Pauline Ouoba, plus connue sous le sobriquet « Madame Ouoba », est une figure de proue du pagne tissé traditionnel Faso Danfani, dans la ville de Manga, province du Zoundwéogo. Mère attentionnée et patronne adulée, la quadragénaire s’est fait une réputation dans la confection et la valorisation du tissu « made in Burkina ».

Pauline Ouoba est une épouse et une entrepreneuse au parcours singulier. Connue sous le surnom de Mme Ouoba à Manga, cette quadragénaire est mère de quatre enfants. Ni l’âge ni la maternité n’ont altéré sa juvénilité et son entrain. De stature moyenne, le teint noir et éclatant, elle arbore presque toujours un sourire qui crée très vite l’empathie avec ceux qu’elle rencontre. Malgré son apparence d’une femme de bonne condition sociale, elle est portée sur la simplicité avec ses cheveux soigneusement peignés vers l’arrière, deux petites boucles assorties d’un bracelet en guise de parure et pour vêtement, un haut blanc en harmonie avec son pagne traditionnel.

En bonne mère, Mme Ouoba se montre attentive aux faits et gestes de ses enfants. Au sein de la famille, la complicité est entretenue entre tous les membres et les échanges sont toujours emprunts de respect. Même les cris plaintifs sporadiques et le grognement du petit dernier, âgé seulement de quelques mois, ne troublent la convivialité de la cour.
Dans la vie extraconjugale également, dame Ouoba a gardé son amabilité, son sens de responsabilité et une détermination à toute épreuve. Des qualités qui lui ont permis de se constituer, au fil du temps, une fortune avec le fil. Dans le secteur du pagne tissé traditionnel communément appelé « Faso Danfani », Pauline Ouoba est aujourd’hui un modèle de réussite et de persévérance.

Un héritage maternel

L’histoire entre Mme Ouoba et le Faso Dafani remonte à sa tendre enfance à Mahadaga dans la province de la Tapoa, région de l’Est. Petite, raconte-t-elle, elle aidait sa mère tisseuse dans ses nombreuses tâches. A force de répétition, elle finit par maîtriser toutes les étapes de la confection du pagne. A l’âge de 12 ans, la teinturerie, le tissage, le tricotage étaient, entre autres, techniques du métier qui n’avaient plus de secret pour elle. Cet apprentissage a pourtant failli lui coûter son inscription à l’école classique.

En effet, relate-t-elle, ce n’est que tardivement à 15 ans qu’elle rejoint les bancs. « J’ai tellement insisté que l’on a eu recours au suspend d’âge pour m’inscrire au CP1. Mais comme j’étais d’un âge avancé, on ne donnait pas cher pour mon séjour prolongé à l’école », confie-t-elle. Déjouant les pronostics, elle est resté à l’école jusqu’à la classe de 3e avant son mariage qui l’a conduit, par la suite, dans la « la cité de l’épervier ».

Et c’est à Manga, que dame Ouoba s’est penchée sur l’option de faire du tissage son gagne-pain quotidien. « En 2006, quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas de tisseuses dans la ville. J’ai décidé de me lancer dans le métier, mais je n’avais pas de moyens non plus. En 2009, j’ai bénéficié d’une formation en entreprenariat et un financement à hauteur de 600 000 F CFA du FAIJ (Fonds d’appui à l’initiative des jeunes, NDLR) », raconte-t-elle. Avec cette modique somme et une dose de persévérance doublée du soutien de son mari, Pauline Ouoba est passée de simple tisseuse à une patronne d’une petite entreprise dynamique.

A ce jour, ses ateliers consomment, par semaine, huit balles de fils de coton contre une seule balle quand elle était à ses débuts, il y’a dix ans. Environ 160 pagnes sont produits, hebdomadairement, dans ses sites où travaillent une quarantaine de personnes venues de plusieurs provinces du pays. Le personnel de Mme Ouoba est mixte et constitué de diplômés au chômage, de jeunes filles et garçons et de femmes désireux de se former au métier.

Certains sont aussi des apprentis qui ont payé pour un perfectionnement. Un monde dont la prise en charge mensuelle coûte à la patronne plus de 300 000 F CFA, à ses dires. Nonobstant ce poids qu’elle supporte souvent difficilement, Mme Ouoba se dit fière d’apporter son aide aux autres et de partager son savoir-faire avec des jeunes et femmes désœuvrés. « Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de savoir que certaines personnes qui ont appris le métier avec moi s’en sortent très bien dans la vie maintenant », informe-t-elle.

Une notoriété nationale et internationale

La qualité de ses pagnes et la beauté des motifs ont ouvert à Mme Ouoba des marchés en dehors des frontières nationales. « Le gens commandent mes pagnes d’un peu partout, en Afrique, en Europe et même aux Etats Unis d’Amérique », informe-t-elle. Des échantillons de sa production sont même retenus actuellement au Maroc dans le cadre d’une compétition internationale. Et les nouvelles du côté du Royaume chérifien, assure Mme Ouoba, augurent de belles perspectives d’affaires.

Les pagnes, produits selon le motif souhaité du client, s’écoulent à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.

Le professionnalisme de Mme Ouoba est loué à souhait par ses apprentis et employés. Mais ces derniers restent autant prolixes sur son altruisme, sa pondération et sa façon d’enseigner. Reine Inès Kéré est presqu’en fin de stage et attend de se lancer à son propre compte grâce à un financement de l’Etat qu’elle a obtenu sous le parrainage de M. Ouoba. Comme tout le monde, elle ne tarit pas d’éloges à l’égard de sa patronne qu’elle décrit comme une « femme exceptionnelle » et « sans défaut majeur ». « Elle est extraordinaire et très sympathique. Jamais je n’ai vu Mme Ouoba élever le ton sur ses apprentis. Quand elle veut te corriger elle prend tout son temps pour le faire et c’est ce que j’apprécie le plus chez elle », confie-t-elle.

Grâce aux efforts de nombreux promoteurs, le Faso Danfani a aujourd’hui est prisé sur le plan national. Mme Ouoba s’en félicite et remercie le gouvernement pour avoir été en avant-garde de la valorisation de ce patrimoine culturel. Elle est, du reste, de ceux qui pensent que le  »pagne made in Burkina » peut gagner encore en notoriété si les élèves et les forces de défense et de sécurité en font leur tenue. Une mesure qu’elle estime aussi salutaire pour des milliers de tisseuses et cotonculteurs qui pourront améliorer conséquemment leurs conditions de vie et accompagner l’Etat dans ses efforts de développement.

Mamady ZANGO
mzango18@gmail.com

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