Depuis quelques semaines, les élèves des établissements publics du Burkina Faso désertent les classes pour dire non à la suspension des évaluations décrétée par la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) et interpeller les autorités sur la nécessité de satisfaire la plateforme revendicative des enseignants.

En effet, c’est le lundi 3 décembre 2018, que la CNSE a appelé les travailleurs de l’éducation et de la recherche à suspendre toute forme d’évaluation dans les établissements préscolaires, primaires, postprimaires et secondaires. Et pour cause, les syndicats estiment que la mise en œuvre du protocole, signé en janvier 2018, avec le gouvernement est en-deçà de leurs attentes. Pour une couche de la société (élèves) qu’on qualifie à raison ou à tort d’incivique et d’indisciplinée, la sortie de ces scolaires montre à quel point la situation est préoccupante.

Quatre mois après la rentrée dans une année scolaire qui n’en compte que neuf, il faut reconnaître que les écoliers ont bien plus que raison de s’inquiéter, surtout que l’année scolaire écoulée a été escamotée pour être par la suite colmatée. Même si les analyses et interprétations divergent sur ces mouvements d’humeur des élèves (d’autres parlant de manipulations de la CNSE), il faut reconnaître que l’évolution de la situation trouble le sommeil.

Dans les faits, tous les moyens sont bons pour se faire entendre et la Coordination nationale des syndicats de l’éducation, pour ne pas en venir à l’aiguë crise que le milieu éducatif a traversée l’année dernière, a cette fois décidé de « prendre en otage » les évaluations pour contraindre le gouvernement à satisfaire ses revendications. Parents d’élèves eux-aussi ou à tout le moins, des gens qui paient la scolarité de leurs frères, sœurs, neveux … les acteurs de l’éducation diront qu’ils sont arrivés à là, à leur corps défendant.

Certes, la « promesse est une dette qui se réclame à coups de bâton», mais certains secteurs d’activités comme celui de l’éducation sont si stratégiques que des actions d’une certaine nature peuvent avoir des répercussions sur l’avenir de la nation entière. En effet, plusieurs raisons peuvent expliquer la baisse drastique du niveau des élèves, mais les grèves à répétition des élèves et enseignants qui « rognent » sérieusement les volumes horaires des cours y sont à coup sûr pour quelque chose.

Il convient donc que le gouvernement et la CNSE reviennent autour de la table pour accorder les violons. Il est évident que les acquis ne s’obtiennent pas en un seul combat et les syndicats pourraient « prendre » le peu que le gouvernement leur donne, quitte à poursuivre la lutte.

Personne ne serait fier d’être comptable de l’effondrement de la fondation de toute une société et l’avenir de toute une nation ne saurait être sacrifié sur l’autel d’une lutte. Dans le rang des enseignants, d’aucuns estiment que le gouvernement ne respectent pas ses engagements, sans se soucier des multiples priorités auxquelles les dirigeants font face. L’un dans l’autre, les deux parties doivent mettre de l’eau dans leur vin, en faisant des concessions, afin de permettre la reprise des évaluations dans les établissements. L’éducation est l’avenir de toute nation. Celui du Burkina Faso est en danger et c’est peu de le dire. En tous les cas, le pays appartient à tous, et refuser de voir le danger en face venir serait une fuite de responsabilité. Il sied alors qu’une solution soit trouvée au plus vite à cette crise qui n’a que trop duré.Jean-Marie TOE

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