Dans le contexte d’insécurité que vit le Burkina Faso, la confusion est vite faite entre éleveurs peulhs et terroristes. Le président national des éleveurs, les «Rougas», Hamidou Bandé dit «Rouga national», revient sur les mésaventures des pasteurs et les mesures internes prises pour y faire face.

Sidwaya (S) : Avec l’insécurité que connaît le Burkina Faso, comment les éleveurs arrivent-ils à mener leurs activités ?

Hamidou Bandé (H.B.) : Avec le phénomène du terrorisme que connaît le Burkina Faso, les éleveurs et notamment les pasteurs sont obligés de parcourir la brousse pour faire paître les animaux. Cela est d’autant plus difficile que certains éleveurs n’ont pas de documents d’identification (NDLR, Carte nationale d’identité burkinabè : CNIB) alors qu’ils mènent leurs activités dans les zones de pâtures bien délimitées par l’Etat et où sévit le terrorisme. Quand il y a des problèmes, on ne sait donc pas qui est terroriste et qui ne l’est pas. Ainsi, on les arrête, on les enferme, on tue certains et c’est un sérieux problème pour nous. Aujourd’hui, les éleveurs sont fatigués parce qu’ils souffrent beaucoup de ce problème de terrorisme.

S. : Des éleveurs vous ont-ils déjà saisi pour des cas d’arrestation ?

H. B. : A plusieurs reprises, des éleveurs sont venus nous dire que leurs bergers ou leurs enfants ont été arrêtés. Mais faute de papiers, nous ne savons pas ce que nous allons faire. Aujourd’hui-même (NDLR, 21 mars 2019), un Rouga de la zone de Barsalgho m’a informé que des Koglwéogo ont arrêté deux éleveurs pour les
remettre aux Forces de défense et de sécurité. Dans de telles situations, on vérifie d’abord leurs identités avant d’aller négocier avec les Forces de l’ordre. Nous sommes appelés très fréquemment sur de telles situations et j’avoue que ce n’est pas facile.

S. : Quels conseils avez-vous donné aux pasteurs sur le terrain pour éviter de telles arrestations ?

H. B. : Nous avons dit à nos membres de faire attention et de toujours sortir avec leurs documents d’identité quand ils vont en pâturage ou quand ils voyagent. Nous leur avons également dit que s’ils accueillent un étranger, de s’assurer qu’il n’est pas suspect. Un éleveur est lui-même un étranger parce qu’il va dans d’autres communes et pays avec ses troupeaux.
Il ne peut donc pas chasser les étrangers de chez lui. Mais il doit s’assurer que ce ne sont pas des personnes suspectes. Le jour du marché à bétail s’ils accueillent des transhumants, on doit leur demander d’où ils viennent, qui ils sont, comment ils sont venus, s’ils ont des documents. Nous avons également dit aux Rougas d’échanger avec les FDS, les conseils municipaux, les Koglwéogo et les chefs de village de leur zone respective. On s’est également rendu compte que quand les éleveurs voient les agents de sécurité dans la brousse, ils fuient. Nous leur avons dit de ne plus fuir, parce que quand tu fuis, c’est comme si tu te reproches de quelque chose.

S. : Dans cette situation, entretenez-vous des relations avec les forces de l’ordre ?

H. B. : Nous gardons de bonnes relations avec la police et la gendarmerie. A chaque occasion, nous échangeons avec elles afin qu’elles sachent que les éleveurs ne sont pas des terroristes.

S. : Quels types de relations existent-il entre vous et les Koglwéogo ?

H. B. : Il y a de bonnes relations entre les Rougas et les Koglwéogo. Le ministère de la Sécurité a déjà formé les Koglwéogo, les Rouga et les Dozo sur la question sécuritaire à Manga, Kaya, Dori et Bobo-Dioulasso. Nous nous appelons régulièrement et nous travaillons ensemble comme on nous l’a demandé lors des formations. Les Koglwéogo interviennent dans nos problèmes. Nous leur avons dit que s’il s’agit de voleurs, il n’y a pas de problème.

S. : Quelles autres difficultés rencontrent les éleveurs sur le terrain ?

H. B. : L’un des problèmes que l’on a, est le manque de pistes de transhumance, d’aire de repos et de zones de pâtures. On en parle depuis longtemps, mais nous avons l’impression qu’on n’est pas écouté. Nous souhaitons donc que les zones de pâtures et les pistes de bétail déjà matérialisés soient respectées. Actuellement l’agriculture est en train d’occuper ces zones et c’est de là que naissent les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Par ailleurs, on se rend compte que quand le ministère chargé de l’élevage organise des activités concernant les éleveurs, ce sont des gens qui ne connaissent rien aux problèmes des éleveurs qu’on invite. On souhaite donc que le gouvernement invite les vrais éleveurs pour les écouter parce que certaines associations sont à Ouagadougou et répondent au nom des éleveurs alors qu’il n’en est rien. Il faut donc que l’Etat accompagne les éleveurs qui paient leurs taxes comme il le fait avec les autres acteurs. Il y a enfin le fait que les gens confondent Peulh et éleveur. Quand les communes veulent accompagner les éleveurs, certaines personnes estiment qu’elles veulent aider les Peulhs. Pourtant, ce ne sont les Peulhs uniquement qui sont des éleveurs. Dans le
secteur, il y a plusieurs autres communautés et acteurs qui font
l’élevage.

Entretien réalisé par
Jean-Marie TOE

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