre patriarche avait un autel où il faisait des sacrifices pour intercéder auprès des ancêtres pour tous ceux qui en faisaient la demande, notamment des personnes malades, celles qui voulaient enfanter ou se marier.

Il consultait les ancêtres avant de donner des sacrifices. Donc le matin vers 7h, des malades venus d’autres contrées l’ont accompagné sur son lieu de consultation, situé à trois ou quatre kilomètres de son domicile. Pendant qu’il était à son lieu de sacrifices, des personnes à bord de motocyclettes l’ont encerclé avant de lui demander ce qu’il faisait là.

Il a répondu être en ces lieux pour implorer Dieu d’accorder la guérison à des malades et de faciliter toute chose en leur faveur. Ils lui ont répondu que ces pratiques ne leur plaisaient pas. Il a répliqué en disant que si ces pratiques ne leur plait pas, alors dites-moi ce qui vous plaira. Ils l’ont alors saisi par les bras avant de l’abattre.

Un étranger qui avait accompagné le chef a accouru vers son fils aiîné pour l’informer que des terroristes étaient présents dans le village et ont abattu le ‘’vieux’’. C’est ainsi qu’avec un de nos oncles, mes frères se sont rendus sur le lieu du drame pour voir ce qu’il en était. Les terroristes qui les ont croisés en route ont abattu notre aîné, notre oncle et notre petit frère.

Donc quatre personnes de notre famille. Deux membres du groupe koglweogo du village, qui venaient également au secours, ont été abattus par les terroristes. Tout ce que nous voulons à présent, c’est la sécurisation pour l’ensemble du pays. A Yirgou, sur la soixantaine de concessions, seules deux ou trois familles sont restées après ces évènements. Tous ont fui en disant que c’est leur leader, leur guide, leur patriarche et protecteur qui a été abattu en se demandant ce qu’ils vont devenir s’ils restent ».

Propos recueillis par AB

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