En duo ou en association, des centaines de femmes enlèvent au quotidien, les ordures dans les ménages de Ouagadougou. Zoom sur les reines de la propreté de Marcoussis qui se tuent au labeur, mais qui sont souvent payées en monnaie de singe.

Pour le maire de l’Arrondissement n°9, Albert Bamogo, jeter les ordures sur les espaces verts et les parcelles non viabilisées constitue de l’incivisme.

«Le travail est certes difficile, certains nous insultent comme des enfants, d’autres nous dénigrent lorsque nous partons ramasser les ordures chez eux mais c’est un gagne-pain pour moi ainsi que toute ma famille. Mon mari ne travaille pas et je suis la seule à subvenir aux besoins de toute la famille. Pour cette raison, plus les années passent, plus je ressens la fatigue mais je continue de me battre pour le bien de ma famille et de la population», relate Poko Sawadogo, un matin de janvier, le visage résigné. La cinquantaine, Mme Sawadogo, travaille depuis trois ans pour le compte de l’Association Kogl-Voisin, à l’enlèvement des ordures au quartier Marcoussis dans l’arrondissement n°9, secteur n°37 de Ouagadougou.

Tout comme Poko Sawadogo, sa collègue Rosalie Zongo relève les difficultés de son métier d’assainissement. «Dans le cadre de notre travail, nous rencontrons des familles qui, à la limite, se foutent de nous. Figurez- vous que dans certaines familles, on nous fait attendre pour d’abord balayer, ensuite réunir les ordures avant de nous les remettre», se plaint-elle. Ces plaintes n’entament en rien la détermination de ces dames et de leurs quatre collègues, toutes membres de l’Association Kogl-Voisin. Chaque jour, elles sillonnent le quartier Marcoussis avec leurs charrettes à traction asine pour débarrasser les ménages de leurs ordures. Leur slogan, rendre l’environnement propre pour le bien-être de tous. Pour le président de l’Association Koglo-voisin, Raphaël Maxime Ky, initiateur de l’activité, l’idée du ramassage d’ordures ménagères est partie d’un constat : les ménages déversaient les ordures dans les espaces verts et dans les parcelles non encore viabilisées. Selon ses explications, le quartier avait l’allure d’un dépotoir. «Les sachets plastiques pullulaient de partout et c’était trop vilain à voir.

Pour ce faire, nous avons créé un service de nettoyage et notre objectif est de travailler à réduire au maximum la proportion des déchets plastiques», a-t-il expliqué. Pour réussir ce pari, l’’association Kogl-voisin a recruté six femmes pour assurer le travail. Ces femmes dont l’âge varie entre 30 et 55 ans, considérées comme les «reines de la propreté» sont constituées en équipe de deux et interviennent dans près de 400 ménages dans le quartier. En contrepartie, chaque ménage est assujetti à payer la somme de 500 FCFA par mois pour le travail. «Pour rationaliser le travail, nous avons formé une équipe de deux personnes et chaque équipe intervient dans un certain nombre de ménages. La première équipe s’occupe de 188 ménages, le 2ème groupe de 80 et le 3ème groupe de 140», a indiqué Raphaël Maxime Ky. Pour lui, le salaire est ainsi fonction du nombre de ménages où chaque équipe intervient. C’est ce qui explique que les salaires vont de 7500 à 16500 FCFA par mois. Salaire que les femmes trouvent unanimement dérisoires, au regard de l’énormité du travail qu’elles abattent sur le terrain.

Pour le secrétaire chargé des questions économiques et socioculturelles de l’Association, Issaka Derra, la demande d’augmentation de salaire, formulée à maintes reprises par les dames est justifiée. «Le traitement salarial suscite des plaintes de la part des employées. Ces plaintes sont justifiées au regard des efforts que le travail demande, les risques que les femmes prennent pour assurer le travail, nous estimons que le traitement devrait être mieux et nous en avons conscience», a reconnu Issaka Derra avant d’ajouter :

En attendant la réception de ce local

«le soucis majeur actuellement, c’est que sur les 400 ménages dans lesquels nous intervenons, nous n’arrivons à faire le recouvrement que de 2/3 du montant, soit 140 000 FCFA environ par mois. Avec cette somme, nous payons prioritairement les salaires et nous payons le fourrage pour les ânes», s’est-il justifié. Mais, il a rassuré que l’association ambitionne de couvrir dans un bref délais, près de 600 ménages. Cela leur permettra de prendre en charge de façon conséquente leurs employées qui, de son avis, sont engagées et font du très bon travail. Outre les difficultés qu’elle a soulevées plus haut, Poko Sawadogo s’est réjouie de pouvoir contribuer au bien-être de la population. Madame Sawadogo a confié qu’avec son salaire de 16500 FCFA, elle paye la scolarité de ses enfants et les vivres pour toute la famille. «Après le décès de mon mari, il y a de cela cinq ans, ce travail me permet de nourrir une famille de 12 personnes», explique encore Rosalie Zongo, veuve, issue d’une famille polygame.

Elle se dit insatisfaite de son salaire de 7500 FCFA par mois mais c’est sa seule source de revenu. Quant à Zalissa Bonkoungou, elle relate leurs difficultés pendant le recouvrement : «C’est nous qui faisons en même temps le recouvrement dans les familles. Mais à la fin du mois, c’est la bagarre car certaines familles ne veulent pas payer», a-t-elle soutenu avant de renchérir : «On a à faire souvent à des clientes qui rentrent s’enfermer pendant des heures et nous font attendre juste pour ne pas payer les 500 FCFA. D’autres nous infantilisent et d’autres nous insultent mais nous assumons». A côté des familles qui refusent de payer la somme, figurent d’autres qui refusent même d’adhérer à l’idée.

Le président de l’association Kogl-Voisin a laissé entendre que pour 500 FCFA par mois, il y a de ces gens qui préfèrent déverser leurs ordures dans les parcelles vides ou dans les espaces verts au lieu de laisser les dames ramasser. Pourtant poursuit-il, c’est dans le but de permettre à tous d’y adhérer que la somme de 500 FCFA a été convenue et instaurée. Son constat est clair : «Ce sont des familles aisées qui s’adonnent à de tels comportements et nous estimons que c’est simplement de la mauvaise foi», a-t-il soutenu. Pour remédier à cette situation, Mr Ky dit avoir entrepris la sensibilisation à travers le porte-à-porte. Mais «après sensibilisation, certains acceptent le principe d’adhésion et lorsque vient le moment de payer, ils refusent catégoriquement», a-t-il déploré. Le secrétaire chargé des affaires économiques et socioculturelles de l’association, Issaka Derra, a estimé que l’état d’esprit qui consiste à aller déverser les ordures n’importe où, est une question de mentalité.

De l’incivisme !

«Les gens préfèrent aller jeter dans les parcelles vides que de payer 500 FCFA par mois. Il faut que tous admettent que c’est un quartier aménagé, même si l’urbanisation n’est pas encore totale», a insisté M. Derra. Soutenant que l’Association ne dispose pas de mécanismes pour contraindre les contrevenants, M. Derra a sollicité l’accompagnement de la mairie de l’Arrondissement n°9 à leur venir en appui avec une police d’assainissement pour venir à bout de ce phénomène. De son avis, seule une police d’assainissement est en mesure d’exercer une certaine pression sur les contrevenants afin de les amener à adhérer, à travers l’imposition d’amendes. «Il y a des gens qui n’ont pas encore compris que quand on vit dans une ville, il y a des exigences», a-t-il déclaré. Et pour le maire de l’arrondissement N°9, Albert Bamogo, les espaces verts ont été réservés à d’autres fins et n’ont pour servir de dépotoir pour certains. Selon le maire, ce comportement qui constitue de l’incivisme pur et simple se doit d’être banni dans nos différents quartiers pour le bien-être de tous :

«Un exemple palpable ; au marché de Kamboinsin, les populations, à défaut d’une décharge, ont entreposé et entassé des ordures dans la cour d’un particulier. Alerté, j’étais obligé de contacter la direction générale de la propreté afin qu’elle puisse évacuer les ordures pour que le propriétaire puisse avoir accès à sa cour. Ces genres de comportement sont légion un peu partout», a déploré M. Bamogo. Dans la perspective de mettre fin à de tels comportements, le maire a promis, qu’une police d’hygiène est en gestation. Selon lui, cette police d’hygiène, initiée par le conseil de l’arrondissement, doit débuter la formation dans deux ans. «Nous avons la volonté, mais malheureusement nous manquons de ressources», a-t-il dit.

Du manque de décharge pour entreposer les ordures !

Si l’association Kogl-voisin est en train de réussir le pari de faire de Marcoussis un quartier propre, le problème de décharge se pose tout de même selon les dires de son président.
Pour Raphaël Maxime Ki, à la suite de leur partenariat avec la mairie de l’arrondissement, leur structure a obtenu un terrain qui est aménagé et disponible depuis deux ans. Mais jusqu’à nos jours, a-t-il regretté, la réception se fait toujours attendre. Toute chose que M. Ki dit ne pas comprendre. Il a ajouté qu’en attendant, les femmes déversent les ordures dans les grands trous de granites autrefois utilisés par feu Oumarou Kanazoé, situés entre la réserve de Yagma et de Marcoussis. Pour ce qui est de cette décharge, le maire a rassuré qu’il est bien prêt et qu’il reste la réception technique.

Il a pour ce faire promis d’accélérer le processus afin de disponibiliser le local dans de très brefs délais au profit de l’association courant 2019. Monsieur Ki a toutefois souhaité l’accompagnement de la mairie pour l’acquisition de tricycles afin de faciliter le travail des dames qui rencontrent des difficultés, surtout en période hivernale. «Nous sommes dans une zone qui manque de canalisation. Donc en saison pluvieuse, il est fréquent que nos charrettes s’embourbent pendant plusieurs heures», a souligné le président. Sur la question, le maire Albert Bamogo a insisté sur le fait que l’arrondissement ne dispose pas de budget propre à lui pour accompagner les associations.

«Tout est concentré au niveau des communes et nous sommes en train de travailler pour la décentralisation des ressources afin que nous puissions travailler de façon autonome. Mais on pourra les accompagner en besoin ponctuel. On a des tricycles. Quand ils ont des activités ponctuelles, ils peuvent venir faire la demande du matériels (tricycles, pelles râteaux) qu’on pourra mettre à leur disposition mais pas de façon définitive car la mairie gère plus de 400 associations qui œuvrent également sur l’hygiène», a conclu Monsieur Bamogo.

Rabiatou SIMPORE
rabysimpore@yahoo.fr

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