L’écrivain met en scène, dans son ouvrage, les dernières heures du dictateur libyen tué le 20 octobre 2011.

L’écrivain algérien Yasmina Khadra raconte, dans son roman “La dernière nuit du Raïs”, les derniers instants du guide libyen Mouammar Kadhafi dans la nuit du 19 au 20 octobre 2011, à Syrte, la ville de son adolescence.

Réfugié dans une école de Syrte, la ville de son adolescence, Mouammar Kadhafi, entre cauchemar, rêve et réalité, attend entouré de ses derniers fidèles de partir se cacher dans un lieu plus sûr. Dans un discours qui frôle le délire, il tente de se raccrocher aux croyances qui l’ont mené au plus haut. C’est la trame du roman “La dernière nuit du Raïs” de l’écrivain algérien Yasmina Khadra. L’histoire se déroule dans la nuit du 19 au 20 octobre 2011. L’auteur narre les faits de manière chronologique, entrecoupée avec en toile de fonds des épisodes de la jeunesse de Khadafi et des pensées amères du dirigeant envers son peuple. “Longtemps j’ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J’étais la légende faite homme.

Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd’hui, je n’ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence. Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l’Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l’on n’est que ce que les autres voudraient que l’on soit”, s’épanche le guide libyen, dans une sorte de soliloque intérieur. Plus loin, Kadhafi tombe des nues lorsqu’il réalise à nouveau l’ingratitude et la traitrise de son peuple pour lequel il a tout donné. “J’étais son sésame; il me flattait pour que je lui tienne la chandelle pendant qu’il s’empiffrait à mes frais. J’ai fait d’une minable populace une nation heureuse et prospère, et voilà comme on me remercie”, fulmine-t-il. Au fil des pages, Yasmina Khadra conduit ainsi le lecteur aux confins de la tête de l’un des dirigeants les plus emblématiques et mégalomanes qu’ait connu l’Afrique.

Plus qu’une véritable biographie, il décrit les états d’âme d’un homme qui se voulait dieu, le délire d’un paranoïaque sanguinaire. Les pensées de Kadhafi, sous la plume de Khadra, sont également symptomatiques des tyrans et autres pères fondateurs classiques. Il ressort, en effet, de son récit que Mouammar Kadhafi, appelé “frère Guide”, est quelqu’un d’inflexible, qui se sent investi d’une mission divine (“Je suis celui par qui le salut arrive”) et qui n’apprécie pas d’être contredit. Ceux qui s’y hasardent, écrit l’auteur algérien, s’exposent soit à la prison, soit à la mort. Khadra lui attribue d’ailleurs cette pensée: “Ma colère est une thérapie pour celui qui la subit, mon silence est une ascèse pour celui qui le médite.” Pour lui, Kadhafi est un pur tyran et un tyran pur. Son comportement avec les femmes est assez révélateur de cet état de fait : “Il y en avait qui résistaient ; j’adorais les conquérir comme des contrées rebelles. Lorsqu’elles cédaient, terrassées à mes pieds, je prenais conscience de l’étendue de ma souveraineté et mon orgasme supplantait le nirvana”… A travers cette plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire, Yasmina Khadra tente de dresser le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile, par ricochet, les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.

Aubin W. NANA

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