Par décret présidentiel, Christophe Joseph Marie Dabiré a été nommé, le lundi 21 janvier 2019 comme Premier ministre burkinabè en remplacement de Paul Kaba Thiéba qui a passé trois ans dans la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES). Ce changement «tant souhaité» intervient dans un contexte sécuritaire des moins enviables, une grogne sociale aigüe et surtout un incivisme au-delà de l’entendement. Avec la nomination de Christophe Dabiré, la quasi-totalité des Burkinabè attendent des mesures énergiques pour restaurer l’autorité de l’Etat. Tel le messie, le nouveau Premier ministre est attendu sur tous les fronts, tant les aspirations du Burkina post-insurrectionnel sont grandes. Sauf que la plupart de ses concitoyens ont tendance à oublier qu’ils sont en partie la cause de tous les maux qui les assaillent. En effet, au lieu de se demander ce que l’on peut faire pour le pays, nombre de Burkinabè crient à la misère parce que le gouvernement ne fait rien pour eux. Dans l’inaction, certains œuvrent, peut-être sans le savoir, à saper les efforts consentis par l’exécutif.

Et cela, par les canaux de la cupidité, de l’incivisme, de l’inconscience professionnelle … Combien sommes-nous à respecter des feux tricolores, obligeant l’Etat à déployer des policiers et des Volontaires adjoints de sécurité (VADS) alors qu’ils auraient pu servir ailleurs dans un contexte de lutte antiterroriste ? Combien sommes-nous à refuser de payer les impôts et autres taxes, alors que nous en avons les moyens ? Lesquels impôts et taxes auraient pu servir à renflouer les caisses de l’Etat et des collectivités en vue de réaliser des infrastructures de tous genres à notre profit. Combien sommes-nous, les fonctionnaires à venir sciemment en retard au bureau ou à repartir beaucoup plus tôt, diminuant ainsi notre rendement alors que nous sommes payés pour un travail que nous sommes sensés avoir fait ? Ne sommes-nous pas nombreux à user de notre position dans l’administration ou dans le parti au pouvoir pour jouir indûment des biens publics ? Plusieurs fois, nous avons utilisé la connexion internet que l’Etat a mise à notre disposition pour travailler, afin de dévoiler sans le savoir, les positions de nos Forces de défense et de sécurité (FDS) sur le terrain de la lutte contre le terrorisme.

C’est dire que tant qu’on pense que le changement doit venir de l’autre, le Burkina Faso ne sortira pas de l’auberge. Tant qu’on regardera le «bas peuple» par-dessous ses lunettes, tant que l’exemple ne viendra pas d’en-haut, tant que les corrompus ne seront pas sanctionnés, tant que le civisme sera un vain mot qu’on dénonce et non un comportement, tant qu’on sera « sankariste » dans le « verbe » et non dans les actes, le pays des Hommes dits intègres fera un pas en avant et deux autres en arrière. Les gouvernements et même les régimes peuvent se succéder à volonté, mais cela ne suffira pas à changer la donne tant que le changement ne viendra pas de chaque Burkinabè, et ce, parce qu’aucun pays ne peut se construire dans l’incivisme.

Jean-Marie TOE

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