Le tribunal militaire a, dans le cadre du procès du putsch de 2015, auditionné les témoins Eddie Komboïgo, président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et le lieutenant-colonel, Kanou Coulibaly, chef de corps du Groupement mobile de la gendarmerie nationale au moment des faits.

Pour la 2e fois, le président de l’ancien parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Eddie Komboïgo, a comparu en tant que témoin, à la barre du tribunal militaire, le mercredi 6 février 2019. Le président dudit tribunal et le parquet militaire se sont intéressés à l’origine des 15 millions de francs CFA que M. Komboïgo a débloqué le 16 septembre 2015 pour la campagne électorale, mais dont 75% soit 10 millions de francs CFA ont été finalement servis dans la sécurisation des domiciles des militants du CDP.

« Il ne m’appartient pas de révéler la source de financement de mon parti devant un tribunal. Je ne le ferai pas. Je suis ferme là-dessus », a-t-il martelé. Le président de la juridiction a expressément demandé au greffier de noter ce refus dans le plumitif. Pour sa part, le ministère public a expliqué que si ce financement est sain, il n’y a pas de difficulté ni de honte à en parler. Il a, du reste, menacé Eddie Komboïgo de poursuite pour omission de témoigner.

Au sujet de la déclaration de soutien au putsch de la part du Front républicain et de celle, plus tard, de condamnation par le CDP, le témoin a laissé entendre à Me Awa Sawadogo de la partie civile qu’elle venait de l’informer qu’il y a eu une déclaration cosignée par le CDP. « En ma qualité de président du parti, je n’ai donné de mandat à personne de le faire », a signifié M. Komboïgo. « Puis-je conclure que la déclaration ne vaut que pour ses signataires ? » a repris Me Sawadogo. « Loisible à vous.

Vous êtes avocate », a répondu le leader politique. Invité à réagir à la déposition de son camarade politique, l’accusé Léonce Koné a dit avoir été marqué par la démarcation du CDP des initiatives prises en son absence. « C’est bien le CDP qui, à travers les 1e et 2e vice-présidents, a été à la rencontre avec les présidents sénégalais Macky Sall et béninois Thomas Yayi Boni alors mandatés par la CEDEAO. C’est bien lui qui a mobilisé ses militants à l’Hôtel Laïco pour soutenir l’inclusion », a soutenu M. Koné.

A la fin de son audition, le président du CDP a confié être touché par la vérité que le tribunal recherche. « Il appartient au parquet de trouver les coupables, pas d’en fabriquer… J’ai accepté de me sacrifier pour que la vérité soit dite. M. le président, faites en sorte que les victimes ou les accusés, au sortir du procès, aient en tête que le droit a été dit même si ce n’est pas dans leur sens », a-t-il suggéré. Il a été autorisé à se retirer momentanément du procès, mais défense lui a été faite de conférer sur les faits du putsch, même lors des réunions politiques où il rencontrerait d’autres témoins ou des accusés.

« Nous n’étions pas d’accord »

Le deuxième témoin entendu, hier 6 février, est le lieutenant-colonel, Kanou Coulabaly, 53 ans, domicilié à Ouagadougou. Il a relaté que le 16 septembre 2015 vers 14heures, le commandant de la troisième région de gendarmerie, le colonel Serge Alain Ouédraogo l’a informé de ce que le Conseil des ministres avait été pris en otage par des éléments de l’ex-RSP. A son tour, il aurait porté l’information à ses collaborateurs et le plan de défense de leur caserne à Paspanga a été activé.

Lui et ses collègues passeront une nuit blanche audit camp, tout autour duquel ça a tiré toute la nuit. « Les éléments en faction m’ont dit que ce les soldats de l’ex-RSP. Ils étaient reconnaissable par la tenue », a-t-il affirmé. Le 17 septembre matin, les pandores ont aussi suivi la déclaration du CND à la télévision. « Après cela, il m’est revenu que la gendarmerie ne soutient pas le RSP. En son temps, notre hiérarchie avait dit que nous n’avions pas de matériel de maintien d’ordre », a révélé le chef de corps du Groupement mobile de la gendarmerie au moment des faits.

Et d’ajouter que le 18 septembre, il a, sur instruction de son supérieur, ordonné à des éléments d’aller chercher près 700 grenades lacrymogènes avec le commandant Abdoul Aziz Korogo de l’ex-RSP. « Pour que nous sortions, il fallait que chaque corps, gendarmerie et police, respecte sa zone d’intervention, respectivement Nord et Sud, et que nous ne rencontrions pas d’éléments du RSP.

Entre les 18 et 19 septembre, nous avons fait trois patrouilles, la première autour du camp Paspanga, la seconde vers Tanghin et la dernière vers Kamboincé pour sensibiliser la population à ne pas s’exposer aux éléments armés du RSP et pour se renseigner sur son état d’esprit », a affirmé le témoin.

Il a précisé au parquet qu’au cours de ces patrouilles, il n’y a pas eu d’usage d’armes ni de gaz lacrymogène. La situation, d’après M. Coulibaly, serait restée ainsi jusqu’à ce que des provinces, des troupes fassent mouvement vers Ouagadougou. Quand l’ex-RSP a accepté de déposer les armes, son corps a aidé à l’évacuation du camp Naba Koom II, à l’interpellation des accusés et à la perquisition de leurs domiciles. Les débats ont surtout porté l’utilisation ou non du matériel de maintien d’ordre que la gendarmerie a demandé et récupéré.

Le colonel Coulibaly a indiqué que son corps n’a pas utilisé le matériel reçu. Il a expliqué dans un premier temps, que ce matériel était insuffisant pour assurer l’ordre dans la durée. « Initialement, nous n’étions pas d’accord pour effectuer des patrouilles. Nous n’avions pas voulu poser des actes contre les populations », a déclaré le témoin. Pour lui, il s’agissait d’une stratégie pour dire non au coup d’Etat en cours. Mais, cette position mettait mal à l’aise ses supérieurs hiérarchiques immédiats qui ont menacé de considérer cet acte comme une « rébellion ».

Pour la défense, les gendarmes sont comptables des faits au même titre que les soldats de l’ex-RSP qui ont patrouillé le 16 septembre 2015 et jours suivants et qui se retrouvent dans le box des accusés. « La gendarmerie était sur le terrain, en tenue terre Burkina, comme le RSP. Elle a même tiré sur le véhicule du général », a argué Me Latif Dabo. Pour Me Dieudonné Willi, la simple demande de matériel est un soutien au coup d’Etat. Selon le Général Gilbert Diendéré, Kanou Coulibaly n’a fait qu’exécuter des instructions de sa hiérarchie.

Il a dit être aussi convaincu que la gendarmerie n’a pas demandé le matériel de maintien d’ordre « pour l’admirer, le stocker et orner ses murs ». Si d’aventure, ce matériel n’a pas utilisé comme l’a affirmé le colonel, Diendéré suggère au parquet militaire de le présenter comme pièce à conviction. Pour lui, la thèse de la « stratégie » ne tient pas la route. « Je la refuse… je la combats. Quand on n’est pas d’accord, on le dit clairement, à ses risques et périls », a commenté le général.

Jean Philibert SOM
Djakaridia SIRIBIE


« Objection M. le président »

Quand le ministère public l’assaillait de questions relatives à une réunion du CDP qu’il aurait présidé dans l’après-midi du 16 septembre sur le putsch alors advenant, Eddie Komboïgo a confié que l’accusation lui fait subir « un digne procès » alors qu’il a été « blanchi ». Réaction d’un parquetier : « C’est le même parquet qui a requis un non-lieu pour vous ». « Objection M. le président. C’est plutôt le juge d’instruction. », a sursauté le témoin qui, tout au long de l’audience affichera une certaine sérénité, voulant parfois prendre la parole contre la volonté du tribunal, gesticulant comme en maître des lieux et tenant à fixer tout intervenant qui s’adressait à lui. Mais le président, Seydou Ouédraogo, a toujours requis qu’il se tienne face à la juridiction et non de profil.

J.P.S.


Le parquet, avocat de la hiérarchie militaire ?

Les avocats de la défense ont accusé le parquet militaire de tenter de défendre la hiérarchie militaire. Ils ont voulu pour preuve les questions du procureur tendant à orienter les réponses des témoins. « On n’a pas à diriger les déclarations d’un témoin », s’est offusqué Me Latif Dabo. Mais, Alioune Zanré s’est voulu clair : « Nous ne représentons pas la hiérarchie militaire. Elle a été citée, elle viendra ». Néanmoins, si la défense veut l’accuser de suborner les témoins, alors qu’elle soit précise dans sa démarche, a ajouté le parquet.

D. S.

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