Depuis plusieurs années, les consommateurs burkinabè sont à la merci de commerçants véreux qui fixent les prix des marchandises à leur guise et servent à la clientèle des produits de qualité douteuse. Le cas le plus emblématique est l’affaire OBOUF qui a défrayé la chronique sous la Transition politique.

En effet, le 19 février 2015, près de 1300 tonnes de canettes de boisson impropre à la consommation, dont les dates de péremption avaient été falsifiées pour la revente, ont été saisies par la Police nationale dans un entrepôt du groupe OBOUF. Au terme du procès, le président du Conseil d’administration, Boureima Ouédraogo et le directeur général de la société, Noufou Ouédraogo ont été condamnés à un an de prison ferme et à une amende de 10 millions francs CFA chacun.

Si ce n’est pas le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, qui, à l’approche des grandes fêtes, effectue des contrôles sur les prix et quantités des produits de grande consommation, le consommateur burkinabè est livré à lui-même. «Escroqué» par les compagnies de téléphonie, désabusé par les banques, compagnies d’eau et d’électricité, arnaqué par les supermarchés et autres boutiques, le citoyen subit la loi des producteurs, importateurs et vendeurs.

Pourtant, la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), l’Organisation des consommateurs du Burkina (OCB), l’Association des consommateurs du Burkina (ACB) et Vigi-consommateurs sont, entre autres structures censées jouer le rôle d’avocat et d’interface entre le consommateur, le gouvernement et les entreprises d’offre de biens et services. Les autres associations étant peu connues et moins influentes sur le terrain, la LCB devait par conséquent porter la croix des consommateurs.

Mais voilà que depuis 2012, une guerre intestine l’a mise à genoux, compromettant ses actions. Dans les faits, un groupe dissident, avec à sa tête Gilbert Hien, avait tenté un «coup de force» pour évincer Pierre Nacoulma du poste de président de la LCB, en organisant, le 2 septembre 2012, une assemblée générale, jugée illégale par la justice qui, le mercredi 10 avril 2013, a tranché en faveur de Pierre Nacoulma. Cette page sombre est désormais considérée comme «définitivement tournée», mais depuis lors, la LCB était tombée dans une léthargie inexplicable.

C’est finalement le 15 mars 2019, qu’elle a fait une sortie médiatique à Ouagadougou à travers une conférence de presse au cours de laquelle, elle a évoqué les prestations fournies aux clients par les trois opérateurs de téléphonie mobile et appelé à la suspension des pénalités et redevances de l’ONEA et de la SONABEL.

En tous les cas, mieux vaut tard que jamais et de nombreux chantiers attendent la ligue, notamment, la dénonciation de la mauvaise qualité des produits et services surtout des opérateurs de téléphonie mobile, la lutte contre la cherté des produits, les pratiques «peu recommandables» dans les pharmacies, les systèmes de facturation et de pénalisation de la SONABEL et de l’ONEA, les récentes rumeurs de riz importé et impropre à la consommation animale humaine…

La LCB doit non seulement redorer son blason, mais aussi et surtout s’affirmer comme défenseur des droits des consommateurs. Il reste donc à l’équipe du président Dasmané Traoré d’aller au charbon, pour sortir le Burkinabè, qui peine déjà à joindre les deux bouts, des griffes de «commerçants» sans foi ni loi.

Jean-Marie TOE

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