La commémoration coutumière du nouvel an du Kourit Yir Soaba, le Nakobo, s’est tenue du 22 au 24 décembre 2018, à Koupèla, chef-lieu de la province de Kourittenga. Ponctuée par les sorties solennelles de Sa Majesté, cette manifestation annuelle de la tradition moaga, aux couleurs festives, est aussi soutenue par des sacrifices et des rituels.

Le Nakobo (culture du chef), en langue mooré, marque le début du nouvel an dans le territoire coutumier du Kourit Yir Soaba. Cette année, Sa Majesté le Naaba Yemdé de Koupèla (province du Kourittenga) a sacrifié donc à la tradition. Comme à l’accoutumée, les festivités durent 72 heures. En cette matinée du samedi 22 décembre 2018, la cour royale connaît une ambiance particulière.
Animée de personnes de tous âges, une foule de festivaliers occupent toute la cour du palais royal à la faveur de cette 22e édition du Nakobo. Des coups de fusils déchirent par moments le brouhaha de cette célébration traditionnelle. «C’est notre fête du nouvel an. A côté du volet festif et populaire, nous procédons également à des rites et à des sacrifices, notamment pour rendre grâce à Dieu pour l’année écoulée, le bien-être de nos familles et la bonne pluviométrie», explique d’un air solennel, le Naaba Yemdé de Koupèla. Selon le Dag-noën Naaba, la célébration du Nakobo est passée de sept à trois jours. «A cette occasion, le Kourit Yir Soaba convie à sa table, ses koombemba, c’est-à-dire les chefs qui sont sous son autorité, les autorités administratives, les communautés-sœurs et la population», précise-t-il.

Le rituel de la calebassée d’eau fraîche versée au sol par une «pogdton», pour solliciter aux mânes des ancêtres, santé
et joie à Sa Majesté.

La date du Nakobo est, souligne-t-il, communiquée sur la place du marché, sitôt les récoltes terminées, soit 42 jours avant le jour J. “A 21 jours de l’événement, la date est à nouveau rappelée sur la même place du marché. Cette seconde phase est accompagnée toutefois d’un rituel ouvert au public. Le chef des bouchers remet, à cette occasion, du sel, du tabac et de la viande à Sa Majesté. Aussi, le vendredi, à la veille du Nakobo, le conseil des sages procède à l’offrande d’un bouc au pelage choisi, sur l’un des autels de la place”, détaille le Dag-noën naaba. Chaque célébration du Nakobo est marquée par deux sorties solennelles de Sa Majesté, le Kourit Yir Soaba. Ainsi, pendant que le soleil amorce sa chute dans le ciel, en ce premier jour des festivités, des sons des bendré (tam-tam) annoncent la sortie de Sa Majesté et les «youma» (ensemble instrumental composé de béndré, de lounga et de roudga) naturellement accompagnent le cortège royal. Des coups de fusils retentissent pendant que la clameur de l’assistance va grandissante.
Sa Majesté Naaba Yemdé à cheval, tenu par le Dag-noën Naaba et accompagné d’une forte délégation composée des Pog-tanpa (les tantes de la famille royale), des notables, des musiciens, des «Dapobi» (la sécurité de Sa Majesté) gourdin en main ou à l’épaule, pour assurer la sécurité du cortège royal et soutenu par une population, rejoignent l’aire de la course hippique et d’acrobaties exécutées par les cavaliers. “Le cheval fait partie de notre histoire. Cet animal est associé à nos origines. Il joue également un rôle prépondérant dans la noblesse, l’agriculture et les combats”, commente-t-il.

Une ambiance festive

Sa Majesté Naaba Yemdé de Koupèla est à cette occasion, vêtue d’une cape de couleur jaune, et coiffé d’un bonnet tout rouge. Le port de ce bonnet selon, Dag-noën Naaba, donne implicitement droit aux ministres de Sa Majesté de porter leur bonnet.
L’exercice hippique terminé, Sa Majesté regagne le palais, suivi maintenant d’une foule immense. Une fois au palais, Naaba Yemdé accorde des audiences dans son «saman bili», la petite salle d’audience qui est un hangar aménagé à cet effet. C’est l’occasion pour des délégations de présenter à Sa Majesté, leurs vœux. C’est ainsi qu’elles remettent au maître des lieux, des béliers, de la volaille, de la cola en quantité et de l’argent. Petit à petit, le soleil rejoint l’horizon et Sa Majesté se retire.

La fête bat son plein. Dans l’enceinte du palais, une immense foule est tenue en haleine par six troupes de danse de musique traditionnelle. Rivalisant de talents et d’endurance, chacune des troupes mobilise ses partisans. Ces derniers les galvanisent en retour à travers une reprise en chœur de leurs chants. Des applaudissements et des cris de joie fusent de part et d’autre. Les pas de danse, les jets de foulards et d’argent s’entremêlent à un rythme effréné. Entre deux prestations, des artistes et certains spectateurs se rendent à la rue marchande, située à l’entrée-sud du palais, pour une «pause santé». Des vendeurs et vendeuses de brochettes, de frites, de dolo, de «polpogé» (mets fait à base de viscères de ruminant) y tentent d'”appâter” les clients à qui mieux mieux, jusqu’à tard dans la nuit… Dimanche 23 décembre 2018, un vent glacial remplit l’enceinte du palais de Naaba Yemdé, en ce deuxième jour du Nakobo.

Des femmes s’affairent autour de la cuisine, tandis que les artistes-musiciens sont occupés à essayer leurs instruments avant de rejoindre dans une heure ou deux, la scène. A l’extérieur du palais, une foule disparate se prépare à assister à une course cycliste à travers la ville et les amoureux du ballon rond rejoignent le terrain pour un match de football de gala organisé à cet effet. «Nous avons inclus des activités sportives afin de mettre en avant notre jeunesse, et faire en sorte que chacun des filles et fils du Kourittenga et de la région, trouve son compte dans la célébration du Nakobo», justifie le Dag-noën Naaba.

La prestation des troupes de danse est l’une des attractions du Nakobo.

La fraîcheur matinale se dissipant peu à peu, l’ambiance festive de la veille reprend ses droits au sein de la cour royale. Elle atteindra son sommet dans l’après-midi. Il est 15 heures. Compagnons fidèles de Sa Majesté, les «youma» annoncent la sortie de Sa Majesté. «Coiffé toujours avec le bonnet tout rouge, et de la tunique jaune, Sa Majesté procède à sa seconde sortie solennelle. Je le précède en ayant à la main, les attributs de sa royauté, notamment la lance sacrée. Contrairement à sa première sortie, il se rend cette fois-ci, à pied, au samand kaas’ngin, le grand espace d’audience situé au Nord du palais. Il y recevra une bonne partie de ses kombemba, qui sont au nombre de 263», soutient le Dag-noën Naaba.

Contrer l’action des personnes malveillantes

Cette sortie solennelle est ponctuée de rituels. En effet, dès la porte de sortie du palais, une «pogton» (tante de la famille royale), verse une calebasse d’eau sur le sol avant que Sa Majesté y pose le pied. Selon le Dag-noën Naaba, ce rituel est une “prière” envers Dieu et aux mânes des ancêtres, pour demander la santé et la joie pour Sa Majesté. A l’issue de cette première halte, la procession est entamée. Et en plus du Dag-noën Naaba qui ouvre la marche, les pogb-tanpa, les notables et ministres, les youma, les «Dapobi» et les tireurs de fusils composent le cortège. A la porte du palais, un second arrêt est observé. Protégée du soleil par un parasol, Sa Majesté Naaba Yemdé s’accroupit, assiste à un rituel exécuté par le Dag-noën Naaba.

Ce dernier explique que ce cérémonial est une sollicitation pour que les audiences se déroulent dans une parfaite harmonie et que Sa Majesté regagne son palais sans incident. «A une époque lointaine, ce genre de cérémonie était fréquentée par des personnes malveillantes. Leur projet était de saper par tous les moyens, le bon déroulement de la cérémonie. Ce rituel a donc pour but de les contrer», révèle le Dag-noën Naaba.

Dans une atmosphère folklorique, le cortège royal rejoint le samand kans’nga, composé d’un hangar et en face, le grand espace, massivement occupé par les kombemba. Dès l’arrivée du cortège sur les lieux, les «Dapobi» quadrillent les lieux, les pogb-tanpa prennent place sous un hangar et des notables s’installent autour de Sa Majesté. Les regards orientés vers le Nord, Sa Majesté reçoit ses kombemba. Ces derniers font allégeance à Sa Majesté et lui présentent leurs vœux, les mains chargées de béliers, de poulets, de la cola et des numéraires.

La cérémonie d’audience terminée, Sa Majesté regagne le palais pour des audiences privées. Le palais royal est en ébullition en attendant le lendemain, lundi, pour le clap de la fin royale de cette 22e édition du Nakobo. Selon le Dag-noën Naaba, la perpétuation de ce type de célébration contribue au renforcement de l’identité culturelle, gage de cohésion sociale. Le Nakobo est célébré, explique-t-il, avec faste, depuis Sa Majesté, Naaba Zanré (1929-1973), grand-père de Naaba Yemdé, dont le règne a coïncidé avec l’arrivée des pères Blancs. Converti au catholicisme, il a ordonné la réduction des nombreux sacrifices qui avaient habituellement lieu lors de la commémoration du Nabasga. Et ainsi, l’accent fut mis sur le côté festif de cette commémoration du nouvel an, le Nakobo.

Rémi ZOERINGRE

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