Créé en 2014, le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a cinq ans. A l’occasion, le président par intérim du parti, Simon Compaoré, a accordé un entretien à Sidwaya. Les défis du parti, le nouveau gouvernement, la lutte contre le terrorisme, la présidentielle de 2020, sont entre autres sujets abordés.

Sidwaya (S.) : Cela fait cinq ans que le MPP existe. Qu’est-ce qui a prévalu à ce que d’aucuns avaient appelé un schisme au sein de l’ex-parti au pouvoir ?

Simon Compaoré (S. C.) : Pendant le long règne de Blaise Compaoré, beaucoup de progrès ont été enregistrés mais certaines pratiques commençaient à ternir l’image du régime. Ce n’est pas pour rien que des gens l’accusaient de patrimonialisation du pouvoir ou de gestion clanique. Nous avons donc estimé que la modification de l’article 37 de la Constitution envisagée par notre ancien parti en vue de permettre au président Compaoré de se maintenir au pouvoir était inacceptable. D’où notre démission avec 75 autres camarades membres du Bureau politique national à l’époque.

S. : Comment appréciez-vous le chemin parcouru par votre parti, qui a accédé au pouvoir un an après sa création ?

S. C. : Ce fut un exploit, parce que de mémoire de politicien, c’est la première fois qu’un parti créé à la veille d’une élection, accède au pouvoir dans notre pays. Après sa création, le parti s’est vite implanté sur le territoire national, ce qui lui a permis de prendre part à deux scrutins majeurs, les législatives et la présidentielle, avec à la clé une victoire éclatante. Cela peut s’expliquer aussi par le fait que le MPP créé dans les conditions que vous connaissez, regorgeait de camarades pétris d’expériences, pleins de convictions et très déterminés. Ceux qui ont déboité du CDP avaient une vision commune et savaient quel chemin emprunter lorsqu’ils quitteront le navire. En plus de cela, la rage de vaincre et la détermination qui les habitaient ont été des ingrédients de la victoire du parti.

S. : Quels sont les points d’insatisfactions liés à votre gestion du pouvoir ?

S. C. : Dans toute œuvre humaine, il y a toujours une part d’imperfection, et dans son cheminement, le MPP a connu des points forts mais aussi des faiblesses. Sur le plan de la structuration, nous avions constaté certaines insuffisances qui ont été vite corrigées lors du deuxième congrès en avril 2017. Avec l’élargissement de nos rangs et des militants qui étaient à leurs premiers pas dans la politique, il a fallu revoir les choses pour imposer une discipline interne. Parce que d’aucuns ne savaient pas que dans un parti, le militant a des droits mais aussi des devoirs.

Bref, nous avons fait en sorte que ceux qui nous rejoignent se conforment à nos règles.

S. : Le Burkina Faso vient d’avoir un nouveau gouvernement dirigé par Christophe Joseph Marie Dabiré. Qu’attendez-vous de cette équipe ?

S. C. : Les attentes sont très fortes et le temps de plus en plus court, puisqu’il nous reste 20 mois. La nouvelle équipe gouvernementale doit d’abord travailler à renforcer les acquis engrangés tels que la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de zéro à cinq ans, la réalisation d’infrastructures éducatives pour remplacer les écoles sous paillottes, pour ne citer que ces deux exemples. La deuxième étape de l’action gouvernementale devait permettre à certains projets phares du président du Faso qui piétinent, de connaître un début d’exécution avant l’échéance 2020.

S. : Christophe Dabiré est-il un «bon cheval» selon vous ?

S. C. : Si le choix s’est porté sur sa personne, c’est parce que des critères objectifs ont prévalu à sa désignation pour diriger le gouvernement. Contrairement à ce que certains disent, Christophe Dabiré est un camarade, bien connu du milieu politique, qui a travaillé dans des gouvernements antérieurs. Son épouse fait également partie des militants qui ont rejoint le MPP aux premières heures. Elle est aujourd’hui membre du Haut conseil du parti. J’ai foi qu’il pourra conduire la mission à lui confiée par le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré.

S. : Vous ne faites pas partie de la nouvelle équipe gouvernementale. Pourquoi ?

S. C. : Personne n’est né avec le poste de ministre sur son front. Le gouvernement est un grand théâtre où des acteurs viennent chacun à son tour, jouer une partie de la pièce et se retirer. Celui qui pense qu’une fois nommé ministre, c’est ad vita æternam, s’est trompé et le jour qu’il sera remplacé, ce serait un drame. Le plus important, c’est la capacité à impacter ton environnement et à laisser des traces.

S. : On a l’impression que le parti manque de compétences pour former entièrement un gouvernement. Est-ce une réalité ?

S. C. : Vous utilisez un prisme qui ne vous permet pas d’avoir une bonne lecture des choses. Nous avons suffisamment de compétences pour former un gouvernement composé uniquement de membres MPP, mais cela ne sera pas bien vu par l’opinion. Dès la création de notre parti, des universitaires sont venus d’eux-mêmes adhérer et attendent leur heure. Dans notre mode de gestion, nous allions stratégie et vision. Ainsi, des partis politiques de l’Alliance pour la majorité présidentielle (APMP) ont toujours été représentés dans les différents gouvernements depuis notre arrivée au pouvoir.

S. : Le président par intérim du MPP va-t-il se reposer ou s’occuper exclusivement du parti à l’orée d’échéances cruciales ?

S. C. : Rassurez-vous, ce n’est pas le moment de se reposer, car je suis le président par intérim du MPP et à ce titre, je coordonne les activités du parti. Avec les camarades du bureau exécutif, nous affûtons nos armes pour les batailles électorales à venir.

S. : A la suite du coup de gueule du président de l’Assemblée nationale à la cérémonie d’inauguration de la foire du 11-Décembre 2018 à Manga, certains ont cru déceler un malaise au sein du parti. Cette analyse est-elle exagérée ?

S. C. : Un proverbe moaga dit ceci : « seul le bossu sait où mettre sa bosse ». Quelques jours après ce qui s’est passé à Manga, nous nous sommes retrouvés si bien qu’aujourd’hui la page de cette incompréhension est tournée. Mais que des gens veulent inventer le spectre d’une crise quelconque, ils peuvent s’adonner à cœur joie.

S. : Comment voyez-vous le parallèle entre terrorisme et droits humains ?

S. C. : Ce qui me chagrine, c’est que lorsqu’on tue nos Forces de défense et de sécurité (FDS), personne ne parle et quand il s’agit d’assaillants neutralisés, des voix s’élèvent toujours parlant de droits de l’homme. A partir du moment où des individus se sont spécialisés dans les assassinats, la question des droits humains ne saurait être évoquée en pareille circonstance. Il faudrait ajouter à cela l’argument de la légitime défense, car les FDS, lorsqu’elles sont sur le terrain, ont leurs vies menacées par ces terroristes. Ils ont donc le droit de se défendre par tous les moyens. L’existence de prisons pour terroristes est la preuve que le gouvernement burkinabé est bien soucieux du respect des droits humains.

S. : Le drame de Yirgou a été affligeant pour les Burkinabè. Quelles leçons en tirez-vous ?

S. C. : Je suis très choqué par le drame de Yirgou. Depuis longtemps, les différentes ethnies de notre pays ont toujours vécu en harmonie et cette cohabitation ne relève pas d’une génération spontanée. Ceux qui ont décidé librement de couper ce cordon doivent être punis à la hauteur de la gravité de leurs actes, afin d’éviter que de tels évènements ne se reproduisent. En dépit de nos divergences politiques, religieuses, culturelles et sociales nous appartenons tous à un même pays et nous devons lutter main dans la main pour sauvegarder ce patrimoine commun qu’est le Burkina Faso.

S. : Comment faire face au front social de plus en plus préoccupant ces dernières années ?

S. C. : Les différents acteurs doivent toujours privilégier le dialogue dans leurs démarches. Chacun doit puiser en lui la force nécessaire pour renouer le fil du dialogue afin de stabiliser le front social. C’est la seule voie à même de permettre de déboucher sur des solutions salutaires pour toutes les parties et je crois que nous sommes sur le bon chemin. Les uns et les autres doivent mettre de l’eau dans leur vin comme l’a fait la Coordination des syndicats de l’éducation.

S. : L’APMP regroupe l’ensemble des partis qui soutiennent le programme du président du Faso. Comment appréciez-vous les actions de cette structure ?

S. C. : L’APMP apporte une certaine aide dans la gestion des affaires étatiques. Ce soutien est apprécié à sa juste valeur par notre parti. Cette structure est certes confrontée parfois à un certain nombre de difficultés, mais sa contribution reste tout de même considérable au sein du gouvernement.

S. : Les élections de 2020, c’est bientôt. Quelles sont les ambitions du MPP ?

S. C. : A la veille de 2020, notre objectif obsessionnel est de tenir les engagements du président du Faso vis-à-vis du peuple. Nous espérons présenter un bilan satisfaisant au moment venu, afin d’envisager un autre contrat de société à l’échéance 2020. Ce résultat ne pourrait être réalisé que si tous nos militants se mettent au travail quel que soit le niveau où ils se trouvent.

S. : Avez-vous foi en une réélection de Roch Marc Christian Kaboré ?

S. C. : Nous avons l’intention de rempiler en 2020. Mais en politique rien n’est acquis. Il faut être constamment sur la brèche et le discours est moins important que les actions à poser. On ne peut donc pas dire que la réélection de notre candidat est déjà jouée.

S. : Vous avez occupé le poste de ministre de la Sécurité. Que retenez-vous de votre passage à la tête de ce département ?

S. C. : Nous avons déployé sur le territoire national des gendarmes et des policiers qui travaillent dans des conditions difficiles et dans un milieu très hostile. A mon arrivée, j’ai entrepris des tournées à l’intérieur du pays où aucun ministre ne s’était déjà rendu. Cela m’a permis de me faire la conviction qu’une simple visite d’encouragement peut convaincre des agents qu’ils ne sont pas oubliés par les gouvernants.

S. : La réconciliation est un sujet qui préoccupe bon nombre de citoyens. Quel est votre avis là-dessus ?

S. C. : La réconciliation a besoin d’une bonne dose de volonté pour devenir une réalité au Burkina Faso. Si nous associons volonté, pardon et justice, nous devons parvenir incontestablement à l’apaisement des cœurs, car comme disent les anglais : « Là où il y a la volonté, il y a le chemin ». Ainsi, nous souhaitons que le procès du putsch s’achève rapidement et que justice soit rendue afin d’accélérer le processus de réconciliation.

Entretien réalisé par Beyon Romain NEBIE &
Fatimah TANKOANO (Stagiaire)

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