Depuis quelques mois, les services du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID), principalement les régies de recettes, fonctionnent au ralenti. Il suffit de se rendre aux différents guichets du Trésor public, aux Guichets uniques du foncier et autres pour en être convaincu. Pour les usagers qui, pour une raison ou une autre, décident de s’acquitter de leur devoir de contribuables, c’est la croix et la bannière. Le prétexte est tout trouvé pour les agents du ministère : «Il n’y pas de connexion». Pourtant, des sources bien introduites, au sein de l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et de la communication (ANPTIC) ayant en charge le réseau informatique de l’administration, clament haut et fort qu’il n’en est rien. Le comble c’est que depuis le début de la semaine, une note attribuée aux syndicats des finances circulent sur les réseaux sociaux, faisant état de leur décision de suspendre l’exécution d’une longue liste d’activités à tous les niveaux (services centraux et déconcentrés).

Cela, «vu le mouvement d’humeur entamé par les travailleurs du MINEFID depuis le vote de la Loi de finances initiale 2019 consacrant la suppression du Fonds commun». La note a d’autant plus fait réagir les Burkinabè, que cette prétendue suspension concerne également le traitement des salaires des fonctionnaires pour le mois d’avril prochain. Si telle est l’intention des travailleurs du MINEFID, le mouvement qu’ils envisageraient sera d’une extrême gravité. En effet, s’il venait à être confirmé, les syndicats refusant la paternité de la note, ce serait purement et simplement une asphyxie financière, étant donné que depuis quelques années, le gouvernement a opté de compter d’abord sur les ressources propres du pays pour conduire les actions de développement. A coup sûr, cette mesure, si elle venait à entrer en vigueur, impactera négativement la mobilisation des finances publiques et aura des répercussions sociales.

A l’image d’une personne qui scie la branche sur laquelle elle est assise, cette stratégie risque d’avoir un effet boumerang. En rapport avec les prêts adossés au Fonds commun, l’exécutif ayant demandé aux différentes banques de la place de ne faire aucune ponction sur les salaires pendant le premier semestre de l’année en cours «pour permettre que des dispositions nécessaires soient prises à l’issue des discussions avec les acteurs concernés», il convient d’attendre des propositions de solutions.

Ce d’autant plus que le gouvernement n’ignore pas le caractère spécifique et stratégique des emplois des agents du MINEFID. En s’ouvrant au dialogue, les deux partenaires pourront trouver un terrain d’entente, pour éviter au Burkina Faso, une crise financière qui en rajoutera à la crise sécuritaire. La mise en œuvre des réformes du système de rémunération des travailleurs n’étant pas encore appliquées aux fonctionnaires, il sied que les financiers fassent preuve de patience, car l’exécutif est sur plusieurs fronts. Il faut donner de la chance aux négociations et éviter de s’enfoncer dans le radicalisme, car personne ne gagne. A force d’acculer l’Etat, il finira par se «défendre». Sans oublier le risque que les syndicats du MINEFID courent le risque de ne pas se faire comprendre des Burkinabè. A bon entendeur … !

Jean-Marie TOE

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