Composition du nouveau gouvernement : Des Burkinabè entre satisfaction et déception

Le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré a dévoilé, le jeudi 24 janvier 2019, son gouvernement. A Ouagadougou, à Tenkodogo et à Fada N’Gourma des citoyens apprécient différemment sa composition.

  • Daouda Beba, acteur du secteur privé à Ouaga: « C’est le système qui devrait être changé»

« Le problème du Burkina Faso, c’est le système, ce n’est pas l’individu. Le système de gouvernance actuelle du pays est entre autres basé sur l’affairisme, le copinage, des histoires de familles, de promotion. Il faut quelqu’un d’honnête pour changer la donne. Si on se base sur les appartenances politiques, sur des intérêts individuels, rien n’ira dans ce pays. Quand je parle de système, je fais allusion à la ligne de conduite du gouvernement actuel. Quand on prend l’exemple du coup d’Etat manqué, le gouvernement n’a pas appliqué une sanction administrative. Pour moi, les généraux, qui sont en train d’être jugés, devraient être dégradés pour faciliter le jugement ».

  • David Kéké, vice-président du Centre d’analyse stratégique à Ouagadougou : « Dans l’ensemble, je suis satisfait »

« En dehors du changement déploré au niveau du ministère de l’Economie et des Finances et du Développement (MINEFID), je suis satisfait de ce nouveau gouvernement. La ministre Rosine Coulibaly faisait des réformes majeures au sein de son département. Pour ce faire, elle devrait rester pour achever le formidable travail qu’elle a commencé. Qu’à cela ne tienne, seul le président sait ce pour quoi elle a quitté le gouvernement. Par ailleurs, je m’attendais plus à un changement au niveau des ministères de la Sécurité et de la Défense et cela a été vraiment un ouf de soulagement pour moi. Pour le moment, j’espère que cette nouvelle équipe travaillera pour la satisfaction de tout le monde ».

  • Mamadou Traoré, citoyen : « Je n’espère rien de ce nouveau gouvernement »

« Pour moi, les huit départs constatés sont insignifiants. Je m’attendais à un changement radical. Je n’espère en tout cas plus rien de ce gouvernement. Mon seul point de satisfaction a été le départ du ministre de la Sécurité. J’espère que l’ancien colonel qui l’a succédé pourra gérer les questions sécuritaires. Pour ce qui est de la Défense, Chérif Sy n’est pas l’homme qu’il faut à cette place. Il faut un homme de terrain pour gérer ce portefeuille ministériel et non un civil».

  • Yolande Valérie Ilboudo, Institutrice à Ouagadougou : « le président a bien fait »

« Dans la vie, il faut être optimiste. Le président a bien fait de revoir son gouvernement. Avec l’aide de Dieu, on pourra espérer un changement de la part du Premier ministre Christophe Dabiré. Il est vrai que les Burkinabè s’attendaient à un changement radical, mais dans ce contexte actuel, cela ne peut pas marcher. Il y a de ces ministères comme celui de l’éducation qui nécessitait la sauvegarde des anciens pour l’achèvement de leurs travaux qu’ils ont commencés. Mon appel à l’endroit de ce gouvernement est qu’il nous garantisse la sécurité et la justice ».

  • Sibiri Abdou Kobyagda : « Outre l’insécurité, il faut vite trouver une solution à la crise de l’éducation»

« Il serait prématuré de dire qu’ils réussiront à relever les nombreux défis du moment. J’attends de les voir à l’œuvre avant de les juger. A Fada, la situation sécuritaire reste notre préoccupation majeure. Car, sans la sécurité et la stabilité, aucun développement n’est possible. Je souhaite que la nouvelle équipe prenne à bras-le-corps la question de la sécurité pour nous permettre de vaquer à nos occupations dans la quiétude. Outre l’insécurité, il faut vite trouver une solution à la crise qui prévaut dans le secteur de l’éducation. En tant que parent d’élève, je suis très inquiet de la tournure que prend cette situation parce que, depuis plusieurs mois, nos enfants ne sont plus évalués ».

  • Alidou Maïga, président du Conseil régional de la jeunesse de l’Est : « on nous a ramenés en arrière »

« Lors de l’insurrection populaire, les jeunes avaient interpellé l’opinion nationale et internationale sur la nécessité d’opérer la rupture avec l’ancienne génération. Malheureusement, je constate que cette aspiration forte de la jeunesse n’a pas été prise en compte dans le nouveau gouvernement. Nous avons salué le dernier gouvernement du Premier ministre sortant qui s’était inscrit dans cette dynamique. Avec l’actuelle équipe, on nous a ramenés en arrière si bien que nous nous demandons à quel moment les jeunes seront promus à certains postes de responsabilité. Pis, Il y a des visages qui rappellent à la jeunesse des évènements douloureux dans ce pays. Je m’en souviens encore que, sous la gouvernance de l’actuel Premier ministre au département de l’enseignement, nous avons connu une année universitaire invalidée. Jusque-là, ces évènements ont laissé beaucoup de séquelles dans les Universités publiques. Tout compte fait, nous prenons acte de la décision du président du Faso et le temps nous dira s’il a eu raison d’avoir composé, comme telle, son équipe».

  • Ramatou Nassouri, présidente de la coordination provinciale des femmes du Gourma : « J’attends de la nouvelle équipe des décisions fortes»

« Le président du Faso nous avait promis 30% de femmes dans le nouveau gouvernement. Je constate que cette promesse n’a pas été tenue. De ce point de vue, je suis restée sur ma faim. Mais, à comparer la nouvelle équipe à l’ancienne, un effort a été fait d’autant plus que le nombre de femmes a augmenté. En tous les cas, je respecte les choix du président du Faso et de son Premier ministre. Nous ne devons pas aller vite en besogne. J’attends de la nouvelle équipe des décisions fortes afin de ramener la sécurité, la paix et la cohésion sociale au sein des populations. Je l’exhorte à revoir la situation de la femme du Gulmu qui, jusque-là, subit des fléaux tels que le rapt, l’excision, le mariage forcé… Sur le plan de la scolarisation des jeunes filles, le défi est grand. Pour ce qui est de l’entreprenariat féminin dans la région, la mayonnaise commence à prendre, mais les moyens font défaut.»

  • Talouta Dioni, secrétaire général de la communauté musulmane de Fada N’Gourma : «Ils doivent incarner l’humilité et avoir le sens de l’écoute»

« Au regard de la composition du nouveau gouvernement qui reste une équipe homogène, je garde l’espoir que ces hommes et femmes seront capables de relever les nombreux défis qui les attendent. Dans cette situation de crise, les anciens pourront apporter la sagesse et l’expérience et les plus jeunes l’énergie, le dynamisme et la détermination. Si je pars du constat que la somme des erreurs d’un être peut être une clé de succès pour son futur, la venue du Premier ministre Dabiré nous permet d’entretenir l’optimisme. A la tête des départements comme la Défense et celui de la Sécurité, on y trouve Cheriff Sy et Ousseni Compaoré. Le premier s’est illustré sous la Transition et le malheureux coup d’Etat manqué et nous attendons encore de lui d’autres sacrifices. Le second s’y connait dans l’armée. Même s’il n’était pas en contact avec les troupes pendant longtemps, il a une belle carte à jouer. L’armée burkinabè ne manque pas d’hommes et de matériels, peut-être qu’il manque de mots pour toucher et réveiller le patriotisme des gens. D’emblée, pour avoir la confiance des hommes de terrain et de leurs collaborateurs immédiats, ils doivent incarner l’humilité, le respect et avoir le sens de l’écoute. Sur la toile, le débarquement de Mme Rosine Coulibaly, fait débat. Pourtant, à mon avis, c’est une décision bien réfléchie parce que l’atmosphère qui régnait entre elle et ses collaborateurs directs était tendue. »

  • Pierre Claver Kima, président du conseil régional des OSC du Centre-Est: « il faut qu’on aille à la réconciliation»

«Les attentes des Burkinabè sont énormes. Il s’agit entre autres de la cohésion sociale, la sécurité et le décollage de l’économie. Pour nous OSC, il faut qu’on aille à la réconciliation mais en passant par la justice. Les fils et filles du Burkina ont besoin de cette réconciliation, parce que nous sommes tous frères et sœurs. Nous n’avons jamais vécu ce qui s’est passé à Yirgou. Tout cela, c’est parce qu’il n’y a pas cette cohésion sociale dans le pays. Nous espérons qu’avec le nouveau Premier ministre et son équipe vont travailler à ce qu’on ait des résultats, à condition que le chef de l’Etat leur permet d’avoir des coudées franches».

  • Pascal Ouangré, correspondant provincial de l’Union Pour le Changement (UPC) du Boulgou: «nous n’avons pas à les juger »

«Il n’y a pas eu de grand changement dans ce gouvernement, parce que tous les partis satellites du MPP ont tous conservé leurs portes-feuilles. Toutefois, nous apprécions le changement aux niveaux des ministères de la Défense ; de la Sécurité et de la Santé, qui étaient des secteurs à problème. Pour le moment, nous n’avons pas à les juger. Par ailleurs, on s’attendait à un gouvernement de jeunes, malheureusement cela n’a pas été le cas. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait le PM lui-même est septuagénaire. Contrairement certains, je pense que ce gouvernement n’est pas celui de la réconciliation, toutes les sensibilités politiques n’y sont pas. Dans tous les cas, nous les souhaitons bon vent ».

  • Issouf Diao, gérant de l’hôtel Djamou de Tenkodogo : «Je demande à ce nouveau gouvernement de travailler »

«Nous allons juger ce nouveau gouvernement, chaque ministre individuellement et toute l’équipe collectivement par leurs actes. Nous saurons si les SG qui vont être appelés seront des techniciens dans leurs domaines respectifs pour voir la configuration de l’orientation politique de l’action gouvernementale. Les secteurs de l’entreprenariat et des affaires notamment les hôteliers de notre région attendent beaucoup de ce gouvernement. La souffrance dans ces secteurs s’accentue avec ces multiples taxes qui viennent s’ajouter au niveau des impôts, en plus de l’augmentation de l’assiette fiscale, alors que les activités sont au ralenti. Je demande à ce nouveau gouvernement de travailler à assouplir les conditions en revoyant en baisse les différentes taxes. L’autre difficulté que les opérateurs économiques et le secteur privé dans son ensemble rencontrent avec le gouvernement, est que les opérateurs économiques ont peur des marchés publics de l’Etat, parce que ce dernier traîne beaucoup pour le règlement des factures. Toute chose qui décourage les opérateurs économiques à s’engager ».

  • Maxime Ygo, coordonnateur régional des syndicats de l’éducation
    du Centre-Est : « Le changement n’est pas un évènement »

« Le changement à la tête du gouvernement n’est pas un évènement pour nous syndicats. C’est vrai que le Premier ministre Christophe Marie Joseph Dabiré est nouveau dans le gouvernement, mais il n’est pas nouveau dans le système. Nous pensons que c’est une question de système et nous souhaitons que ce gouvernement prenne à bras le corps la question de l’insécurité qui sévit actuellement dans notre région, ainsi que la question de la cohésion sociale. Je fais allusion aux récents évènements survenus à Yirgou. Nous souhaitons que les points de revendication des syndicats de l’éducation et de la recherche, trouvent une résolution satisfaisante. Nous n’avions pas eus un terrain d’entente sur le statut valorisant avec l’ancien gouvernement Thiéba. Ces discussions vont se poursuivre toujours avec des mots d’ordre. Bon vent à ce nouveau gouvernement et nous espérons que nos attentes et nos préoccupations trouveront une solution adéquate ».

  • Koka Appolianire Dayamba, coordonnateur régional du syndicat national de l’éducation de base (SYNATEB) du Centre-Est : « ce ne sont pas les hommes le problème »

«Pour un gouvernement, tout dépend de celui qui l’a proposé. Au niveau des structures syndicales, nous avons pensé que ce ne sont pas les hommes le problème, mais c’est une question de gouvernance. Nos attentes sont nombreuses car elles vont au-delà de celles des enseignants que nous sommes. Le président du Faso a respecté sa promesse lors de sa campagne de ne pas nommer un militaire dans son gouvernement notamment aux départements en charge de la Défense et de la Sécurité. Il faut revoir la situation et l’améliorer en fonction des besoins au regard de l’insécurité que le pays vit aujourd’hui. Au niveau de l’éducation, la coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) a un protocole d’accord avec le MENA et nos attentes à ce niveau est que le gouvernement puisse se pencher rapidement sur ce protocole d’accord ».

Propos recueillis par Joanny SOW
Bougnan NAON
Hadofini Clotilde BICABA
(Stagiaire)

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