Définies comme étant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins réalisée pour des raisons non médicales, les Mutilations génitales féminines (MGF) constituent une violation des droits, de la santé et de l’intégrité des femmes et des filles. Des inégalités
et de la pure discrimination qui gâchent la vie de millions de femmes. Au Burkina Faso, la pratique a la peau dure, malgré la foultitude de programmes.

Révoltant ! C’est ce que l’on peut dire de l’excision. Une pratique qui résiste au temps, en dépit de toutes les campagnes et programmes visant à l’éliminer. En dépit de tous ces microprogrammes réalisés par des médias de proximité et de masse surtout, pour sensibiliser les populations, le phénomène persiste. Pourquoi, ces mêmes populations qui vivent parfois dans une extrême pauvreté peuvent-elles continuer à exciser leurs enfants au mépris de la loi (025/2018), au mépris des preuves médicales de la dangerosité de l’excision et ses nombreuses conséquences ?

La loi a d’ailleurs été durcie dans le nouveau Code pénal, fixant les peines d’emprisonnement d’un an à 10 ans et des amendes allant de 500 000 F CFA à 3 000 000 F CFA. Il faut insister que les MGF constituent un risque pour la santé reproductive dont les conséquences à court et à long terme sur la vie des femmes et des filles sont dévastatrices. Ces conséquences revêtent la forme de douleur, de choc, d’infections et de complications durant l’accouchement (tant pour la mère que pour l’enfant), de problèmes gynécologiques à long terme (par exemple, la fistule), de conséquences psychologiques et de décès au pire des cas.

Le comble est que dans de nombreuses cultures, les mutilations génitales sont considérées comme une condition préalable au mariage et aussi perçues comme un moyen efficace de contrôler la sexualité des femmes et des filles.
Que d’injustices ! Que de justificatifs fallacieux avancés pour continuer allègrement à exciser ces pauvres filles qui ne demandent qu’à vivre et jouir pleinement de leur féminité.

C’est vrai qu’un processus de changement de comportement prend naturellement du temps à s’opérer mais, l’excision semble ancrée dans les habitudes ‘’culturelles’’.
Selon le rapport-pays de Social institutions and gender index (SIGI), malgré son interdiction, l’excision reste largement répandue au Burkina Faso. Et même à ce niveau, il y a des dissemblances entre les régions. Il ressort de l’enquête, que deux tiers des femmes ont été victimes de MGF au Burkina Faso soit 63%.

Dans ce lot, plus de ¾ sont dans les régions du Centre-Est (75%), du Nord (76%), du Plateau central (77%) et du Sahel (83%). La pratique semble moins commune dans les régions du Centre-Ouest soit 25% et 36% au Centre. Le rapport souligne également que l’excision est plus fréquente dans les milieux ruraux (68%) que dans les milieux urbains (48%), et parmi les femmes qui ne sont jamais allées à l’école (70%) que celles qui ont fréquenté l’université (28%).

L’appel du président

C’est donc dire que pour lutter contre cette pratique, l’on doit aussi mettre l’accent sur l’éducation des filles. Parce que si les filles connaissent leurs droits, elles peuvent mieux se défendre et dénoncer cette pratique atroce. L’urgence de la situation a d’ailleurs une fois de plus interpellé les chefs d’Etats réunis à Addis-Abeba en Ethiopie à l’occasion du 32e sommet de l’Union africaine(UA). Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a plaidé pour plus d’investissements dans la lutte.

« Au moins 200 millions de femmes et de jeunes filles ont déjà été victimes de mutilations génitales. Si rien n’est fait, pour accélérer son éradication, ce sont, d’ici à 2030, plus de 50 millions de femmes et de jeunes filles de plus qui viendront rallonger la liste, déjà trop longue, des victimes », s’est inquiété le président du Faso.

Pour lui, même si le monde et l’Afrique ont commencé à agir pour assurer l’élimination des MGF, il faut en accélérer la cadence. « En ma qualité de champion de l’UA pour l’élimination de cette pratique, je m’engage à travailler en synergie avec mes collègues, en vue de l’abandon total de cette pratique néfaste sur notre continent», a-t-il déclaré. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) a pour sa part évoqué un certain nombre de défis pour vaincre l’excision.

Ces défis sont la faible implication des agents de santé et l’implication embryonnaire du secteur de l’éducation, la marginalisation des personnes qui dénoncent les exciseuses si elles sont identifiées, les interventions de personnes influentes dans les procédures d’enquête sur l’excision (généralement, des leaders politiques dans le but de répondre aux sollicitations de leurs électeurs).

Outre ces aspects, l’UNICEF pense que la question des pratiques transfrontalières, c’est-à-dire le fait que le Burkina Faso soit entouré de plusieurs pays où la pratique de l’excision existe et la pression de la loi est faible (Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, et Niger) voir inexistante (Mali). Cela incite certains parents à franchir les frontières pour faire exciser leurs filles.

Gaspard BAYALA
gaspardbayala87@gmail.com

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