Plus de la moitié des pensionnaires des centres de détention au Burkina Faso sont récidivistes ou multirécidivistes. Malgré les politiques carcérales de réinsertion sociale, la tendance ne baisse pas. Environ 65% de la population carcérale est dans ce registre. Reportage au cœur des geôles !

Le phénomène de la récidive cause des soucis aux gestionnaires des prisons burkinabè. En effet, les récidivistes et multirécidivistes sont nombreux dans les maisons d’arrêt et de correction de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Ce qui ne facilite pas toujours la tâche
aux gardes de sécurité pénitentiaire. Courant février 2019, dans la ville de Sya,
le détenu surnommé «Blakagnien» (sécurisez vos biens en dioula) a fait à nouveau parler de lui. Incarcéré près d’une dizaine de fois pour des faits de vol et de braquage, ce délinquant notoire est un habitué des geôles. Il cumule les infractions depuis l’âge de 12 ans. Agressions, vols, escroqueries, abus de confiance, etc., tout y passe. A 13 ans, il est impliqué dans plusieurs procédures judiciaires, avec au compteur, une vingtaine de victimes. Quinze jours à peine, après sa dernière libération, le jeune homme a récidivé, en cambriolant un magasin dans la ville de Bobo-Dioulasso. Evoquant le cas des multirécidivistes, un gardien de prison, sous le couvert de l’anonymat, indique qu’en droit pénal, la récidive légale est la réitération d’une infraction similaire ou proche d’une infraction précédemment et définitivement condamnée. C’est d’ailleurs une circonstance aggravante, qui permet de prononcer d’une peine plus lourde, jusqu’au doublement de la peine, soutient le geôlier. Malheureusement, ces types de malfrats sont légion dans les prisons burkinabè. Les dernières statistiques révèlent en effet, que plus de la moitié de la population carcérale (environ 65%) est récidiviste.

Condamnés à voler ?

Dans l’univers des multirécidivistes, les peines d’emprisonnement ferme sont particulièrement lourdes, mais elles ne semblent dissuader personne. Le cas de «Blakagnien» n’est pas isolé. Les récidivistes se comptent par milliers à travers les maisons de détention, et chaque détenu a une histoire carcérale particulière. Marié et père de deux enfants, Raouff, 35 ans, a récidivé huit fois. Du quartier des mineurs à celui des majeurs, il a presque passé toute sa vie en milieu carcéral. En 2016, il a même été écroué pour braquage à main armée. Ce détenu, teint clair, de taille moyenne, a bien voulu évoquer les causes de son penchant pour le vol. Tout commence lorsqu’il perd très tôt ses géniteurs. Pour subvenir à ses besoins il commet des larcins avant de s’adonner plus tard aux braquages. Plusieurs fois gardé à vue, il a connu sa première détention à l’âge de 13 ans. Il purge actuellement une peine de 20 ans d’emprisonnement ferme sans aucune possibilité de libération conditionnelle. «Je n’ai rien appris comme métier. Et avec la belle vie que j’ai eu à mener, je ne pense pas pouvoir cultiver un champ. Le commerce aussi demande des moyens. J’ai l’impression d’être condamné à voler», affirme-t-il, l’air résigné. La fin de chaque peine lui a, en effet, toujours semblé être le début d’une autre, puisqu’il retombe dans la délinquance.

«Le vol est mon métier»

A ce jour, les imposants murs de la prison de Bobo-Dioulasso constituent pour Raouff, un «haut lieu de sécurité et de tranquillité». Sa vie est désormais un cycle où s’alternent liberté et incarcération. D’ailleurs, il confie sans ambages : «Le vol est mon métier, la prison est ma maison». Sur la même lancée, il affirme que les tentatives d’un retour à une vie normale sont restées vaines. De plus, raille-t-il, «la prison,
vous n’allez pas me croire, respecte mieux les droits des citoyens que la société qui nous a vu naître et grandir». T.H. alias «Django» fait également partie des “abonnés” à la prison. Né en 1983, célibataire et père de trois enfants, il a effectué sa première incarcération en 2001 pour vol d’animaux de trait. Libéré après cinq mois d’emprisonnement, il récidive en 2003 avec un vol avec effraction et association de malfaiteurs et écope de trois ans de prison. Il quitte les liens de la détention en 2007 et y retourne la même année. Cette fois, son dossier porte la mention «vol aggravé, recel, etc.». En effet, à cette période, Django avait pris la tête d’un «puissant» réseau mafieux qui dictait sa loi à l’Ouest du pays. Un véritable «commando» baptisé «la terreur de l’Ouest» par les membres du groupe eux-mêmes. Django raconte que son groupe était fort de 15 jeunes avec des ramifications au-delà du pays. «Le butin de chaque opération était immédiatement envoyé pour être vendu hors du territoire, grâce au soutien de complices étrangers», relate-t-il.

“La prison éduque…”

Longtemps traquée, ce n’est qu’en 2013, que la police a réussi à mettre la main sur la bande à Django. «La terreur de l’Ouest» est ainsi décapitée et chaque membre écope d’une peine proportionnelle à son implication dans les opérations. Django, lui, prend 15 ans fermes. «J’ai déjà épuisé 5 ans. Il me reste 10 autres années à supporter», déclare-t-il. Le multirécidiviste prétend vouloir se repentir et mener une vie normale, mais il dit craindre le fait que la société ait une image négative des ex-détenus. «Lorsque tu as déjà fait la prison, il est difficile de retourner vivre chez toi. Les regards et les critiques sont orientés contre toi. Personne n’est prêt à t’employer. Pire, même ceux qui n’ont rien comme fortune peuvent mentir d’avoir perdu un bien et vous suspecter», regrette le pensionnaire de la Maison d’arrêt de Bobo. «Mozess», un autre multirécidiviste, connaît la prison comme sa poche. Il a purgé deux fois six mois de prison en 2002, trois ans en 2004, cinq ans en 2008 et sept ans en 2017. Tout comme Django, il dénonce un rejet social. Il affirme que c’est le manque d’emploi qui l’a conduit aux vols, aux cambriolages, aux détournements et autres délits. Pour lui, «la prison éduque, mais la société exclue». Toutefois, Mozess envisage de devenir chauffeur routier une fois sortie de prison en 2024.

De la réinsertion sociale

Au sein de l’administration pénitentiaire, on reconnait la montée en puissance de la récidive. De ce fait, des politiques de réinsertion sociale sont élaborées et mises en place pour faciliter le retour des détenus. Selon le chef de greffe de la Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso (MACB), Tahirou Karambiri, les prisons abritent des services sociaux. Sur le terrain, explique le directeur de la Maison d’arrêt et de correction de Dédougou, l’inspecteur Hamado Ouédraogo, ces services mènent des actions de sensibilisation, rencontrent les parents de détenus et préparent la libération des prisonniers. «Les services sociaux s’activent au renouement des liens avec la cellule familiale et le reste de la communauté», souligne-t-il. Dans le même ordre d’idées, l’ex-directeur général de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP), l’inspecteur divisionnaire, Geoffroy Yogo, précise que la faiblesse du budget alloué aux programmes de réinsertion occasionne la non-prise en compte de tous les détenus. Ainsi, il avance qu’un détenu peut récidiver, soit parce qu’il n’a pas bénéficié du programme, soit parce qu’il a été marginalisé par la société. «Très peu de détenus bénéficiaires du programme récidivent», soutient M. Yogo. Selon lui, la récidive est le fait d’une insuffisance de la mise en œuvre des politiques de
resocialisation. Pour le directeur de la production pénitentiaire, l’inspecteur Joseph Compaoré, la récidive est une défaillance de la société. Sinon, à son entendement,
les formations qui sont dispensées en productions végétales (agriculture, maraichage), animales (aviculture, embouche) et dans les ateliers (couture, menuiserie, et
tissage) devraient favoriser l’insertion des détenus.

Wanlé Gérard
COULIBALY

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