Surnommé Moussa CVD (Club voltaïque de disque), Moussa Joseph Ouédraogo, à l’état civil , est le tout- premier producteur d’artistes de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso). Il a, tout au long de sa carrière, collaboré avec de nombreux monuments de la musique africaine. Retour sur le parcours de l’un des pionniers de la production musicale du pays des Hommes intègres.

Homme de la culture, passionné de musique, Moussa Joseph Ouédraogo est l’un des pionniers dans la production et la distribution musicale de la Haute-Volta, aujourd’hui Burkina Faso. Titulaire d’un Brevet d’études professionnelles (BEP), option comptabilité (1966) et Sténodactylo de l’institut sténographique de France (1964), l’homme croit très tôt au potentiel de la musique voltaïque (burkinabè).

Il décide de s’y investir. En 1969, il lance le Club voltaïque de disque (CVD) dont il est le Président directeur général (PDG) afin de soutenir la production des artistes musiciens voltaïques de l’époque. Son “activisme” en faveur du 4e art lui vaudra le sobriquet de “Moussa CVD”, ou encore de PDG. De nombreuses œuvres musicales de belle facture sont, ainsi, immortalisées. Moussa Joseph Ouédraogo devient, en quelques années, un producteur au palmarès fourni. Il s’agit de monuments qui ont tous marqué leur temps (Larlé Naaba Anbga, Abbé Robert Ouédraogo, Georges Ouédraogo qui lui avait dédié deux de ses titres (“Yampassaké” et “Monsieur le PDG”), Pivo, Joseph Salembéré dit Salambo, Amadou Balaké, Rasmané Sawadogo dit Razo, Jean Bernard Samboué, Maurice Simporé, Pierre Sandwidi, Françis Méda, John Oumar Nabolé et Henri Tapsoba).

La réputation de Moussa CVD est établie. D’autres artistes musiciens, (toujours en vie et encore actifs pour certains) bénéficient, dans la foulée, de cette production menée avec maestria (Tô Finley, Abdoulaye Cissé, Oger Kaboré, Kisto Koimbré, etc.). L’orchestre CVD accompagnera, en outre, des artistes de renommée issus de la sous-région dont Aïcha Koné, François Lougah, Ernesto Djédjé, Bailly Spinto (Côte d’Ivoire), Tshala Mwana (RDC) et Elvis Kemayo (Cameroun) etc.
En vue de conserver cette riche production pour les générations présentes et à venir, Moussa CVD, à la demande du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme, remet officiellement, le vendredi 23 novembre 2018, l’ensemble de ses archives à l’Etat
burkinabè.

L’utilité des archives

Des œuvres audiovisuelles et iconographiques constituées de supports vinyles, c’est-à-dire des disques de 33 tours et de 45 tours (ancêtres du CD actuel), sont ainsi mises à la disposition du musée de la musique Georges- Ouédraogo. En effet, quelques années auparavant, l’avènement de la cassette, du disque laser, puis du numérique va sonner le glas de l’ère des disques. “Le doyen des producteurs” se retrouve avec près de 300 millions de disques invendus sur les bras . Face à ces vicissitudes de la modernité, l’ancien comptable à l’intendance du lycée Philippe- Zinda- Kaboré fait néanmoins contre mauvaise fortune bon cœur. “Ces archives seront d’une utilité quelconque aux nostalgiques de la musique des années 1960-1980, les chercheurs, les étudiants, etc. Bref, la jeunesse actuelle saura en tirer profit”, se console-t-il.

Quant aux jeunes producteurs burkinabè, ils doivent, estime celui qui fut par ailleurs fonctionnaire des postes et télécommunications, redoubler d’efforts et de courage en dépit des “facilités” qu’offrent, aujourd’hui, le numérique et l’internet. A ses dires, le travail de production d’artistes musiciens reste éprouvant, peu importe les époques. La Nation a témoigné, à plusieurs reprises, sa reconnaissance au producteur illustre. Moussa Joseph Ouédraogo est chevalier de l’Ordre du mérite des arts, des lettres et de la communication, chevalier de l’Ordre national et officier de l’Ordre du mérite des arts, des lettres et de la communication.

Kowoma Marc DOH
kowomadoh@gmail.com

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