Un peu plus d’une semaine après l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), les inquiétudes persistent et les Congolais se montrent très impatients. En effet, il y a eu un coup d’accélérateur dans le processus mardi soir après que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été obligée de démentir la rumeur selon laquelle les résultats seraient annoncés ce jour-là. Une fausse information qui avait amplifié la psychose de sorte que des sociétés privées, des représentations et ONG avaient demandé à leurs employés de quitter le service plus tôt, par mesure de précaution.

Quelques heures plus tard, en sortant du bois en début de soirée, la CENI a annoncé à travers les réseaux sociaux qu’elle avait entamé une plénière à l’issue de laquelle des résultats provisoires pourront être communiqués. L’examen par les 13 membres de la plénière, dont des représentants de la majorité, de l’opposition et de la société civile, pourrait durer entre 24 et 48 heures. Le motif avancé pour ce « long » délai est qu’après la réception des résultats à Kinshasa et avant toute publication, la procédure prévoit un contrôle exhaustif de cohérence des chiffres.

Cependant, pour les plus avisés, ce délai qui expire aujourd’hui est difficilement tenable car au moment de cette annonce, la Commission affirmait n’avoir compilé que 80% des données nationales. Plus en détail, si dans les trois Kasaï, le travail est terminé, à Kisangani dans l’Est, 15% des résultats manquaient encore mardi soir. Dans le Rutshuru, le Masisi et l’Ituri dans le Nord-Est, le comptage des voix était loin d’être terminé, selon certaines sources. Pareil à Lubumbashi dans le Haut-Katanga.

Face à cette situation qui demeure assez incertaine, des missions d’observation suggèrent à l’instance chargée des élections, de publier au fur et à mesure les résultats des centres de compilation qu’elle aura vérifiés, ce qui pourrait peut-être contribuer à calmer les esprits. Mais quelle que soit la méthode adoptée, il subsistera toujours des motifs d’inquiétude au vu de certains rapports d’observation.

Et ce n’est pas la Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL) qui dira le contraire, elle qui a relevé 52 cas d’irrégularités majeures, même si elles sont localisées. Il s’agit, entre autres, de 20 cas de falsifications de résultats sur des Procès-verbaux (PV) et de trois cas de corruption d’agents électoraux. Cette structure qui n’a pas hésité à exprimer ses appréhensions demande à la CENI de corriger ces erreurs ou au moins de s’exprimer sur ces incidents comme dans le cas des bulletins de vote perdus à Kinshasa.

Rien que ces constatations ajoutées à la coupure d’Internet et des émetteurs de la Radio France internationale (RFI) sur la quasi-totalité du territoire ainsi que le report du scrutin préalablement fixé au 23 décembre 2018 peuvent légitimer, d’une manière ou d’une autre, les suspicions et les craintes. Ce d’autant plus que Joseph Kabila, face à la pression, a renoncé à se porter candidat, préférant placer son « bon petit », Ramazani Shadary qu’il est certainement tenté de soutenir par tous les moyens.

Heureusement pour la démocratie congolaise et africaine que des obstacles s’érigent déjà contre d’éventuelles velléités de ce genre. Parmi eux, l’Eglise du Christ au Congo (ECC), la plus grande plateforme des dénominations chrétiennes protestantes et évangéliques du pays, et l’Union africaine qui ont fermement exprimé leur souhait que les résultats qui seront proclamés correspondent à la vérité des urnes.

Et rien n’exclut que dans les tous prochains jours, s’il n’y a pas de dénouement, d’autres structures brandissent également leurs moyens de pression. Reste à espérer que la CENI donne tort à tous ceux qui se font des soucis, en jouant la carte de la neutralité jusqu’au verdict final.

Daniel ZONGO

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