La banque de l’espoir

C’est un projet presque trentenaire qui s’est concrétisé, le vendredi 29 mars dernier à Ouagadougou : la Banque agricole du Faso (BADF) a officiellement ouvert ses portes à ses clients du monde rural. L’ouverture de cette banque, longtemps attendue, peut donc être considérée comme la réalisation d’un engagement politique de taille. C’est du reste une promesse ferme du président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, qui a été tenue. Cet établissement financier doté d’un budget de plus de 14 milliards de francs CFA, au grand bonheur des acteurs agricoles, qui nourrissaient l’espoir depuis la première Journée nationale du paysan (JNP) en 1993, à Léo, de disposer d’un outil de financement. Au-delà de l’aspect politique, c’est une victoire pour le monde agricole.

La BADF devrait prioritairement faciliter l’accès aux crédits à 80% de la population burkinabè, évoluant dans l’agriculture, secteur qui contribue à hauteur de 30% au Produit intérieur brut (PIB). C‘est une opportunité offerte aux coopératives, de dynamiser et d’accroître leur productivité et de mettre sur orbite de nombreux projets viables et bancables, dans un domaine, longtemps resté le parent pauvre des institutions financières. Jusque-là, les activités agricoles, principal maillon de l’économie, retiennent très peu l’attention des argentiers (15% seulement des acteurs bénéficient de leurs services). Ainsi, la BADF conçue, à juste titre, comme un instrument de développement, vise une métamorphose structurelle de l’économie à travers le financement de la production, de la transformation, de l’achat et de la commercialisation des produits agricoles. Elle va aussi contribuer à financer la mécanisation de l’agriculture, surtout que le circuit traditionnel n’offre pas trop de facilités aux acteurs. En considérant ce paramètre, l’avènement de la BADF pourrait susciter un regain d’intérêt chez certaines banques pour les activités agricoles. D’abord, la structure a un capital de démarrage assez conséquent et bénéficie de l’accompagnement d’autres institutions financières comme la Banque africaine de développement (BAD), qui a déjà mis à sa disposition plus de 6,3 milliards de F CFA.

Cette manne va permettre surtout la mise en place d’une assurance agricole en vue de garantir le remboursement des crédits en cas de calamités naturelles. Ensuite, les acteurs concernés au premier chef, les paysans, ont été associés au projet. Ce qui sous-entend que leurs préoccupations ont été prises en compte dans sa réalisation. En témoignent, les 13 organisations paysannes actionnaires sur un total de 94 et la présence de trois administrateurs paysans au Conseil d’administration du «nouveau-né». Enfin, la BADF bénéficie du soutien politique au plus haut sommet de l’Etat, comme l’a démontré le président du Faso, qui souhaite que la banque ne se limite pas aux grands centres de consommation comme les autres. Son souhait est qu’elle s’implante dans les zones de production en province et convainque le monde rural que c’est son instrument. D’ores et déjà, il est annoncé la création, d’ici fin 2019, une agence à Bobo-Dioulasso et une autre à Dédougou.

Des choix qui se justifient certainement par le fait que ces zones suffisamment arrosées forment, comme l’on le dit souvent, le «grenier» du Burkina Faso. Cependant, cette vulgarisation doit se poursuivre rapidement afin que l’ensemble des paysans s’approprient leur nouvel accompagnateur. Dans cette même dynamique, il ne serait pas superflu d’initier des campagnes de sensibilisation dans les villes et villages pour mieux expliquer les avantages de la BADF aux populations. En retour, pour garantir la pérennité de la banque, ses clients doivent s’engager, en toute conscience, à rembourser les prêts qu’ils auront à contracter. Sinon, les autres efforts d’accompagnement seront voués à l’échec. Par ailleurs, la BADF, comme le veulent ses initiateurs, doit accorder la priorité aux paysans, à travers des crédits raisonnables et non aux richissimes agrobusinessmen qui, en réalité, n’en ont pas forcément besoin. C’est à ce prix qu’elle ne connaîtra pas le même sort que la Caisse nationale de crédit agricole (CNCA), devenue par la suite Banque agricole et commerciale du Burkina (BACB), avant de passer dans le juron du groupe Ecobank.

Par Mahamadi TIEGNA

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