Le coton burkinabè traverse une période de crise. Des producteurs ont animé une conférence de presse, le 26 janvier 2019 à Bobo-Dioulasso, pour plaider le retour du coton bio-transgénique « bt » dans les champs. Dans cet entretien réalisé le lendemain de la conférence, l’ex-président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPC-B), François Traoré revient sur leur plaidoyer et la crise qui secoue le secteur.

Sidwaya (S.) : Vous faites partie d’une coalition de producteurs, avec des scientifiques qui réclament le retour de la culture du coton « bt ». Quelles sont vos motivations ?

François Traoré (F.T.) : Le coton « bt » nous avait épargné au moins quatre traitements sur les six prévus. On dit six lorsqu’il n’y a pas de pressions, mais le coton « bt » nous épargne des quatre traitements et ce temps libre on l’utilise autrement. L’autre élément important est que le cotonnier « bt » contient une matière que les chenilles n’aiment pas. Aussi, le monde évolue avec la technologie, et il faut faire avec cette réalité.

Nos parents se déplaçaient avec des ânes et à un moment donné il y a eu le vélo, la moto et le véhicule et ainsi de suite. On n’a pas le choix dans la modernisation des choses, et nous ne voudrions pas être en retard.. La culture du coton « bt », nous facilitait la tâche. Donc tu agrandis les surfaces quand il y a moins de traitements. C’est dans ce sens que nous sommes engagés

S. : Les deux dernières années la filière coton surtout dans la zone SOFITEX connait des crises de boycotts dans la localité de N’dorola, des dénonciations. Qu’est ce qui explique cette crise ?

F. T. : Mais la philosophie que nous avons eue à l’époque pour relancer de la filière coton, cette philosophie n’est plus là. Vous savez, c’est plusieurs millions de producteurs alors il y a une manière de les satisfaire. Si on les avait habitués à un partenariat entre eux et des sociétés cotonnières où il avait du dialogue alors si vous arrivez à faire de telle sorte que ce soit de la monotonie et que les paysans ne sont pas satisfaits du partenariat. On cultive le coton pour chercher de l’argent.

C’est avec gaité de cœur que le paysan le fait. Sinon le travail est pénible. Malgré cette pénibilité s’il y a une bonne collaboration une bonne entente et que le paysan sait qu’il va gagner, il va le faire. Les deux dernières années et cette campagne en cours, le paysan prend des intrants, des pesticides et puis l’engrais pour produire le coton. Après la vente, s’il n’arrive même pas à payer ses crédits à plus forte raison acheter une moto pour un membre de sa famille ou payer les études de ses enfants, il va de soi qu’il arrête. Je connais un monsieur qui faisait près de 40 tonnes. Mais l’an passé la vente de son coton n’a pas suffit pour payer son crédit. Il était obligé de chercher encore un million pour éponger sa dette.

C’est une famille ou les bras valides valent une vingtaine. Je ne suis pas certain que cette année, il va exploiter de grandes superficies. Un Groupement des producteurs de coton (GPC) exploitait plus de 100 hectares, mais il n’a exploité que huit hectares cette année. A leur place, vous ferez la même chose, vous prenez du crédit, vous peinez dans le champ et vous travaillez avec beaucoup de gens dans le champ, vous voulez de l’argent et le coton n’arrive pas à payer le crédit. Le véritable souci c’est la rentabilité. Cette année par exemple, les populations qui font frontière avec N’dorola, c’est celles de Banfora. Ils y a des gens qui m’appellent entant qu’ancien président de l’UNPC-B, pour dire que les populations du Kénédougou qui n’ont pas le coton valent mieux.

Car, l’an passé nous avons produit mais nous sommes restés redevable en devers la société cotonnière. Cette année on a encore fait et on reste redevable ça veut dire que nous sommes en train de cumuler des dettes que nos enfants vont un jour payer. Voilà autant de raisons. Si les paysans n’obtiennent pas ce qu’ils veulent mais ils ne sont pas con. Même si le chef de famille est un con, ceux qui sont derrière lui qui veulent travailler et avoir quelque chose ne vont pas accepter. Quand nous sommes passés du 11e au 1re producteur de coton, ce n’est pas un fouet qui a permis d’atteindre ce résultat. C’est leur satisfaction qui peut les faire continuer à faire du coton. Il n’y a de marchandage à faire. Il faut satisfaire les producteurs. Son engagement à ce moment ne se négocie pas.

S. : Une agence a décidé unilatéralement de suspendre la culture du coton « bt » en 2016, ceux qui plaident, aujourd’hui, pour son retour sont-ils en concertation avec cette agence et les sociétés cotonnières ?

F. T. : Vous avez dit plaider, nous c’est notre manière de parler de dire que vous avez eu vos raisons d’arrêter le coton « bt ». Mais, nous avons notre raison de le réclamer. Nous sommes des citoyens devons-nous taire ? Nous voulons quelque chose pour travailler. On ne dit pas à l’Etat de nous donner de l’argent comme cadeau. Nous avons trouvé un outil de travail qui existe dans le monde et on veut l’utiliser. Le coton ce n’est pas nous qui devons l’acheter. Nous voulons la technologie, c’est de faire de telle sorte que la technologie nous satisfasse et que sa satisfasse la société et que tout le monde gagne. Et nous ne le faisons pas contre quelqu’un.

S. : Est ce que vous connaissez un peu les raisons pour lesquelles l’agence a évoqué pour suspendre le coton «bt » ?

F. T. : Ecoutez les sociétés à l’époque on dit que la fibre était courte et nous n’étions pas témoin de ça. Mais en écoutant les scientifiques, c’est quelque chose qu’on pouvait corriger parce que la science évolue. Vous savez même dans le coton conventionnel la société à des sérieux problèmes de semences. C’est l’innovation qui nous permettra de travailler librement d’avoir des avantages qui font profiter à la nation entière ainsi qu’aux différents acteurs de la société.

La meilleure façon de manipuler assez de gens, c’est la satisfaction des besoins de maximum de personnes. D’ici deux ans maximum si les gens ne sont satisfaits le coton connaitra un déclin. A cet titre, j’ai honte qu’aujourd’hui le Burkina Faso perd sa 1re place. En perdant cette place, ce n’est pas le paysan qui a refusé de travailler. Non ! C’est pour cela que nous pensons que c’est le moment que nous attirons l’attention des décideurs pour qu’ils aient une solution qui permette aux agriculteurs d’aller dans les champs et de produire le coton.

Nous sommes mêmes en train de créer des usines de création de transformation, le Faso danfani est devenu la mode au Burkina Faso. Chose qui est normal. Pendant que nous sommes entrain d’installer des usines de transformation est-ce le moment de perdre notre place de premier producteur de coton ? Or pourtant la solution existe. Nous les producteurs ne somment pas content de perdre le premier rang et nous voulons que les autorités le sachent. Nous pensons qu’avec le coton « bt », nous pouvons occuper à nouveau notre rang. C’est depuis 1979 que j’ai commencé à cultiver le coton. Le rendement dans mes champs cette année a été très mauvais. Je n’ai jamais eu un mauvais rendement, en près de 40 ans de culture de coton.

S. : Après la conférence de presse sur le retour du coton « bt » si toutefois votre appel n’a pas été entendu avez-vous d’autres possibilités de dénoncer la culture du coton ?

F. T. : Je serai étonné que quelqu’un me dise qu’il y a une usine qui a tourné 24 heures/24 cette année. Ça tourne 5h, 6h et coton fini. La main d’œuvre qui est là-bas chôme est ce que c’est ce que nous voulons. Je pense que comme vous et moi, nous n’avons pas le choix. Si nous sommes des vrais intègres nous ne devons pas être contents d’avoir perdu notre première place. Les commerçants sont en train de se plaindre parce qu’il n’y’a d’achats. Si on ne gagne pas de l’argent eux également vont le sentir. Donc c’est l’économie du pays qui souffre. Quelque chose qui permet à la population qu’on qualifie d’analphabète de travailler pour se nourrir devrait préoccuper tout le monde. Notre préoccupation est de travailler, cultiver notre coton et avoir de l’argent. C’est également la préoccupation du gouvernement.

S. : Vous avez de l’expérience dans la production, plus précisément le coton, croyez-vous en l’avenir du coton au Burkina Faso ?

F. T. : Je crois en l’avenir du coton. La crise concernait au début les producteurs. Mais aujourd’hui elle touche les commerçants, les transporteurs. Je pense qu’on peut trouver la solution et on doit trouver la solution. Je crois en l’avenir du coton parce que ce n’est qu’une crise que le Burkinabè peut surmonter. A cet effet, je compte sur le Burkinabè, sur sa capacité de surmonter cette crise parce que les paysans sur le terrain même en étant plus président chaque fois qu’il y a un souci les paysans m’appellent. J termine en disant qu’on nous comprenne en nous aidant à trouver une solution pour le coton afin qu’il reprenne la première place.

Entretien réalisé par
Frédéric OUEDRAOGO

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