Alors que les commentaires incendiaires sur fonds d’instrumentalisation continuent, après les folles et meurtrières journées du début de l’an à Yirgou, il n’est pas superflu de revenir sur certains aspects de ce drame. Il sied d’en tirer toutes les conséquences, afin que notre pays guérisse à jamais de ce qu’il est convenu d’appeler les maladies infantiles des démocraties africaines. Le premier enseignement de cette tragédie, c’est qu’il va falloir régler, en légiférant une fois pour toute sur la question des groupes d’autodéfense qui pullulent au Burkina Faso. On se souvient que l’ancien ministre de la Sécurité, Simon Compaoré, avait promis d’«encadrer» ces groupes d’autodéfense pour limiter les dégâts liés à leurs activités.

Malgré cette volonté affichée, force est de reconnaître que le chantier est à entreprendre, dans l’urgence, au regard du récent drame de Yirgou. A défaut de supprimer ces koglweogo qui font de plus en plus peur, il faudra trouver un cadre juridique approprié pour les insérer. Le législateur burkinabè est donc interpellé. Et, il doit aller vite et bien. Ce, d’autant plus que de nombreuses voix s’élèvent pour demander justice pour les suppliciés de Yirgou et autres localités environnantes. Et de là découle le deuxième enseignement de cette macabre affaire, à savoir, rendre justice en toute diligence et avec la fermeté requise pour couper l’herbe sous les pieds de tous ceux qui glosent sur l’incapacité du pouvoir à régler le compte de ces vengeurs masqués et mal inspirés du jour de l’an. Cela témoigne de la volonté manifeste des spéculateurs de tordre le cou à la séparation des pouvoirs et de politiser le débat. A partir du moment où le président du Faso a donné des gages pour un traitement juridique conséquent du dossier, il n’y a plus lieu de polémiquer.

Mais le temps judiciaire n’étant pas celui politique encore moins médiatique, il va falloir laisser les choses s’enchaîner dans le bon ordre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le drame de Yirgou offre l’opportunité de trancher dans le vif la question des koglweogo et de parfaire notre arsenal juridique en matière de répression des crimes de masse. Il donne aussi l’occasion de réinventer les règles de notre vivre-ensemble pour que plus jamais on n’assiste à des spectacles aussi horrifiants au Burkina.

L’autre leçon à tirer du drame de Yirgou est l’exclusion politique à base communautaire, agitée par des mains invisibles mais dévastatrices, juste pour écarter un challenger sérieux. La bienveillance habituelle observée face à ces comportements hautement belliqueux doit faire place à une sentence qui frapperait tous ceux qui se hasarderaient, dans les discours, les faits et gestes à porter atteinte à l’unité et à la concorde nationale. Généralement, se pose la question de l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, lesquelles ont cantonné dans des entités territoriales des peuples aux cultures différentes, ce qui peut parfois engendrer des tensions sociales sur le continent. Ce débat peut paraître superfétatoire dans le cas d’espèce, mais il convient que nos dirigeants l’abordent avec le plus grand sérieux. En résumé, le plus dur n’est pas de tomber, mais de regarder d’où on a tréboucher afin de ne plus commettre les mêmes erreurs afin de marcher de manière ferme et résolue sur la voie du progrès et de la cohésion sociale.

Notre pays a un atout aujourd’hui : utiliser le consensus créé autour de l’affaire Yirgou pour monter en puissance dans la lutte contre le péril terroriste. Nul doute que la réponse publique à cette tragédie est un bon frémissement. Mais ce n’est que le début du chemin vers un Etat outillé, capable, vigilant et anticipateur.

Par Mahamadi TIEGNA

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