Depuis que le mois de février a pointé le nez, les cœurs se sont mis à battre qui pour l’amour vrai sans fioriture, qui pour l’amour-vautour teinté de superflu. Depuis le premier février, certains ont commencé à préparer leur cœur à battre en chœur avec leur âme sœur ; d’autres ont commencé à préparer leur poche ou sacoche à recevoir plus qu’à donner. Quand on aime vraiment, on donne sans compter, sans forcément attendre de l’autre la pièce de monnaie de l’attention gratuite. Quand on aime sérieusement, on n’a même pas besoin d’une fleur pour s’exprimer.

Parce que l’amour est d’abord un élan, une force invisible dont l’empreinte se lit dans les pensées positives et les actes salutaires. L’amour, c’est aussi l’expression de sensations intimes partagées avec conviction au-delà des miasmes des fantasmes, des intérêts égoïstes. L’amour, le plus grand, sait aimer l’autre dans le meilleur et le pire ; surtout dans le pire ! Malheureusement, on s’aime pour les yeux revolver du hibou qui tire à bout portant ; on s’aime pour la poitrine du bombardier qui joue la vitrine ; on s’aime juste pour la carrosserie de rêve au fuselage de sirène ou pour le relief pittoresque du mastodonte en rotation ; on s’aime pour le turbopropulseur qui défie le plafond du septième ciel pour retomber dans de beaux draps ; on s’aime pour les hallucinations de la chair, entre voltiges et vertiges.

L’amour est devenu si bancal et si banal qu’on le jetterait aux chacals. L’amour est devenu si vénal que dire « je t’aime » a perdu de sa charge émotionnelle et passionnelle. Dire « je t’aime » est devenu un navet, un slogan de conquête lâché à volonté pour valider des qualités déméritées. Dire « je t’aime » aujourd’hui est devenu la ritournelle qui endort la cervelle de la pucelle. Il ne suffit pas de le dire ; il faut le prouver chaque jour et s’évertuer à le dire tour à tour et toujours malgré les détours. S’il suffisait de dire « je t’aime », pour mériter des chrysanthèmes, il y a longtemps que nos cœurs déborderaient de fleurs. Mais il n’y a pas que l’amour qui fait le bonheur des cœurs ; il y a surtout l’engagement qui lie et relie, le serment qui fermente et cimente les sentiments. Voilà pourquoi quand je les entends roucouler avant de se balancer des « je t’aime », je cours vite les attendre à la mairie, à l’église ou à la mosquée, pire à la justice ou chez le notaire.

A chaque fois que je les surprends ricaner sur fond d’extase, je regarde leur ventre plein et leur bas ventre en sueur. Les premiers cent jours du mandat sont toujours plein de fascination et de rêves. Le vrai grand amour survit aux temps et se donne le temps et du temps pour cuver le printemps. Voilà pourquoi, même à soixante-neuf ans, ils se tiennent, se retiennent et se soutiennent quoiqu’il advienne, comme un 69. Parfois en mode 69, ils osent gravir le ciel en état d’overdose, parce qu’ils connaissent le principe du yin et du yang. Mais bref, on ne peut vraiment aimer en étant ignorant ! Et l’ignorance n’est pas liée à un diplôme. On peut être un doctorant et rester un mauvais amant ; on peut être un professeur et trainer des lacunes dignes d’un amateur ; on peut même être président sans être un bon perdant au foyer. Alors, arrêtez de nous rabâcher les oreilles avec votre Saint Valentin de baratin qui ramène l’amour au rang de butin. Laissez-nous respirer, parce qu’il ne suffit pas de l’embrasser jusqu’à étouffement pour atteindre le firmament. Jetez votre cœur aux loups plutôt que de l’offrir sur un plateau d’or sur les braises du barbecue de cucul sur fond de cuicuis. Après Saint Valentin, certains resteront sur leur faim, dans un pétrin sans fin ; d’autres se rendront compte que le troubadour aux caresses glamours n’était qu’un féru de palmarès.

Après Saint Valentin, on se rend compte que la tigresse aux allures de déesse n’était qu’une diablesse armée de flèche. Si vous aimer vraiment cette fille ou cette femme ; si vous tenez vraiment à ce garçon ou à cet homme, faites de Saint Valentin un jour sain et marquez-le à dessein du seing de la vérité et non du sein de la lubricité. Si vous n’aimez pas cette fille ou cette femme, si vous n’aimez pas ce garçon ou cet homme, alors s’il vous plaît, ne forcez pas ; divorcez avant même d’amorcer ; désamorcer la bombe artisanale de l’amour terroriste et sauver un cœur, une vie. Parce qu’il vaut mieux s’aimer que d’aimer sans être aimé.

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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