Procès du putsch : « Le général Diendéré a ordonné le coup d’Etat », adjudant-chef Nion

L’audience du 21 janvier 2019 du tribunal militaire a été consacrée au deuxième passage à la barre de l’adjudant-chef major Eloi Badiel et de l’adjudant Jean Florent Nion. « Ayant souffert des insanités de certains co-accusés » qui l’ont chargé, l’adjudant Nion a dénoncé le général Gilbert Diendéré comme étant « le commanditaire » du putsch manqué.

L’adjudant-major Eloi Badiel, poursuivi pour les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtres, de coups et blessures volontaires et d’incitation à commettre des actes contraires à la discipline militaire, a été interrogé une seconde fois le lundi 21 janvier 2018. Il a expliqué qu’à écouter certains accusés, c’est comme si c’est lui qui a tout organisé alors qu’il n’a fait que transmettre des ordres.

A titre d’exemple, il a cité l’instruction donnée par le capitaine Abdoulaye Dao, d’arrêter l’émetteur de la radio RFI. Le parquet s’en est pris à lui car après réception de l’ordre de Diendéré d’opérer un coup de force, il ne s’en est pas référé à ses supérieurs. « Il fallait faire un minimum de vérifications qui s’imposent à tout chef. C’est le raisonnement en milieu militaire », a rappelé le procureur militaire.

En réponse, le prévenu fera savoir que l’adjudant Nion avait déjà fait la vérification. Il a aussi laissé entendre qu’il se méfiait beaucoup des officiers à l’exception de son chef, le capitaine Dao. A la question de l’avocat de la partie civile, Me Ali Neya, de savoir si c’est pour lui-même ou pour le général Diendéré qu’il a fait le putsch, Eloi Badiel a été formel : « Pourquoi vais-je faire un putsch ? Je ne suis pas un politicien ».

Pour le conseil du major Badiel, Me Bertin Kiénou, on veut faire porter le chapeau aux sous-officiers, tel que son client alors que le général Diendéré, dans son adresse aux victimes, a dit avoir renversé le régime. A ses dires, dans la déclaration du putsch, il ressort que les motifs du coup d’Etat sont politiques, pourtant son client n’a aucune ambition dans ce sens.

« Je jure de dire rien que la vérité »

« Je m’inscris totalement en faux quand le général Gilbert Diendéré dit qu’il n’a ni commandité, ni planifié, ni organisé l’arrestation des autorités de la Transition. Il l’a ordonnée ». C’est par ces mots que l’adjudant Jean Florent Nion, lui aussi à son 2e passage à la barre du tribunal militaire, a « accusé » le général comme étant l’auteur du putsch. Accusé des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, de meurtres, coups et blessures volontaires et d’incitation à commettre des actes contraires à la discipline militaire, le prévenu est présenté comme celui qui a contacté le général Diendéré pour avoir confirmation de l’ordre de faire un coup d’Etat.

Il a dit avoir souffert, en tant que l’un des premiers à passer à la barre, des « insanités » que des coaccusés ont proférées dans leurs dépositions à son égard. « Je pensais qu’une fois devant le tribunal, le général Diendéré allait dire qu’il a ordonné le coup de force. Dommage ! Comme les choses ne se précisent pas, je vais les dire dans la pure clarté », a martelé le sous-officier. Il a confié au tribunal que ce n’est pas facile de comparaître le premier car les autres accusés se concertent contre celui-ci.

En l’occurrence, il a fait savoir que pendant une suspension de la première audience d’interrogatoire, le général Gilbert Diendéré lui a indiqué ce qu’il devait faire. « Fais ressortir ce qu’on reprochait à Zida (ex-Premier ministre). Ne dis pas qu’on a échangé des messages », a révélé l’adjudant Nion. Et d’ajouter qu’il a voulu parler de ces instructions à son conseil mais que l’officier a dit que ce n’est pas la peine, de faire de telles déclarations car son avocat sera obligé de s’aligner sur elles.

Interrogé par le parquet sur la somme de 1 941 000 de F CFA que certaines personnes telles que l’accusé lui-même, l’adjudant-chef major Eloi Badiel, Ouékouri Kossé, Adama Diallo, Ouédraogo Issaka ont reçu de Kadidia Ouattara de la Côte d’Ivoire, Jean Florent Nion a expliqué qu’il s’agit en réalité de deux millions de francs (sans les frais d’envoi) qu’un de ses amis homme d’affaires du nom de Dioty Fils a envoyé audit groupe de personnes qui s’étaient retrouvées dans un restaurant. « Cet argent n’a rien à voir avec les événements du 16 septembre 2015 et jours suivants », a-t-il fait savoir face à l’insistance de l’avocat Alexandre Sandwidi.

Pour l’avocat de l’accusé, Me Adrien Nion, dans ce procès, il s’agit de dire la vérité car au-delà de la décision à rendre, l’accusé doit avoir la considération de ses concitoyens. Il a reconnu sa responsabilité dans ce putsch et il appartient aux autres de reconnaitre la leur. « Dans les faits, mon client a exécuté un ordre venant du général. Il s’est même rendu à son domicile pour échanger sur cet ordre.

Après l’arrestation, le général a tenu des réunions, fait des déclarations. Mieux, celles-ci ont été retrouvées dans son ordinateur portable et il a même nommé le mouvement, le Conseil national de la démocratie (CND). Tout cela démontre qu’il en est l’auteur. Si tant est vrai qu’il n’en est pas, la moindre des choses est qu’il aurait pu demander aux auteurs avant de s’assumer », a souligné l’avocat.

Mais Me Sandwidi a vu en cela un montage, une stratégie de défense qui consiste à accuser les autres. « Est-ce la noyade collective ? », s’est interrogé l’avocat. « Me, quand on parle de votre client (Koussoubé Roger, NDLR), vous êtes excité. Pourquoi ? Je ne dis que la vérité. C’est au tribunal d’apprécier les faits », a rétorqué l’accusé.

Jean Philibert SOME
& Fleur BIRBA

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