Drogues par injection et SIDA: prendre en charge les groupes vulnérables

Malgré les efforts de lutte contre le virus du SIDA, l’Afrique subsaharienne reste la région du monde la plus affectée par l’épidémie. Bien que les tendances donnent une stabilité de la maladie, le nombre de nouvelles contaminations continue à excéder celui des personnes mises sous traitement antirétroviral.

«L’abus de drogues est pour la génération présente et à venir une menace aussi sérieuse qu’a été la peste qui a dévastée plusieurs parties du monde », disait l’ancien secrétaire général des Nations unies, Javier Perez De Cuellar. Cette assertion prouve la gravité de la situation, au regard du nombre croissant de personnes qui se droguent par injection. Ce « mode de consommation » comporte des risques élevés de contaminations de plusieurs maladies, dont le virus du SIDA. En effet, selon les données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), en 2013, sur 27 millions d’usagers de drogues, près de la moitié consommeraient ces substances par injection. Et parmi cette population, 1,65 millions seraient atteints du VIH. En Afrique subsaharienne, les données disponibles concernent 13 pays sur 47. Il ressort des enquêtes du Programme régional de réduction des risques VIH/TB et autres co-morbidités et promotion des droits humains auprès des Consommateurs de drogues injectables en Afrique

de l’Ouest (PARECO), que sur 1 778 500 consommateurs de drogues utilisant l’injection, environ 221 000 seraient séropositifs à l’infection par le VIH. De l’avis du chargé de Programme, Dr Hubert Traoré, il y a un impact disproportionné sur les Professionnelles du sexe (PS), les Hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), les détenus et les Consommateurs de drogues injectables (CDI). « Les drogues sont une réalité au Burkina Faso et il y a des consommateurs de drogues injectables. Lors de nos sorties par exemple, en une année, nous avons pu dénombrer environ 1275 consommateurs de drogues injectables dont des femmes à Ouagadougou », a-t-il soutenu. Et d’ajouter : « Quand vous prenez des seringues ou vous vous les passez pour vous administrer de la drogue, il y a des risques d’infections (VIH et autres infections cutanées et vasculaires) et même d’overdose. Ces consommateurs de drogues qui vivent le plus souvent dans des milieux insalubres, comme les ghettos, peuvent se transmettre plusieurs maladies comme la tuberculose et l’hépatite, notamment en se passant les embouts de pipe et en respirant dans le même environnement ».

Par ailleurs, se référant à d’autres pays de la sous-région, Dr Traoré a fait comprendre que l’hépatite C est un réel problème de santé parmi les CDI à Dakar (23,3% pour une prévalence nationale inférieure à 2%). Aussi, plus de la moitié des CDI avaient des antécédents d’incarcération dont 61,9% au Sénégal et 61,5% en Côte d’Ivoire. Pourtant, depuis plusieurs années, l’ONUDC tire la sonnette d’alarme sur le poids croissant du trafic de narcotique en Afrique et sur ses graves conséquences sociales, politiques et sanitaires. Force est de reconnaître que l’Afrique est aujourd’hui une terre de transit privilégiée du trafic d’héroïne et de cocaïne.

Promouvoir la méthode RdR

L’héroïne, originaire d’Asie, transite vers l’Europe et les Etats-Unis via l’Afrique de l’Est et l’Afrique centrale. La cocaïne transite par l’Afrique de l’Ouest. L’ONUDC rapporte la saisie de 33 tonnes de cocaïne en 2005 et estime que 27% de la cocaïne entrée en Europe en 2006 transitait par l’Afrique de l’Ouest. La cocaïne est acheminée vers l’Europe par voie maritime, aérienne et plus récemment terrestre via les réseaux précédemment dédiés au cannabis. Le transport intérieur est donc en développement, facilitant l’introduction de ces nouvelles drogues dans les corridors de transport et l’émergence de marchés locaux. La consommation de cocaïne s’est ainsi développée au Burkina Faso, au Ghana, au Nigeria, au Sénégal, en Sierra Leone, au Togo, en Guinée et en Côte d’Ivoire.

Une expansion similaire s’est aussi produite avec l’héroïne au Kenya, à l’Ile Maurice, au Mozambique, en Tanzanie et en Afrique du Sud. C’est pourquoi, Dr Hubert Traoré a suggéré la mise en place d’un réseau de tous les acteurs de la lutte contre la drogue au Burkina Faso afin de mutualiser les forces pour asseoir une véritable politique de réduction des risques liées à l’usage des drogues. Il a proposé qu’il soit adopté la méthode Réduction des risques (RdR) qui consiste à mettre l’accent sur l’un des modèles innovants qu’est « Outreach ». Il s’agit d’aller vers les CDI, les sensibiliser, leur distribuer du matériel de RdR et au besoin, les emmener vers les services de santé. Il a de ce fait souhaité que les consommateurs de drogues par injection ne soient pas rejetés ou marginalisés par la société. A ce propos, il a fait comprendre que plus de la moitié des pays dans le monde réalisent ou tolèrent les programmes RdR, car ils présentent de nombreux avantages.

La preuve, selon Dr Hubert Traoré, est que l’utilisation de la méthode RdR a permis à la Suisse, la Grande-Bretagne, l’Australie, le Népal, et l’Ukraine de diminuer considérablement voire totalement le nombre de nouvelles infections à VIH parmi les utilisateurs de drogue. Au Népal, a-t-il confié, le passage à l’échelle de la RdR entre 2002 et 2011 s’est accompagné d’une réduction de la prévalence du VIH de 68% à 6,3% parmi les consommateurs. Entre 2006 et 2016, l’Ukraine a évolué avec une diminution de 41,8% à 19,7% de prévalence du VIH.

 

Gaspard BAYALA
gaspardbayala87@gmail.com

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