Un élève qui regarde du coin de l’œil son enseignant sans sourciller, le menace en proférant des insanités. Un élève qui tient tête à son maître en se bombant le torse, le poing et les dents serrés de rage. Un élève qui pousse l’ignominie jusqu’au bout de l’acceptable, émet son cri de guerre, pire, saute par-dessus son table-banc pour assener le coup de l’indiscipline à celui ou celle chargée de lui transmettre la connaissance.

Tout ceci était impensable au pays des Hommes intègres. Parce qu’au pays des Hommes intègres, l’école était la prolongation de la culture de l’intégrité. Parce qu’au pays des Hommes intègres, l’école était le creuset même de la citoyenneté. On formait les hommes de demain à l’école. On dressait les branches tordues à l’école pendant qu’elles étaient encore flexibles. Au-delà de l’instruction plate et linéaire, il y avait l’instruction civique et socialisante qui faisait de l’enfant scolarisé, l’adulte de demain, le bastion du futur.

Au pays des Hommes intègres, le maître était respecté à défaut d’être adulé et
congratulé ; le maître était craint sans qu’il ne fasse peur ; le maître était un dépositaire de connaissances et un diffuseur de sens. Quand on voyait son maître, on courait se prosterner en se brisant en quatre, les bras sagement croisés, l’échine pliée juste pour dire : « bonjour monsieur ! ».

Il y avait chez l’élève une certaine gloriole à saluer le maître et à avoir bonne conscience, donner une bonne image, être un repère… Au pays des Hommes intègres, le maître pouvait être plus petit ou moins gros que l’élève, mais c’était plutôt sa tête qui lui donnait du poids. C’était plutôt sa conduite et son exemplarité qui servait de boussole aux brebis. Aujourd’hui, l’élève n’écoute plus le maître ;

il l’entend s’époumoner les écouteurs enfouis dans les oreilles, connectés à d’autres choses plus intéressantes que le cours. Aujourd’hui, l’élève ne suit plus les explications du maître ; il suit d’autres choses en bas de table dans son téléphone portable.
Il discute sur les réseaux sociaux avec de vils amis asociaux sur des thématiques hérétiques. Aujourd’hui, l’élève ne court plus pour saluer le maître, les bras croisés ; il le toise, le froisse au passage et lui marche sur les pieds avant de déverser ses lacunes d’enfant mal dressé à la maison.

Un père qui se plaint contre une punition infligée par le maître à sa fille ou à son fils. Une mère mécontente qui s’attache un pagne à la taille pour aller semer la pagaille à l’école de sa marmaille. Un parent d’élève qui fait irruption dans la classe de son fils pour menacer, voire en découdre avec l’enseignant-offenseur de fils à papa. Un père normal, sain d’esprit qui entre par effraction dans une école pour serrer les cols de l’enseignant de son fils, l’insulter et l’agresser. La simple idée d’une telle bévue n’était pas admissible dans la conscience collective du Burkinabè.

Parce qu’être Burkinabè était le cachet de la responsabilité, la marque de la respectabilité. Chez les Burkinabè, il y avait de la mesure de la pensée aux actes ; il y avait un Confucius en chaque âme, au point qu’on ne faisait pas à autrui ce qu’on ne voulait pas qu’autrui fasse contre soi. Le Burkinabè d’antan avait un brin de dignité qui l’éloignait de l’animalité, de l’adversité béate et de la bassesse extraordinaire. On peut être en colère et avoir l’air débonnaire ; on peut remporter un combat et rester perdant devant son miroir.

Un parent qui agresse l’enseignant de son fils à l’école de son fils, dans la classe de son fils, devant les camarades de son fils, peut-il légitimer sa bagarre avec le bon sens ? Un père de famille peut-il donner un coup de poing à un autre père de famille devant les enfants, juste pour défendre sa « pourriture fermentée » ? On peut vieillir sans prendre de l’âge ; on peut pousser une barbe touffue, blanchir le menton et le crâne, sans poindre le moindre bourgeon de sagesse. Peut-on vraiment nous développer avec de telles carences parentales ?

Peut-on vraiment faire de nos enfants les adultes de demain quand nous-mêmes nous manquons de tact et de retenue ? Que peut être la gloire ou la satisfaction d’un père qui se comporte pire que son propre fils ? C’est probable et presque sûr qu’un fils qui regarde son père battre son maître battra un jour le maître de son fils. Au pays des Hommes intègres, ces genres de parents d’élèves sans relève avaient la sanction solennelle de la nation fière. Hélas, la fierté, cette denrée de plus en plus rare semble quitter les terres du vaillant Burkinabè au poing levé pour tomber en désuétude dans le règne de lamentables mutants indignes. Mais à qui la faute ? Mais bon sang, où est passé la chicotte ?

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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