Procès putsch : le parquet appelle Bassolé à collaborer

Le général Djibrill Bassolé a continué, le vendredi 11 janvier 2019, de clamer devant le tribunal militaire son innocence, dans l’affaire du coup d’Etat de septembre 2015.

Le général Djibrill Bassolé est constant dans sa ligne de défense : « J’ai toujours et de tout temps contesté l’origine et la fiabilité des écoutes téléphoniques ». Le vendredi 11 janvier 2019 et comme toujours, depuis le début de son audition, Djibrill Bassolé a dit se méfier des éléments sonores qui l’accablent. Assis et de blanc vêtu, il reste convaincu que les écoutes téléphoniques ont été « fabriquées » à dessein. « J’ai été le premier à être arrêté. Il fallait justifier mon arrestation », a-t-il indiqué. L’accusé a remis en cause l’origine des éléments sonores, provenant uniquement des réseaux sociaux et des médias. Djibrill Bassolé a soutenu que si le parquet remonte la filière des enregistrements, il sera bloqué dans ses enquêtes à un moment donné.

« Il n’y aura pas de suite (…) L’ensemble des éléments sonores sont loin de remplir les conditions pour être considérés comme preuves judiciaires », a-t-il dit. Le procureur militaire a rétorqué en informant le prévenu que les écoutes ont été faites par les services de renseignements burkinabè. Le général de gendarmerie a opposé à cette annonce, une fin de non-recevoir. « Je suis un peu gêné, je ne dirai pas tout et n’importe quoi pour ma défense. Mais ce ne sont pas les renseignements du Burkina qui ont intercepté ces écoutes », a affirmé le diplomate. Le fondateur de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA) a estimé qu’il fait l’objet d’un « acharnement politique, médiatique et judiciaire », orchestré par l’ancien Premier ministre, Yacouba Isaac Zida. Le procureur militaire a assimilé le général à un juriste dont la défense est « ondoyante », changeant de langage en fonction des juridictions en présence. En effet, il a expliqué que devant la Chambre de contrôle de l’instruction, Bassolé a reconnu que les écoutes sont d’origine administrative. A la Cour de justice de la CEDEAO, il a uniquement relevé que les enregistrements étaient une « atteinte à sa vie privée ». « On ne parlait pas de montage devant ces instances. Ici, on dit que c’est fabriqué », a fait observer le procureur.

Face à la multiplication des versions, le parquet a appelé le général Djibrill Bassolé à collaborer afin de leur permettre d’avoir des éléments nécessaires pour bien ficeler leur réquisition, au moment venu. « Franchement, je refuse catégoriquement de collaborer sur une quelconque forme … Vous avez la charge de la preuve, c’est à vous de convaincre le tribunal », a rétorqué, du tic au tac, le général Djibrill Bassolé, estimant que le parquet a instruit le dossier uniquement à charge. « Aussi ce que la Chambre de contrôle de l’instruction dit, c’est vous (parquet) qui l’avez dit. C’est faux », a répondu le général. A la barre, il a admis que tous les Etats pratiquent les écoutes téléphoniques, mais de façon prudente. En tout état de cause, le parquet militaire a estimé que les infractions de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et de trahison sont établies.

« … nos chemins se séparent »

Du 16 au 29 septembre 2015, les institutions étatiques étaient menacées du fait de l’échec du désarment des éléments de l’ex-RSP, parce que des hommes à l’image de Bassolé les ont encouragés à tenir tête. « Il est alors responsable des conséquences prévisibles de l’attentat à la sûreté de l’Etat », a affirmé le procureur. Selon lui, le général était en intelligence avec l’étranger pour nuire à son pays, le Burkina Faso. Pour Djibrill Bassolé, le parquet, étant dans l’impossibilité absolue de donner la moindre preuve de son implication, estime que l’attentat à la sûreté de l’Etat s’est poursuivi jusqu’au 29 septembre. C’est pourquoi, selon l’accusé, le procureur « se rabat sur d’hypothétiques écoutes » qui auraient eu lieu le 27 septembre. « Au lieu de sortir des éléments tangibles, on tourne en rond. Comme si, pour le parquet, dire que le général n’est pas impliqué est impossible. Je constate que du 16 au 25 septembre, je n’ai rien à y voir, je n’ai rien à y faire », a noté Bassolé. Las de répondre aux questions sur les écoutes téléphoniques, l’accusé s’est voulu on ne peut plus clair : « Ne me posez plus de questions sur les interceptions téléphoniques dont vous seuls connaissez l’origine.

(…) Si vous n’avez que les éléments sonores comme preuves, nos chemins se séparent ». Me Guy Hervé Kam de la partie civile a souligné que l’accusé refuse de reconnaître l’origine des écoutes, parce qu’elles permettent d’établir facilement son implication dans le putsch.

Lors de précédentes audiences, l’accusé avait proposé par exemple de verser 10 millions FCFA aux blessés au lieu de cristalliser toutes les attentions de l’armée dans un tel contexte sécuritaire. Pour Me Prosper Farama, c’est la preuve que la vie humaine n’a pas de valeur pour le prévenu. « C’est cynique… Ce ne sont pas des corps humains à vendre », a répondu l’homme de droit. Il est aussi revenu sur le passage de l’accusé au ministère de la Sécurité, lorsqu’il faisait arrêter, emprisonner et raser les militants du collectif contre l’impunité après l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. « Je suis content de voir que vous comparaissez avec vos cheveux », a laissé entendre Me Farama.

Djakaridia SIRIBIE
dsiribie15@gmail.com

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