Comme dans un rêve, les choses, en ce début d’année, semblent tourner au cauchemar pour les Burkinabè. Après Kiembara et Toéni (région de la Boucle du Mouhoun) en fin 2018, Yirgou (Centre-Nord) a été pris pour cible débouchant sur des violences à caractère communautaire que nous redoutons tous.

Le jour de l’an, l’assassinat du chef de ce village et de certains de ses proches par de présumés terroristes a mis le feu aux poudres. Le bilan officiel annoncé le 3 janvier 2019 est insoutenable. 47 personnes ont perdu la vie, de nombreuses autres blessées et déplacées. Pourquoi ? Comment ? Que faire face à un tel déchaînement de violences inutiles, absurdes et révoltantes ?

La vague d’indignations exprimées par les nombreux concitoyens à la suite de cette barbarie innommable est donc compréhensible. Surtout quand on sait qu’elle a sérieusement écorné l’une des armes stratégiques non létale dont dispose le Burkina Faso et qui devrait être brandie contre le terrorisme, à savoir, la cohésion sociale, mieux, la paix, bases du vivre-ensemble.

C’est pourquoi, entre ceux qui en veulent aux autorités de n’avoir pas eu les bons gestes au bon moment et ceux-là qui appellent à une prise de conscience immédiate pour conjurer la fracture communautaire, chacun se doit de mettre un peu d’eau dans son « vin ». Car nous sommes bien en face d’une situation complexe qui ne peut être résolue par un décret. Une complexité qui fait que l’Etat n’a malheureusement pas toute la solution.

En effet, les conflits revêtent parfois des aspects culturels, politiques, socioéconomiques singuliers sur lesquels les gouvernants n’ont pas de prise immédiate. Et pour lesquels, l’urgence et la patience devraient pouvoir se compléter. Il revient à l’ensemble des Burkinabè de s’élever, encore une fois, au-delà de la douleur du moment pour trouver des solutions à la fois durables et à court terme, en ne répondant pas au mal par le mal.

Une telle option décourage l’extrémisme ou les extrémismes de tout acabit. Sans perdre de temps, l’une des premières leçons à tirer est, nous semble-t-il, l’abandon du principe de sensibilité, qui a toujours prévalu dans la résolution des conflits inter communautaires dans ce pays. A force d’avoir tendance à frapper du sceau de « la sensibilité » tout conflit opposant deux ou plusieurs groupes sociaux, on en vient à faire de tous les foyers de tension ouverts ou latents du pays, des «Yirgou » potentiels qui n’ont besoin que d’une étincelle pour se transformer en brasier difficilement contrôlable.

Le mot « sensible » peut être compris dans le sens que les mécanismes républicains de résolution des différends sont inopérants dans nos représentations, attendant que les choses s’autorégulent par des mécanismes traditionnels, même là où ils ont montré leurs limites. Et jusqu’à ce que l’’irréparable survienne. Qu’avons-nous fait par exemple, lorsqu’en 2007 il y a eu cette interrogation provocatrice et surtout interpellatrice : « l’Etat burkinabè est-il anti Peulh ? ».

L’éditorialiste voyait déjà une certaine indifférence au sommet face « aux drames peulhs » avec néanmoins la certitude qu’aucune communauté nationale n’est contre les peulhs du fait des brassages culturels et des liens de mariage. Qu’avons-nous fait lorsque des communautés ont foulé aux pieds l’un des piliers de la cohésion nationale, la parenté à plaisanterie, pour se livrer à une confrontation sanglante à Passakongo dans la Boucle du Mouhoun ? Qu’avons-nous fait après les événements de Manga-est, de Kantchari, de Solenzo…?

En ces moments difficiles, souhaitons que la récente visite du président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, puisse contribuer à semer les graines de la réconciliation entre les deux communautés et toutes les autres du pays où le vivre-ensemble est mis à rude épreuve. Du reste, il convient de méditer sur le sens profond de l’appel du chef de l’Etat depuis le village martyr. « Le Burkina Faso est un seul peuple. Nous sommes unis et notre pire ennemi, c’est le terrorisme.

Nous ne pouvons pas faire d’amalgame. Nous devons éviter la stigmatisation. C’est pour cela que nous avons demandé à l’ensemble des populations de mettre en avant toute la sagesse, de manière à ce que l’ensemble des fils des deux communes se retrouvent, se reparlent et vivent ensemble dans une coexistence que nous avons toujours connue depuis nos ancêtres. Ce que nos aïeux nous ont légué, nous devons le préserver et le perpétuer ». Contre l’ennemi, nous devons donc unir nos forces dans l’unique intérêt de la nation.

Par Mahamadi TIEGNA

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