Le président du Gabon, Ali Bongo, est rentré, samedi dernier, dans son pays après près de cinq mois d’absence à la suite d’un accident cardiovasculaire (AVC) en Arabie saoudite puis une longue convalescence au Maroc.
Son retour au bercail a été célébré en grande pompe par ses partisans et le Parti démocratique gabonais (PDG), sa formation politique. Le parti, qui faisait profil bas depuis l’annonce de la maladie d’Ali Bongo, a dû battre le rappel de ses troupes pour lui réserver un accueil digne de ce nom. Malgré cette forte mobilisation, le doute plane toujours dans les esprits de certains Gabonais. Pourquoi un tel accueil triomphal, alors que le chef de l’Etat est arrivé et reparti aussitôt, lors de ses deux derniers séjours au Gabon? L’on se souvient que le président Ali Bongo est rentré à Libreville où il a assisté à la prestation de serment du nouveau gouvernement, huit jours après une tentative de putsch, le 7 janvier 2019.
La presse n’a pas pu accéder à la salle de prestation de serment et la cérémonie n’a pas été retransmise en direct dans les médias comme d’habitude. Cette situation continue de cristalliser le débat politique sur la vacance du pouvoir chez une partie des citoyens et dans les rangs de l’opposition gabonaise. Le président Bongo vient-il, cette fois encore, éteindre le débat en cours ? Dans un communiqué, le gouvernement estime que ce retour est la preuve manifeste du rétablissement total de la santé du chef de l’Etat. Si tel est le cas, il ne reste qu’aux Gabonais de lui souhaiter bon vent pour mener à terme son second mandat.
Le hic, c’est que nombre de Gabonais affichent leur scepticisme quant à la capacité du chef de l’Etat à gouverner le pays. Ces derniers craignent le scénario algérien, où le
président Abdelaziz Bouteflika a été frappé par une incapacité à conduire les affaires de son pays à la suite d’un AVC depuis 2013. L’Algérie est aujourd’hui dirigée par l’entourage du chef de l’Etat, qui est à la manœuvre pour se maintenir au pouvoir contre la volonté des Algériens. Ce débat vient pomper l’atmosphère politique au Gabon, qui a connu pour la deuxième fois de son histoire, un coup d’état. Même si ce putsch n’est pas arrivé à terme, c’est le signe d’un malaise, présenté par certains analystes comme la conséquence directe de la réélection contestée de Ali Bongo à la présidentielle de 2016, avec moins de 6 000 voix d’avance sur l’opposant Jean Ping. Un scrutin marqué par des accusations de fraudes et des manifestations violemment réprimées, durant lesquelles plusieurs personnes ont trouvé la mort. Le débat sur la vacance du pouvoir ne doit pas être un prétexte pour un retour à la violence, mais doit s’inscrire dans une démarche républicaine prévue par la loi fondamentale de chaque pays. Les dirigeants africains doivent se résoudre à appliquer les règles de la démocratie, même lorsqu’elles sont en leur défaveur.

Abdoulaye
BALBONE

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