Chronique : Mon voisin, mon gardien !

Une sagesse moaga dit que pendant que tu dors, c’est ton voisin qui veille sur toi. Autrement dit, dans le besoin ou dans l’urgence, c’est l’entourage immédiat qui accourt pour porter secours.

Lorsque nous sommes coincés dans les méandres du labyrinthe, c’est parfois le bon voisin qui nous extirpe du pétrin. Parce qu’un bon voisin est un bon gardien ! Avant que les parents proches et intimes n’arrivent, ce sont les voisins qui éteignent les flammes de l’incendie.

Avant que l’ambulance n’arrive, souvent c’est le généreux voisin qui met sa voiture à profit pour sauver le moribond enfant en agonie. Un bon voisin a de la sympathie, mieux de l’empathie ! Avant que les témoins de mariage n’arrivent sur les lieux du probable crime, c’est le bon voisin qui enjambe le mur pour jouer l’arbitre entre les deux coéquipiers mal inspirés. Un bon voisin sait recoller les morceaux avant que tout s’écroule. Nous sommes nés pour vivre en société, malheureusement, la société des hommes tire vers sa fin.

Dans mon nouveau quartier, les gens ne se disent pas bonjour. Même quand ils se croisent, ils se regardent comme des bêtes sauvages. Ils sont allés à la « bonne école » et ont réussi avec brio dans la vie, quoi de plus ? A quoi sert de se saluer quand tout va bien chez soi et chez chacun ? Pourquoi se rendre visite quand on a déjà tout exploré en soi ? Quand on est abonné à la santé et au bonheur, en quoi le palu du « pauvre » voisin peut affecter notre immunité sanitaire ? Bref, quand on a tout, qu’ y a-t-il de plus ou de mieux à chercher ?

Dans mon nouveau quartier, je connais mon voisin par le bruit de son portail et le vrombissement de son bolide. Quand il sort, il manifeste à peine un signe d’amitié, un geste ou un regard humain à l’endroit des voisins. Seul son chien fricote parfois avec ma sulfureuse femelle au point d’en faire une affaire de passion, avec tous les risques d’une « liaison dangereuse ». Ses enfants ne se frottent jamais aux marmailles de la plèbe.

Ils ont même peur de nos « crasseux » diablotins de zoo. Pour eux, la vie se limite entre quatre murs cirés , les jardins verdoyants et l’univers des dessins animés sur écran géant. Mais la vie n’est pas un simple dessin à main levée. C’est un tas de choses jetées a priori au hasard mais à dessein. Très souvent, on n’est jamais ensemble pour rien.

Malheureusement, à force d’étudier, certains ont oublié que tout n’est pas que papier ; tout n’est pas que diplôme. On peut être le premier de la classe et rester à la queue du peloton social. On peut vivre dans une villa cossue et avoir une image terne dans son entourage. Il y a des valeurs qui ne sont ni sonnantes ni trébuchantes. Il y a des qualités qui coûtent plus chères que l’argent lui-même. Très souvent, quand ils descendent de leur tour d’ivoire, vous vous rendez compte que ce sont de brillants déboires vivants. Ils parlent mieux le français que leur propre langue maternelle.

Ils connaissent par cœur la Constitution et ignore le premier des dix commandements du ciel. Ils ont fait le tour du monde en avion et en bateau ; ils connaissent à peine la route qui mène à leur village. On peut construire seul sa case, mais c’est au moment de poser le chaume que l’on voit l’importance des autres. A quoi sert de vivre en communauté sans activer sa fibre de charité ?

Qu’est-ce qu’un voisin qui contourne la dépouille de son voisin pour aller évacuer des dossiers au bureau ? D’où viennent ces Burkinabè qui n’ont jamais le temps de serrer la main du bénin voisin sympa ? Il y a trop de racailles dans nos quartiers; trop de misanthropes à peine visibles au microscope mais gonflés à bloc sur du sable.

Mais l’histoire nous enseigne ceci : c’est quand ils tombent dans leur douche, entre les bras d’une femme inconsolable et les pleurs de leurs bambins « inutiles » que le voisin vaut plus que de l’or.

C’est la voisine infirmière qui administre les premiers soins en attendant que l’on mette du carburant dans l’ambulance de la République pour venir sauver le grand commis de la même République. L’histoire ajoute que c’est le jour du décès de la mère de Monsieur Tartempion que les jeunes du quartier boudent le cimetière pour siroter leurs doses autour des théières.

L’histoire rappelle enfin que le voisinage doit être une relation obligée, obligatoire et obligeante. Car, parfois, un bon voisin vaut mieux qu’un proche parent lointain. Un bon voisin est un bon gardien ! Et toi, connais-tu tes voisins ? Quelle place occupes-tu dans ton quartier et dans le cœur de tes voisins ? Es-tu un bon ou un mauvais voisin ?

Clément ZONGO
clmentzongo@yahoo.fr

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