Trait de plume-RDC : le jeu de dupes

Alors qu’Etienne Tshisekedi vient d’être confirmé président de la République par la Cour constitutionnelle et pendant que certains marchands de mort s’activent dans l’ombre pour déstabiliser le « cœur malade de l’Afrique », il n’est pas superflu de revenir sur les scrutins que vient de connaître la RD Congo pour comprendre les agitations et la fébrilité dont certains Etats et chancelleries ont fait montre, pour comprendre que le Congo n’est pas encore sorti de l’auberge au regard des énormes enjeux géostratégiques et économiques. Pour comprendre la position actuelle de Kigali et de certaines puissances occidentales, dans une moindre mesure celle de l’Eglise catholique (quoique), il faut remonter à mai 1997 et le début de la fin du régime Mobutu.

A l’époque donc et alors qu’il était déjà grabataire, le « léopard » de Kinshasa, lâché par ses ex-alliés occidentaux doit faire face à une rébellion armée conduite par Kabila père lequel était aidé par l’Angola, l’Ouganda et le Rwanda, tous désireux de mettre fin au règne de Mobutu et d’avoir un « regard » sur l’exploitation de ce coffre-fort qu’est le Congo, ex-Zaïre. Une mission que le « Mzee », surnom de Kabila père, mènera à bien avec la fuite de Mobutu dans des conditions dramatiques (sa propre garde rapprochée a tiré sur l’avion qui décollait) et la rentrée triomphale de ses « kadogos » dans la capitale.

Et, comme nous l’enseigne Machiavel, la gestion du pouvoir se révélera plus dure que sa conquête, avec les appétits « monstrueux » dont les uns et les autres feront montre dans la gestion du sous-sol congolais. Nationaliste dans l’âme, Kabila père ne pouvait regarder, sans réagir, ce pillage en règle de son pays sous prétexte qu’il fallait payer les alliés sur la « bête ».

Angolais et surtout Rwandais seront donc priés d’aller voir ailleurs au grand dam de leurs chefs d’Etat qui considéreront cela comme une trahison. Il n’en faudra pas plus pour que des rébellions « spontanées » naissent dans l’Ituri et le Kivu qui « étrangement » sont les provinces congolaises voisines du l’Ouganda et du Rwanda.

On se rappelle de Bosco Ntaganda et des autres sous-fifres qui seraient la terreur dans ces régions et acheminaient les pierres précieuses et autres ressources du Congo vers le Rwanda devenu par enchantement un « comptoir » de diamant et autres coltan. Cette « pression » atteindra son paroxysme avec l’assassinat de Kabila dans des conditions jusque-là mystérieuses.  Des conditions que le « petit » Kabila lui connaît, ce qui a valu son retrait de la scène régionale et même continentale pendant de nombreuses années.

Dans le même temps, après avoir « detricoté » le réseau politico-militaire mis en place par les alliés encombrants de son père, il opérera un revirement d’alliance stratégique, pour ouvrir le pays à l’influence chinoise. Un crime de lèse-majesté pour des Occidentaux  (les USA en tête) dont le Zaïre était la chasse gardée et qui depuis, s’échinent à faire rendre gorge à « l’impertinent ». C’est cette coalition revancharde qui agite l’épouvantail d’une élection truquée pour « gnagami » le pays et retrouver leurs intérêts perdus.

Et si l’Eglise a apporté son « écot » à cette tentative de remise en cause  des résultats de l’élection présidentielle, c’est, et il ne faut pas l’oublier, parce que l’Eglise est l’une des « mamelles » du capitalisme, l’éducation telle que déclinée actuellement sous nos tropiques étant la seconde. Une « sainte alliance » judéo-chrétienne donc qui veut empêcher la percée des adeptes de Confucius au Congo. Une guerre d’intérêts loin de ceux du peuple congolais dans laquelle le rôle de cheval de Troie semble dévolu à Fayulu en attendant que le « mwana mboka » Jean Pierre Bemba et le Katangais Moïse Katumbi entrent en jeu.

En effet, il n’est pas superfétatoire d’indiquer que si la Cour pénale internationale (CPI)  a libéré Bemba, c’est que les Occidentaux entendaient lui faire jouer un rôle fondamental dans le scrutin qui vient de se dérouler. Katumbi le Katangais était l’autre pièce de rechange de ce jeu de dupes où la démocratie et l’alternance sont brandies pour faire plaisir aux naïfs. Kabila qui lisait clair dans le jeu de ses anciens amis, a circonscrit la menace en mettant hors-jeu ces deux mastodontes et en se rapprochant de Tshisekedi, avec qui il entend gérer le pouvoir.

Un exercice qui ne sera pas de tout repos quand on sait que ce dernier avait déjà promis le fauteuil de Premier ministre à Vital Kamere en cas de victoire promisse qui semble compromise avec la victoire du camp Kabila aux législatives. Mais, en habile manœuvrier nourri à la source du marxisme-léninisme qu’il est, le « petit » Kabila pourrait contenter tout son monde (Kamere a déjà été son président de l’Assemblée) en procédant à une répartition géographique du « gâteau » national. L’un dans l’autre donc, cette élection ne règle pas les problèmes du Congo, car le maître du jeu, Kabila, attise toujours la haine des Occidentaux.

Il ne serait pas étonnant que lui aussi fasse bientôt appel à une garde prétorienne russe pour le protéger à l’instar du Centrafricain Faustin Archange Touadera qui s’éloigne progressivement de Paris. Une parenthèse pour dire que si le mouvement des « gilets jaunes » a pris autant d’ampleur en France, c’est que le « gombo » en provenance du pré carré est de moins en moins gluant au regard de cette concurrence entre puissances depuis la Chute du Mur de Berlin et l’avènement de la mondialisation.

Plus qu’une élection contestée, c’est donc la tragédie multiséculaire du peuple noir qui se poursuit dans le pays potentiellement le plus riche d’Afrique. Un poker menteur fait de bluff et de coups en dessous de la ceinture où malheureusement, les atouts sont des fils du continent qui prétendent agir au nom de la vertu. C’est Lumumba qui ne cesse de se retourner dans sa tombe.

Boubakar SY

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