La campagne européenne de communication du cinquantenaire du FESPACO s’est achevée sur une note de satisfecit des organisateurs. Dans cet entretien, le délégué général de la biennale, Ardiouma Soma fait le bilan de cette tournée et évoque la contribution du cinéma africain au développement.

Sidwaya(S) : Quel bilan peut-on dresser au terme de votre campagne internationale de communication?

Ardiouma Soma : Le bilan est positif. Les deux conférences de presse de Paris et de Bruxelles nous ont donné l’occasion de rencontrer des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel d’Afrique,  de sa diaspora, ainsi que des artistes musiciens et plasticiens. Nous sommes également entrés en contact avec des partenaires qui souhaitent associer leur image au FESPACO, pour la promotion d’une industrie véritable du cinéma et de l’audiovisuel en Afrique.

S : Un demi-siècle après la création du FESPACO, quelle image doit-on garder du cinéma produit sur le continent?

A.S : L’histoire du FESPACO et des cinémas africains et de sa diaspora sont pratiquement identiques. Le FESPACO a été créé en 1969. Les Africains se sont mis derrière la caméra au milieu des années 50. Le FESPACO et les cinémas d’Afrique et de sa diaspora, partagent le même combat. C’est pourquoi, nous disons « mémoire et avenir des cinémas panafricain », (thème de la présente édition, ndlr) est le point sur lequel, nous invitons au débat à l’occasion du prochain FESPACO, parce qu’il y a une mémoire dans les cinémas d’Afrique et de sa diaspora. Il faut donc regarder dans le rétroviseur, apprécier, et trouver des stratégies pour sauver ce patrimoine. Il est également temps de poser la question de l’économie du cinéma et de l’audiovisuel dans les réalités économiques locales. Les débats vont être aussi orientés dans ce sens lors du festival pour que nos cinémas qui, ont pendant longtemps été subventionnés, puissent arriver à une autonomisation.

S : Les Africains consomment de plus en plus les contenus d’ailleurs. Une véritable industrie cinématographique est-elle possible ?

A.S : Cela est possible. Aujourd’hui, les africains paient pour consommer les contenus audiovisuels d’autres cultures. De par le monde, les industriels ont compris qu’il y a de la clientèle en Afrique qui consomme des contenus audiovisuels. Ailleurs, ils sont en train de se préparer pour conquérir ce marché. Le FESPACO doit donc servir d’espace de discussions sur le continent. Sinon, nous devrons faire face à une autre forme de colonisation, cette fois, extrêmement dure.

S : La question sécuritaire est toujours préoccupante. Avez-vous pu rassurer vos partenaires d’effectuer le déplacement de Ouagadougou ?

A.S : La question sécuritaire est une affaire mondiale. Le monde a besoin aujourd’hui de plus d’humanisme. Aujourd’hui, les professionnels du cinéma ont une grande responsabilité. Ce sont les contenus que nous produisons qui peuvent contribuer à apaiser cette atmosphère. L’insécurité est certes une réalité, mais, cela n’a pas entaché nos relations avec nos partenaires. Tous ceux que nous avons rencontrés à l’occasion de cette tournée (Organisation internationale de la francophonie, Union européenne, Groupes des Etats ACP, le centre national du cinéma français, l’Unesco, etc.) ont confirmé leurs engagements aux côtés du FESPACO. Il y a une mobilisation autour du FESPACO parce que tout le monde a compris que cet espace peut montrer aussi à ceux d’en face que nous nous organisons pour la résistance et contre l’obscurantisme.

S : Le cinquantenaire du FESPACO sera célébré dans quelques semaines. Pensez-vous que le festival a contribué à l’évolution du 7e art sur le continent ?

A.S : Aujourd’hui, de nombreux jeunes africains s’intéressent à la filière du cinéma et de l’audiovisuel. Il y a beaucoup d’industries du cinéma et de l’audiovisuel, de réalisateurs, de techniciens, parce que le numérique est venu faciliter l’accès à ces métiers. Le plus intéressant, c’est que le FESPACO, depuis plusieurs éditions a ouvert une fenêtre aux écoles de cinéma et de l’audiovisuel. Il existe des centres de formation en cinéma et de l’audiovisuel dans la plupart des pays africains. Je pense qu’il y a une évolution notable et beaucoup d’espoir pour le développement de l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel sur le continent.

S : Au Burkina, les cinéphiles estiment que les films ne sont plus de qualité. Quel est votre commentaire?

A.S : Au Burkina Faso, le cinéma évolue. Cela est perceptible. De par le passé, nous enregistrions environ 23 films par an. Aujourd’hui, ce sont près de 50 films qui sont produits. Le problème de la qualité est réel. Mais, il se résoudra au fur et à mesure avec le renforcement des capacités des professionnels à travers les différents centres et écoles de formations qui existent. Il y a donc, de l’espoir. Cette industrie du cinéma et de l’audiovisuel sera un important pilier pour le développement des pays africains.

 Entretien réalisé à Bruxelles par Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr

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