Dans sa dernière étude sur le terrorisme, l’institut Free Afrik a relevé que le Burkina Faso a enregistré 60 attaques en 2016, 110 en 2017 et plus de 130 attaques en 2018. Les pertes particulièrement lourdes en vies humaines, rien que pour les huit premiers mois de 2018, s’élevaient à 69 victimes. Cette comptabilité macabre qui a cours depuis janvier 2016 et les nombreux morts civils et militaires burkinabè enregistrés, dans la guerre atroce et sans visage que nous imposent les  terroristes avaient fini par saper le moral de la troupe et pire, créer la psychose au sein de la population qui avait de moins en moins confiance en nos Forces de défense et de sécurité (FDS).

Au point que certains en étaient arrivés à demander la démission  d’un régime pourtant légalement élu il y a trois ans. Beaucoup ont-ils déjà oublié que l’insurrection ainsi que les péripéties qui l’ont caractérisée avaient contribué à “décapiter ” le système de renseignements burkinabè et à opérer une césure entre frères d’armes ? Toute chose qui hypothèque le combat contre le terrorisme.  Les récents changements opérés au niveau des ministères en charge de la défense et de la Sécurité, au sein du commandement des forces armées nationales, vont certainement changer la donne. Ce, avec une nouvelle stratégie militaire mise en place par le nouveau patron des forces armées nationales.  Pour ceux qui l’auraient oublié, Chériff Sy est un progressiste qui s’est “nourri” tout le long de sa vie militante, des thèses militaires maoïstes et du général Giap principalement. L’ancien président du parlement de Transition, figure marquante de la résistance victorieuse au coup d’Etat du 16 septembre 2015, sait mieux que quiconque qu’actuellement, le pouvoir se trouve au bout du fusil, et que la meilleure défense, c’est l’attaque.

C’est vrai que la stratégie nouvelle peut entraîner des dégâts collatéraux, mais elle a l’avantage d’équilibrer la terreur. Et surtout d’envoyer un signal fort aux terroristes qui pourraient réfléchir par deux fois avant d’entreprendre l’aller simple vers les cibles en territoire burkinabè, mais aussi aux populations qui ne savaient pas à quelle armée se vouer. Dorénavant, ce sera œil pour œil, dent pour dent et les “collabos” de tous bords devront se le tenir pour dit.  La lutte sera âpre et longue mais la victoire est certaine avec cette ferme résolution. Dans son message à la Nation, le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, n’avait-il pas indiqué : «Cela nous impose un engagement collectif sans faille et des sacrifices à consentir à tous les niveaux pour notre devenir commun» ?

Un devenir commun, faut-il le rappeler, récemment mis à rude épreuve à la suite de regrettables affrontements à caractère communautaire attisés par des attaques devenues quasi-quotidiennes. Un réarmement moral des Burkinabè s’impose. En effet, toute cohésion collective exige des représentations, des références, un « imaginaire commun » et des valeurs de pacifisme, de tolérance et de patriotisme qui sont des constructions de tous les jours. Et comme les balises de la réconciliation sont posées progressivement, nul doute que le Faso sortira de ce guêpier pour poursuivre sa marche radieuse vers le progrès.

Par Mahamadi TIEGNA
mahamaditiegna@yahoo.fr

2 Commentaires

  1. Un réarmement moral s’impose, voilà qui est très bien dit.
    Et c’est là que la presse devrait davantage jouer son va tout professionnel. Bravo à l’éditorialiste!

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