Centre hospitalier universitaire de Bogodogo : Eaux usées, caniveaux à ciel ouvert…, les supplices des riverains

L’eau déversée cause de nombreux désagréments aux riverains.

Le Centre hospitalier universitaire de Bogodogo (CHUB) est l’un des derniers-nés des établissements publics de santé au Burkina Faso. Si son édification est un « ouf » de soulagement pour les populations en matière d’offres de soins de santé, les caniveaux érigés aux alentours du centre pour permettre l’écoulement des eaux usées causent de nombreux désagréments aux riverains. Constat !

Sous une soirée poussiéreuse ce jeudi 22 novembre 2018, nous entrons dans la famille du petit Massaoudou Nikièma au quartier Karpala de Ouagadougou. Dans la concession familiale, située à un jet de pierres du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo (CHUB), le jeune enfant et trois de ses « copains » sont occupés à jouer. Maman Massaoudou assiste à la scène, assise dans un coin de la cour, la main soutenant le menton.

Le garçon, âgé d’à peine 6 ans, est remarquable par les gros points de suture sur son front, qui semblent récents. En réalité, Massaoudou l’a échappé belle. « C’est grâce à Dieu que mon enfant est encore vivant aujourd’hui », déclare sa mère, Aminata Nikièma, non sans pousser un grand soupire. Elle explique en effet, que lors d’une partie de course, le 25 septembre dernier, entre son fils et des camarades, Massaoudou s’est retrouvé au fond du caniveau qui longe la devanture de la cour.

Alertée par les cris de l’enfant, sa mère accourt et le trouve dans le trou, la tête ensanglantée. « Repêché » par les voisins, Massaoudou est vite conduit au centre de santé primaire le plus proche, sis au sein du camp militaire Général- Baba-Sy. Il s’évanouit à l’entrée de l’hôpital. Là-bas, les infirmiers lèvent l’urgence. Le garçonnet revient à lui.

Après les premiers soins, les médecins recommandent aux parents du bambin de faire une radiographie de la tête. Au final, elle livre un résultat qui n’est pas alarmant et, Massaoudou est autorisé à rejoindre le domicile avec une ordonnance à la main. Mais au 3e jour de l’incident, la situation du petit empire : son visage enfle, la plaie s’infecte jusqu’à produire du pus. Retour à « l’hôpital militaire ».

Les agents de santé décident alors de crever l’abcès afin de soigner la plaie. Grosse frayeur! Les points de suture lâchent. L’enfant perd de nouveau connaissance. Les médecins demandent un scanner de la tête. Aussi, ils prescrivent d’autres produits qui permettent à l’enfant de se rétablir.

Une année scolaire perdue

Toutefois, cet accident lui a coûté son année scolaire. En effet, maman Massaoudou explique, avec consternation, que l’argent destiné à sa scolarisation a été utilisé pour payer les frais de l’hôpital. Yasmina Coulibaly, elle, a eu plus de chance. Sa chute dans le caniveau l’a obligée à suspendre les cours momentanément.

Le 20 octobre 2017, une roue de sa bicyclette s’accroche à un bout d’une dalle, déposée en face du portail, précipitant Yasmina au fond du « trou ». Informés par les voisins qui ont assisté impuissants à la scène, ses parents l’amènent à l’hôpital, quand bien même l’enfant ne présentait aucun signe de blessures.

Aucune anomalie n’a été détectée ce jour-là. Une semaine après, sa mère Kadi Coulibaly constate un creux sur le bras droit de sa fille. Intriguée, elle décide, de concert avec le père, de la ramener au centre de santé le plus proche, sis au camp militaire Général- Baba-Sy.

Les agents de santé demandent une radiographie du bras qui révèle une fracture. La petite est donc immédiatement prise en charge, son bras mis sous plâtre. L’élève de la classe de CM2 est obligée de passer plusieurs semaines à la maison, le temps que l’os du bras se ressoude. Ce qui, aux dires de sa génitrice, a porté un coup « fatal » à ses études puisqu’elle a échoué à l’examen du Certificat d’études primaires (CEP) session 2017.

En plus de Yasmina, son frère Mahomed a également causé une peur bleue à ses parents en tombant dans le caniveau. Agé d’à peine trois ans, il a voulu courir derrière les enfants du voisin et s’est retrouvé dans le trou, explique Mme Coulibaly, l’air désespéré. Tout comme Mmes Nikièma et Coulibaly, nombreux sont les parents qui ont vu leurs « bambins » frôler la mort au fond du caniveau.

D’autres par contre, même sans avoir vécu cette expérience « douloureuse », vivent dans la peur constante de voir leurs progénitures, « passer à la casserole » en dépit de toutes les précautions prises pour prévenir de telles éventualités. « Les enfants sont têtus, même quand on leur dit de ne pas s’amuser à côté des caniveaux, ils ne peuvent s’y empêcher, surtout qu’ils sont situés juste devant les cours», déclare Kadi Coulibaly, toute angoissée.

L’inquiétude des géniteurs s’accroît notamment en saison pluvieuse. Durant l’hivernage, la situation devient alarmante. Les eaux des pluies remplissent les caniveaux et débordent. Le danger est qu’une fois dans le caniveau, les enfants courent le risque d’être emportés par les eaux. La solution pour eux, serait donc la fermeture des caniveaux.

« L’odeur peut réveiller un mort »

En outre, la non-fermeture des caniveaux cause d’autres désagréments aux riverains de l’hôpital. A écouter le grand imam du quartier, El Hadj Abderrahmane Sawadogo, les eaux usées du CHUIB qui sont déversées dans les caniveaux créent une «odeur nauséabonde» qui indispose les «voisins» de l’établissement hospitalier.

La puanteur est des plus intenses aux environs de 22 heures, lorsque les agents du service d’hygiène de l’hôpital ouvrent les vannes pour déverser l’eau dans les caniveaux. « Quand ils ouvrent les vannes, même endormi, tu es obligé de te réveiller, tellement l’odeur est terrible. Elle peut même réveiller un mort », ironise-t-il, l’air remonté.

Le pire, selon l’imam Sawadogo, est que les eaux « sales » participent à la prolifération des moustiques. A tout moment, la famille Sawadogo est obligée de faire recours à des anti-moustiques. Au cas contraire, trouver le sommeil devient un luxe.  « Les moustiques nous fatiguent», soutient-il, avant d’ajouter que leurs enfants sont fréquemment malades du paludisme à cause de la présence exagérée des anophèles dans la zone.

Sylvie Kéré est gérante d’un maquis-resto à proximité de l’hôpital. Elle a « purement et simplement » perdu la moitié de ses clients, ne pouvant plus supporter la puanteur des lieux. A cause de la puanteur des caniveaux, tous ceux qui venaient manger dans son restau sont désormais des abonnés absents.

L’odeur les a littéralement fait perdre le goût des plats de dame Kéré. En plus de voir son commerce battre de l’aile, dame Kéré, enceinte de quelques mois, confie que l’odeur agit négativement sur sa santé. Elle souffre régulièrement de vomissements à répétition, et inonde les lieux de crachats. Même avec l’aide d’une serveuse, son rythme de travail et la qualité de ses mets en ont pris un coup.

« L’odeur persiste »

Face à cette situation qui cause des désagréments à plus d’un, les riverains ont tenté de trouver leurs propres solutions. Parmi celles-ci, l’on peut retenir le curage des caniveaux par les jeunes du quartier. « Nous avons essayé de nous organiser pour vider l’eau des caniveaux et y mettre des désinfectants.

Aujourd’hui même (Ndlr : 22 novembre), nous avons vidé les caniveaux, de 22 heures à 4 heures du matin. Nous avons fait plus de dix voyages de taxis-motos avec les eaux sales. En dépit de cela, l’odeur persiste», nous révèle le responsable des jeunes du quartier Alidou Kéré. Les riverains sont à bout de force.

Depuis plus d’une année, ils vident eux-mêmes les fausses septiques béantes, utilisent des substances chimiques pour dissiper les odeurs nauséabondes des eaux usées. « Sans compter les maladies que nous pouvons contracter en le faisant, puisque les eaux proviennent de la morgue de l’hôpital », affirme-t-il. Impuissants, les riverains se décident à rencontrer les premiers responsables de l’hôpital pour trouver une solution au problème.

C’est ainsi qu’ils prennent rendez-vous avec la directrice générale de l’hôpital, Diane Kaboré, qui leur fait comprendre que l’aménagement de la voirie externe de l’hôpital ne relève pas de sa structure, mais plutôt du ministère des Infrastructures et de la mairie de Ouagadougou. Des propos que corrobore Djakaridja Ouattara Héma, coordonnateur du projet de reconstruction et équipement du centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo.

N’ayant pas eu gain de cause auprès des premiers responsables de l’hôpital, les populations décident alors de se tourner vers les autorités municipales de l’arrondissement n°11.

La question débattue à l’Assemblée nationale

Les populations ont, à plusieurs reprises, tenté de manifester.

Le maire Ibrahim Maré est informé du problème. Il s’attelle d’ailleurs à le résoudre. Même si cela n’est pas de son ressort, foi de M. Maré. « Ce n’est pas à la commune de couvrir les caniveaux.

Nous n’avons même pas de budget pour cela», explique-t-il lors de notre rencontre dans la matinée du 27 novembre 2018. Ibrahim Maré fait comprendre qu’il a invité les riverains à prendre leur mal en patience, le temps que l’arrondissement plaide les moyens auprès des autorités compétentes. Il informe que le problème est connu de la mairie qui a déjà entamé des démarches pour le solutionner, mais sans succès pour le moment.

« Dès la fin des travaux de construction et ayant fait partie du comité de suivi des travaux, nous avons suggéré à l’entreprise la fermeture hermétique des caniveaux. Il nous avait été dit que dans l’appel d’offres de la construction de l’hôpital, cela n’était pas prévu et qu’il aurait fallu une rallonge budgétaire pour le faire », a fait savoir le bourgmestre.

Des pourparlers ont été entamés avec l’entreprise en question. Il a été convenu que les travaux d’aménagement de parking qui devaient être réalisés à proximité du Laboratoire national de santé publique (LNSP) soient annulés, et que cet argent soit utilisé pour couvrir les caniveaux.

« A notre grand étonnement, les travaux se sont achevés et depuis lors, les caniveaux sont restés à ciel ouvert », déplore M. Maré. C’est alors que la question a été portée devant la Mairie centrale et le ministère des Infrastructures. Aucune issue n’a été trouvée. Ensuite, la «souffrance» des riverains a été posée sur la table de l’Assemblée nationale.

La commission du Parlement burkinabè, en charge du suivi de la réalisation des infrastructures dans les différentes localités, a été mise devant le fait accompli. Elle a promis, à son tour, d’interpeller qui de droit pour qu’une solution soit trouvée. « Malgré tout, rien n’a été pris comme disposition pour couvrir les caniveaux », souligne Ibrahim Maré, avant d’appeler le ministère en charge des infrastructures et notamment l’agence chargée du contrôle et du suivi de la construction de l’hôpital à réfléchir à une solution.

Le manque de moyens, le nœud du problème ?

Et des initiatives, le directeur général de l’AGETIB, Mathieu Lompo dit en avoir entrepris. Tout d’abord, il informe s’être entretenu avec la DG du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, Diane Kaboré, courant juin 2017 afin de se rassurer de la qualité des eaux déversées.

« A cette occasion, nous avons aussi échangé en vue d’une action de communication à entreprendre pour faire baisser la grogne », fait-il savoir. Selon ses explications, cette dernière a indiqué lors de leur entrevue, que les eaux déversées actuellement dans les caniveaux sont traitées et donc sans risque pour les populations, surtout que des analyses périodiques sont faites.

Elle a également fait comprendre qu’elle n’est pas habilitée à communiquer avec les populations sur ce sujet. M. Lompo soutient que la DG leur a suggéré de se rapprocher du Projet de réinstallation et d’équipement du Centre hospitalier Yalgado-Ouédraogo (PREQ-CHUYO) qui s’est chargé de la construction de l’hôpital pour avoir de plus amples informations.

Chose que le DG de l’AGETIB dit avoir fait au cours du même mois. Les deux parties ont échangé sur le problème et pris deux recommandations principales. La première chargeait le projet de rassurer les populations sur la qualité des eaux déversées. La deuxième, quant à elle, instruisait l’AGETIB de proposer un devis pour la couverture des caniveaux.

Ainsi, à la suite de l’évaluation des travaux par la mission de contrôle, le premier responsable de l’AGETIB dit avoir transmis les devis suivants au PREQ-CHUYO. Le premier devis qui correspond aux travaux de couverture des caniveaux par des dalettes était d’un montant de 48 754 650 FCFA TTC.

Quant au second qui porte sur la construction de caniveaux de la fin actuelle des caniveaux jusqu’à rejoindre l’écoulement naturel qui rentre dans le camp militaire était d’un montant de 71 397 375 FCFA TTC. Le dernier devis correspond à la couverture du reste des caniveaux non couverts le long des voies. Son montant s’élève à 196 870 905 FCFA TTC.

A l’écouter, la couverture et le prolongement des caniveaux de tout le projet correspondait à la somme des trois devis qui est de 317 022 930 FCFA TTC. Pour M. Lompo, ce serait donc le manque de ressources qui explique la persistance de la situation puisque jusqu’à présent, le ministère n’a pas encore donné une suite à la requête à lui adressée. En tous les cas, les populations « en ont marre ». Il est plus qu’urgent pour l’ensemble des acteurs, de se concerter afin de trouver la solution qu’il faut dans les plus brefs délais.

Nadège YAMEOGO


« Si rien n’est fait, nous allons manifester »

Face à la persistance des odeurs et de tous les désagréments causés par les eaux sales des caniveaux, les riverains de l’hôpital de district de Bogodogo ont tenté à plusieurs reprises de manifester leur mécontentement à travers des mouvements d’humeur.

Mais ils ont été dissuadés par les « sages » du quartier. Ces derniers ont été soutenus dans cette lancée par le maire de l’arrondissement n°11 qui, après avoir eu vent de la volonté des riverains de manifester leur mécontentement, les a appelés au calme. Mais jusqu’à quand les riverains tiendront-ils ?

N.Y


Des eaux « traitées » qui puent

Les eaux qui quittent l’intérieur du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo pour se déverser dans les caniveaux construits à l’occasion de l’aménagement de la voirie, lors de la construction de l’établissement, dégagent une odeur nauséabonde qui ne laisse indifférent à quiconque passe ou habite dans les alentours.

Pourtant, selon les premiers responsables du Centre hospitalier universitaire, ces eaux sont traitées au chlore avant d’être déversées dans les caniveaux. Mais comment des eaux traitées peuvent-elles dégager une aussi forte puanteur ? Est-ce les produits chimiques utilisés à cet effet qui créent cette forte puanteur ?

Nous avons tenté d’entrer en contact avec les premiers responsables de l’hôpital pour avoir des réponses à ces questions, mais sans aucune réaction de leur part. En tous les cas, quelle que soit la qualité de l’eau qui est déversée, l’assentiment commun considère comme étant sale toute eau qui vient de h’ôpital.

Certains riverains sont même allés à dire que ce sont les eaux de la morgue. L’une des solutions serait donc de fermer les caniveaux pour mettre fin à la polémique. Alors, l’ensemble des acteurs impliqués sont donc appelés à se concerter afin de trouver une solution rapide à cette situation qui n’a que trop duré !!

N.Y

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