Burkinabè, ressaisissons-nous !

Alors que les familles endeuillées par le drame de Yirgou n’ont pas encore fini de pleurer la quarantaine de morts, le malheur a encore frappé le Burkina Faso. En effet, trois personnes, dont deux agents de police, ont trouvé la mort au cours d’une mission d’interpellation à Nafona, dans la commune de Soubakaniédougou, région des Cascades. Selon les faits, la police s’est rendue dans la localité sur ordre du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance (TGI) de Banfora pour interpeller cinq personnes impliquées dans un conflit foncier et la situation aurait dégénéré.

Les populations, farouchement opposées à l’arrestation des intéressés, ont riposté avec gourdins, machettes, burins, cailloux, etc., tuant ainsi deux officiers de police, le commandant de Banfora et le commissaire du district de Soubakaniédougou. En attendant que la lumière soit faite sur ce drame, la succession inquiétante des événements malheureux, depuis quelques temps, au « pays des Hommes intègres » suscite de nombreuses interrogations chez bon nombre de citoyens plus que jamais troublés. Pourquoi une telle violence entre filles et fils d’un même pays? Pendant combien de temps cette série noire va-t-elle continuer à endeuiller des familles ? Quelle est la part de responsabilité de l’Etat dans la survenue de ces drames ? Si pour l’heure, il est difficile de trouver des réponses à ces questions, une chose est sûre et peu importe les raisons, rien ne peut justifier ces violences meurtrières commises par des Burkinabè sur d’autres Burkinabè.

Et l’on est en droit de s’interroger sur l’origine de cette haine viscérale que des citoyens d’un même pays vouent les uns aux autres. Cela vaut encore plus, quand il s’agit du Burkina Faso dont l’hospitalité, la cohabitation pacifique des nombreuses communautés, le courage et la force de travail ont toujours forcé l’admiration des pays voisins. Après Toéni dans la Boucle du Mouhoun, Yirgou dans le Centre-Nord, Nafona dans les Cascades, Tapoa, le week-end dernier à l’Est, les familles ont assez pleuré. Le temps est donc venu pour le gouvernement de prendre ses responsabilités en sifflant la fin de la récréation. Car, il est inadmissible de lutter contre les terroristes, des ennemis invisibles et d’avoir aussi affaire à des individus parfois connus et identifiés qui exécutent leurs propres concitoyens. Tant que ces bourreaux circuleront librement, narguant ainsi leurs victimes (si elles sont vivantes), la survenue d’autres drames de même nature est à craindre.

Et c’est ainsi que nous allons, malheureusement, tous aider l’impunité à faire son lit au Burkina Faso. Refuser de répondre à une convocation de la justice est déjà grave et, cela l’est encore plus lorsqu’un village entier se mobilise pour ôter la vie à des représentants de la loi. Au-delà de la Police nationale, c’est l’autorité de l’Etat qui est à nouveau contestée et bafouée. Quelles que soient leur dénomination et leurs capacités de nuisance, les auteurs de ces crimes commis sur des compatriotes sont assimilables à des hors-la-loi et méritent d’être traités comme tels. Malheureusement, après chaque drame, on se contente toujours des mêmes condamnations de principe et des appels au calme adressés aux populations et aux présumés coupables.

Parallèlement, il faut regretter la montée en puissance des groupes d’autodéfense, qui se livrent souvent à des pratiques contraires aux lois de la république. Ces troubles à l’ordre public avec leur lot de morts sont les preuves, si besoin en était encore, que l’autorité de l’Etat a faibli ces dernières années. Le changement tant attendu par les Burkinabè doit commencer par un changement individuel dans le comportement de chaque citoyen !

Beyon Romain NEBIE
nbeyonromain@yahoo.fr

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